UNE CONSEILLÈRE PRUDENTE

Sg 7, 21-30 ;Jn 4, 5-14
Ste Thérèse d'Avila - (15 octobre 1990)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

près la lecture de ce magnifique passage de saint Jean sur le don de Dieu, on s'imagine La Madre, cette espagnole brûlante du feu de l'amour de Dieu qui, dans un désir éperdu part à la recherche de son Bien-Aimé sur les collines de la Castille. Sainte Thérèse d'Avila c'est vraiment le don de Dieu au sens de l'expérience mystique, des choses éblouissantes, fascinantes. On se demande où elle est allée chercher cela sinon dans le cœur de Dieu. Mais la Thérèse d'Avila dont je voudrais vous parler ce matin, c'est le don de Dieu à ras de terre, de celle qui ne faisait pas de la lévitation mais qui avait terriblement les pieds sur terre car c'est sans doute un des grands paradoxes de la personnalité de cette femme que d'avoir pu écrire des choses extraordinaires sur les Demeures célestes et en même temps d'avoir su donner des conseils, de faire des petites réflexions d'une humanité, d'un humour délicieux.

Il est évident que sainte Thérèse est le docteur de l'oraison et l'on pense que ses traités sont inac­cessibles au commun des mortels. Mais on oublie d'autres petits passages tout simples où elle parle de ce sujet.

A un Père qui lui demande des conseils : "Ne vous fatiguez pas à vouloir discourir beaucoup dans l'oraison et ne vous préoccupez pas pour la médita­tion." Voilà qui est clair.

"Vous devez vous rappeler ce que, bien sou­vent, je vous ai dit de faire. Cette oraison est une plus grande grâce de Dieu puisqu'on ne cesse de le louer. Quand on désire que tous le bénissent, on a une mar­que évidente que l'âme est bien occupée de Notre Seigneur. Qu'Il nous plaise de nous apprendre à tous deux à le payer de retour, qu'Il nous donne en outre de souffrir beaucoup pour Lui, alors même que ce serait de la part des puces, des esprits folle ts ou des chemins."

Ce père se plaignait sans doute que les ques­tions d'hygiène l'empêchaient de faire oraison tran­quillement et qu'il se grattait. Et elle lui répond, ce qui compte c'est que même si on a des distractions, l'on ait envie, au fond de son cœur, que tous bénissent Dieu. Et c'est déjà là une bien belle oraison, même si on ne peut pas tenir à Dieu tous les discours que l'on aurait voulu.

Autre conseil sur l'oraison à un prêtre. "Notre pauvre nature se plaint quand elle redoute de devoir se contraindre, mais lorsque vous vous sentez affligé pour l'oraison, n'omettez pas, de temps en temps, d'aller à un endroit d'où vous contemplerez le ciel. Promenez-vous un peu, vous ne quitterez pas l'orai­son en agissant de la sorte. Il faut bien soutenir notre faiblesse afin de ne pas tomber dans le décourage­ment. Tout cela c'est chercher Dieu puisque c'est par amour pour Lui que nous prenons de tels moyens. Il est donc nécessaire de conduire l'âme avec suavité." C'est d'une humanité et d'une douceur étonnante de la part d'un tempérament si violent.

A un prieur commençant : "Je vous le dis, mon Père, commencez sans bruit et avec bonté et je crois que vous ferez beaucoup, mais ne cherchez pas à tout terminer en un jour !" Voilà qui n'est pas mal.

Une autre manière de justifier sa prétention de donner des conseils à un général de l'ordre des Car­mes. Il y avait eu une sale affaire où Thérèse avait pris la défense des pères qui avaient été victimes du Général. "Bien que, nous autres femmes, nous ne soyons guère bonnes à donner un conseil, il arrive cependant que nous réussissions quelquefois".

C'est gentiment dit mais fermement dit.

D'autres passages nous montrent ce tempéra­ment très simple. "Puisque le Seigneur vous a donné un ardent désir de souffrir, réjouissez-vous de pou­voir le satisfaire en cela. Votre peine, je le vois, ne sera pas petite ! Mais si nous ne voulions avoir que les croix de notre choix et laisser les autres, nous ne pourrions imiter notre Epoux qui malgré toutes les douleurs de sa Passion qu'Il ressentit au Jardin des Oliviers, termina sa prière par ces mots : "Fiat vo­luntas tua !" Cette volonté, il faut l'accomplir tou­jours, puisque Dieu fasse de nous ce qu'Il voudra."

Je crois que tous ces petits passages se dis­pensent de commentaires. A travers ces quelques pa­roles, c'est l'humanité d'une sainte qui nous est ainsi livrée.

Certes elle a écrit des choses extraordinaires, mais la manière dont elle les a vécues et dont elle a aidé les autres à les vivre était tout simplement la simplicité même de Dieu.

 

 

AMEN