VÉRITÉ ET CHARITÉ
Sg 7, 21-30 ;Jn 4, 5-14
Ste Thérèse d'Avila - (15 octobre 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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I |
l faut s'imaginer sainte Thérèse d'Avila parcourant infatigablement les routes de l'Espagne à dos d'âne ou en chariot, traitant toutes les affaires de ce monde qui vont du règlement d'héritage de sa famille à de nouvelles fondations nécessaires pour mener à bien la réforme du Carmel. La nuit, elle priait, mais elle écrivait aussi puisqu'elle a écrit quinze mille lettres, chose énorme, allant des petits billets jusqu'à des lettres importantes et qui nous permettent de découvrir un visage assez étonnant, très humain, plein de vivacité et d'humour.
Une chose qui caractérise Thérèse d'Avila c'est qu'elle était totalement femme dans toute sa splendeur, toute sa noblesse, totalement femme de ce monde, totalement femme de Dieu. C'est dire qu'elle savait être femme dans ce monde et agir avec autorité auprès des autorités qui justement lui faisaient souvent obstacle, mais aussi avec Dieu car elle savait traiter comme une femme qui parle à son époux bien-aimé en lui faisant de temps en temps quelques remontrances. Une femme de passion que ce soit pour la terre ou pour le ciel. C'est bien cela qui caractérise sainte Thérèse, c'est qu'elle avait deux mondes entre lesquels elle allait et venait avec autant d'aisance, que ce soit sur la terre ou dans le ciel.
Quand on lit ses lettres, on découvre qu'elle agissait comme si elle était un peu l'envoyée de Jésus-Christ, prolongeait son autorité, sa vérité et sa charité sur terre, qu'elle agissait avec le maximum de discernement comme l'aurait fait le Christ Lui-même. Ceci non pas en raison d'une ambition personnelle mais tellement imprégnée, habitée par cet esprit, par cette union (puisque toute la spiritualité thérésienne est caractérisée par l'union à Dieu), mais tellement unifiée par la vie même de Dieu qu'elle vivait comme s'Il était vraiment présent et agissant à travers elle, à travers tout ce qu'elle avait à faire dans ce monde.
Femme accomplie, peut-être plus admirable qu'imitable mais qui en tout cas ne manquait pas d'humour. Elle disait d'elle-même à un vieil ami François de Saledo : "Vous donneriez six ducats pour me voir, cela me semble beaucoup trop." A son frère Laurent, elle écrit : "Je me prends à rire car pour récompenser les sucreries, les cadeaux et l'argent que vous nous envoyez je n'ai à vous donner que des cilices." A un autre Père, elle écrivait : "J'ai bien ri en apprenant que vous désiriez encore de nouvelles épreuves, néanmoins, comme vous ne seriez pas seul à les supporter, je vous en prie pour l'amour de Dieu, laissez-nous respirer au moins quelques jours !" C'est bien là sainte Thérèse qui savait manier la plume, qui savait manier les âmes des hommes, tout en ayant le souci de les faire grandir vers le ciel.
Mais la chose la plus belle chez sainte Thérèse d'Avila c'est qu'elle savait manier deux choses très difficiles à concilier qui sont la vérité et la charité. Sa passion de la vérité comme une vivacité permanente pouvait faire croire parfois qu'elle manquait de cœur. A la suite du renvoi d'une sœur d'un Carmel, elle écrit : "Quand la conscience est en jeu, il n'y a pas d'amitié qui tienne, car je dois plus à Dieu qu'à personne." Sa passion de la vérité l'entraînait sur des sentiers où la charité pouvait être atteinte dans son efficacité, mais elle l'explique en disant : "Le malheur c'est que, plus j'aime une personne, moins je ne puis souffrir en elle la plus petite faute." En fait, elle réalisait ce que saint Paul dit quand il demande de "faire la vérité dans la charité. II n'y a pas de vérité sans charité et il n'y a pas de charité sans vérité. Les deux doivent se conjuguer de façon permanente", et c'est bien là la vocation humaine, celle que sainte Thérèse a parfaitement réussie, que de manier l'un et l'autre avec discernement et équilibre. Quand il s'agit de juger quelqu'un, certes quand les valeurs en jeu sont celles de l'Église, d'un couvent ou d'une communauté, sainte Thérèse n'hésite pas à trancher dans le vif, mais en même temps, elle sait qu'il faut le faire avec charité et discernement, non pas simplement en vue de respecter les sentiments de l'autre, mais en vue de l'amour de Dieu qui nous est donné et qui doit régner dans chaque cœur.
A la suite de sainte Thérèse, nous qui avons souvent à prendre des décisions face à ce monde, mais qui avons aussi un autre pied dans le ciel, sachons le faire certes avec fermeté, mais en même temps dans la fermeté même de la charité, pour que l'amour de Dieu grandisse vraiment en chacun de nos cœurs et que nous soyons aussi passionnés que sainte Thérèse à faire monter, à faire grandir chaque personne que nous connaissons dans cette charité pour connaître davantage la vérité.
AMEN