SAINTE THERESE D'AVILA

Sg 7, 21-30 ; Lc 14, 25-33
Ste Thérèse d'Avila - (15 octobre 1980)
Homélie du Frère Serge JAUNET

Avila : cloître 

 

O

mon Epoux et Seigneur,voici venu enfin le temps désiré. Il est temps de nous voir, mon aimé, partons, c'est l'heure."Telles furent les dernières paroles de celle que encore, en Espagne, on ne connaît que sous le nom de la Santa, de la Madre, sainte Thérèse d'Avila. Et si les mots veulent dire quelque chose, vous sentez tout l'amour qui habitait le cœur de cette femme de 67 ans qui se mourait ce 5 octobre 1582, après une vie où elle s'était dépensée à travers toute l'Espagne à fonder des monastères où Sa Majesté, comme elle appelait le Christ son Seigneur, serait servi dans la prière. 

Je crois que pour comprendre la vie de sainte Thérèse, pour comprendre sa sainteté il n'y a qu'un mot qui puisse nous éclairer, c'est celui de l'amour. Toute sa vie Thérèse essaya et réussit, je crois, à la fin, à donner tout ce qu'elle était au Christ son Seigneur. Elle disait elle-même à ses sœurs que nous aimons Dieu avec tout ce que nous sommes, avec notre cœur d'homme ou de femme, tel qu'il est. Et Thérèse fut une femme au cœur immense. La liturgie propre qui lui est dédiée lui applique ces paroles du livre de la Sagesse : elle eut un cœur aussi grand que l'étendue des sables au bord de la mer. Oui Thérèse fut avant tout une femme avec un cœur si profond, si aimant, qu'elle atteignit avec ce cœur l'union avec son Seigneur et son Dieu. 

Entrée à 18 ans au Carmel de l'Incarnation, à Avila, elle vit pendant vingt ans une existence qui n'est pas la sainteté, qui n'est pas toute donnée à son Dieu. Le Carmel de cette époque comprend trois cents religieuses et on y mène une vie qu'on appelle mitigée. La plupart du temps se passe au parloir à recevoir les gentilshommes qu'on a laissés quand on a quitté le monde, mais que l'on retrouve bien vite dans le Carmel. Les sœurs ont quitté la bure pour revêtir des habits plus délicats et la guimpe s'est ornée de nombreuses dentelles. Il faut que, au bout de vingt ans, Thérèse en prière devant une statue de Jésus flagellé, du Christ au cours de sa Passion, soit émue au plus profond d'elle-même par l'amour qu'elle veut donner à ce Seigneur. Alors elle quitte ce couvent, pour fonder ce qu'elle appelle un petit colombier où seulement treize soeurs se retrouveront dans le silence et la prière, gagnant leur vie par le travail de leurs mains et vivant seules avec le Seul, comme vivaient seuls avec le Seul les ermites du Carmel qui avaient donné la règle à l'ordre auquel appartenait Thérèse d'Avila. Cette réforme fait école et Thérèse est lancée sur les routes de l'Espagne pour fonder, de ville en ville de tels monastères. On le lui reproche en disant : elle qui veut qu'on vive dans la solitude, le silence et la prière, court les rues. Elle rétorque que c'est encore l'amour de Dieu qui la mène : "Mesdames, ce serait faire bien peu de cas de l'amour de Dieu, si je restais enfermée ici avec vous." Par sa vocation le Seigneur l'appelle sur les routes à fonder autant de petits foyers où une prière vraie sera faite pour le Seigneur et pour le monde. 

Quelque temps avant les paroles que je vous ai citées au début, Thérèse disait : "Je meurs fille de l'Église et je suis heureuse d'être fille de l'Église". Si elle prie avec ses sœurs, c'est pour l'Église et spécialement, comme elle le dit, pour les prêtres et les théologiens qui doivent apporter la parole de Dieu a la face du monde. Avec ses sœurs dans la solitude, elle porte cette mission des prêtres, cette mission des apôtres de son époque. 

Thérèse d'Avila, vous le savez a été gratifiée de visions, de grâces très spéciales de la part de son Seigneur. Elle ne voulait pas qu'on en parle. Elle reprochait à ses sœurs de venir avec elle à l'oraison et de rester fixées sur son visage tout illuminé durant les extases qui lui furent accordées. Mais en tout cela, ces grâces si particulières que le Seigneur lui a donné pour son Église, pour son ordre, Thérèse vit, en fait, la même chose, l'amour de son Seigneur. Et la plus belle peut-être de ces visions du Christ, c'est celle si naïve et si profonde, le jour où en descendant un escalier elle aperçoit un enfant qui l'attendait au bas des marches : "Petit, que veux-tu?" Je suis Thérèse de Jésus." Et le petit de lui répondre : "Moi, je suis Jésus de Thérèse." Je crois que dans ces mots tout simples venant de la bouche de l'Enfant Jésus, nous trouvons le secret de la vie de Thérèse. Thérèse, comme son nom l'indique est à Jésus mais Jésus se donne à elle dans ces grâces si particulières de l'oraison. A travers cette vie de Thérèse, à travers ce qu'elle a été pour son temps et ce qu'elle reste pour nous, est allumé, comme l'a dit quelqu'un, un phare, un phare pour nous-mêmes, un phare alors que nous voyons en pleine mer, un phare qui nous indique le port, qui nous indique là où nous devons aller, ce vers quoi nous devons tendre. Puissions-nous, comme elle l'écrivait dans une de ses poésies, "Vivre de ce Dieu qui seul nous suffit, que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie, tout a une fin mais Dieu ne change point. La patience tout obtient. Qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu suffit !" 

Puissions-nous apprendre de ce témoin, de ce docteur de l'Église puisqu'elle a été proclamée telle il y a dix ans par le pape Paul VI, puissions-nous apprendre cette vie d'amour avec le Christ. Qui que nous soyons, moines, laïcs, vivant dans le mariage, vivant dans un engagement pour la société, il n'y a qu'un chemin pour tous. Pour vivre avec notre Dieu, pour être son témoin dans le monde d'aujourd'hui il n'y a qu'un chemin, c'est celui de l'amour. Puissions-nous lever les yeux vers ces phares, vers ces saints que le Seigneur a fait surgir dans son Église. 

Il était émouvant, hier soir, de voir sur nos écrans de télé, cette icône du Dieu amour qu'est Mère Térésa, et d'entendre des paroles que beaucoup de prédicateurs n'oseraient pas dire à la messe télévisée. Elle, elle a su aussitôt nous conduire à la hauteur où Dieu se trouve, à la hauteur de l'amour, et nous redit le trop-plein de son cœur, cette parole de saint Jean qui l'habitait et qu'elle déversait ainsi dans tous les foyers grâce à la télé. Vous avez remarqué que Mère Teresa ne nous a parlé que de l'amour et elle disait en terminant : "Ma mission, les missions, je ne connais pas. Je ne connais que des missionnaires et les missionnaires de sont des amoureux et des amoureux de Jésus." Puissions-nous, qui que nous soyons, vivre cet amour pour le Christ et en prendre les moyens. 

 

AMEN