L'INJUSTICE AU CŒUR DE LA VIE
2 Co 5, 17- 2 Co 6, 2; Jn 20, 19-23
St Callixte - (14 octobre 2005)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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rôle d'histoire que celle de saint Callixte, qui d'esclave qu'il était, devient d'abord chrétien, dénoncé ensuite pour une affaire assez sordide, condamné aux travaux forcés en Sardaigne, en est libéré sous la pression de quelqu'un, accueilli à nouveau à Rome où il reprend des études de théologie. Il est ordonné diacre par le pape Zéphirin en 217. À l'époque, l'Église est troublée non seulement à l'extérieur par les persécutions, et aussi de l'intérieur. Il aura un ennemi juré qui s'appelle Hyppolite qui l'accuse d'être un peu laxiste. Vous voyez que les conflits ne sont pas d'aujourd'hui seulement. Cette accusation ne l'empêchera pas de devenir pape à son tour. Je ne pense pas que cela avait l'allure que nous connaissons maintenant, vous imaginez bien qu'en 217, les événements n'étaient pas suivis par les médias, mais l'Église croyait en elle-même et elle avait réussi à affirmer avec beaucoup de ténacité non seulement sa foi, mais la miséricorde. Vous savez qu'il y avait un grand problème à Rome, par les persécutions, certains chrétiens avaient renié leur foi en Jésus-Christ, et donc épargnés, ils étaient appelés les "lapsi" , c'étaient les traîtres. Hyppolite ne voulait pas qu'on les réintègre dans l'Église, tandis que Callixte acceptait qu'on leur pardonne. C'était un grand moment de l'Église, le pardon à ceux qui avaient renié leur foi, et qu'on les réintègre dans l'Église. C'est Callixte qui l'a emporté, mais la suite de l'histoire n'est pas géniale, la foule romaine ivre de colère (dit la légende), le précipite dans un puits, et c'est pourquoi la catacombe porte aujourd'hui son nom.
Tout cela évidemment n'est pas vérifiable sur le plan historique, mais peu importe. L'idée, c'est que injustice, trahison, non seulement par les ennemis mais aussi par les amis, par les compagnons de la même Église, parce qu'on n'est pas sûr que ce soit un membre de l'Église qui l'ait dénoncé quand il est parti en Sardaigne. L'Église va tenter, quand elle reprend les histoires de ceux qui l'ont fondée par leur sang, elle va tenter de reprendre dans la vie humaine ce qui nous semble indépassable. Chacun de nous a vécu à un moment donné la rencontre avec l'injustice : c'est votre père ou votre mère qui vous a frappé vous, au lieu de punir votre petit frère ou votre petite sœur, tout le monde a pris un coup pour l'autre, ou c'est à l'école, ou c'est la maîtresse, à un moment donné, dans la vie, on rencontre l'injustice. En général, cela nous marque tous, parce que nous étions fondamentalement innocents, mais on n'est jamais complètement innocents, parce que quand on prend un coup de son père ou de sa mère, on se dit que ce qu'ils me reprochent ce n'est pas vrai, mais je prends pour une autre chose qu'ils n'ont jamais su ! l'injustice c'est vraiment un moment de rencontre et l'on n'est jamais le même après. Je pense que l'Église a essayé de drainer les grands moments où l'homme est transformé, et la rencontre avec le malheur de l'injustice est un grand moment de la vie humaine pour dire que cela s'inscrit normalement dans une vie chrétienne. Je pense même que la rencontre avec l'injustice est déterminante sur le plan intérieur, c'est la manière dont nous avons réagi à cette injustice qui conditionne beaucoup de choses de notre vie future. Au fond, ou bien nous avons pris le parti de dire : ma revanche, je l'aurai, et nous avons tous un peu cette idée-là ; deuxième parti : je suis une victime et je le serai jusqu'à la fin de mes jours ; troisième parti : o.k. ils vont m'entendre et c'est moi qui vais attaquer les autres. Après il y a toutes les formules de cocktails en mélangeant les uns et les autres.
La première rencontre, il suffit d'avoir des enfants et de les écouter, traverse de part en part et l'âme et l'esprit de chacun d'entre nous. En reprenant à travers ces histoires arrangées des martyrs de l'Église, elle dit que l'injustice n'a pas le dernier mot mais qu'elle s'inscrit dans une offrande la notre vie. S'il y en a un qui a bien subi l'injustice, c'est bien Callixte. Chaque personnage dans l'Église, draine et récupère à elle, un moment de la vie. Pour certains, ce sera le courage d'annoncer au roi, comme Jeanne d'Arc qu'il sera sacré roi, c'est son courage à elle, un autre aspect de la sainteté. Le martyr est celui qui va épingler un aspect difficile de la vie humaine et qui va témoigner de la présence de la vie dans cette injustice même.
Cela sert souvent de schéma, de relecture de la vie des saints, des martyrs en tout cas. Que cette rencontre avec l'injustice ne nous désespère pas, mais qu'elle nous fasse comprendre que le Christ est présent au cœur même de cette injustice, qu'il l'a subi, et qu'il est possible qu'au nom du Christ, des frères, et même nous-mêmes, nous puissions le vivre. C'est notre façon à nous d'intégrer notre vie dans celle du Christ. L'injuste restera vivant, mais ce n'est pas lui qui au nom de Dieu sera celui qui sera choisi. Que saint Callixte nous aide à retrouver l'espérance.
AMEN