TÉMOIN DE LA MISÉRICORDE

2 Co 5, 17- 2 Co 6, 2; Jn 20, 19-23
St Callixte - (14 octobre 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

C

allixte que nous célébrons aujourd'hui, était un esclave chrétien. Il appartenait à un maître qui s'appelait Carpophore, il était lui-même un affranchi, un ancien esclave, et dont le signifie : qui porte du fruit. Mais vu le métier de ce Carpophore, c'est qu'il se faisait du blé, puisque c'était un banquier. Un beau jour, Carpophore donne une somme d'argent à Callixte pour faire fructifier cette somme. On a l'impression d'être en plein évangile, en direct avec tous les textes que nous lisons, avec le maître et les serviteurs. Donc, il lui donne une somme d'argent, et voilà notre brave esclave Callixte qui s'en va, ouvre une petite échoppe, près du grand cirque Maximus à Rome, et il commence à engranger de l'argent. Tout va bien, l'argent rentre et au bout d'un moment, cela se passe très mal parce que quelques personnes veulent venir récupérer leur argent, et ce brave Callixte n'est pas en état de leur rendre. Les gens vont voir Carpophore, vont se plaindre au maître, et Callixte ne trouve comme solution que de s'enfuit vers le port d'Ostie, certainement pour prendre un bateau et partir très loin pour sauver sa tête.

Malgré cela, il se fait récupérer par les sbires de Carpophore, et se retrouve dans un moulin en train de faire le travail d'esclave, de moudre le grain. Quelques chrétiens ont pitié de cet homme et ils vont demander à Carpophore de le libérer, en se portant garant, disant qu'il va réussir à gagner de l'argent et pouvoir rembourser toutes les personnes lésées. Carpophore, bon prince, décide de libérer ce pauvre esclave, mais la seule chose que Callixte trouve à faire, c'est de se précipiter un jour de sabbat dans une synagogue pour demander de l'argent à quelqu'un qui lui en devait. Donc tout finit par une rixe générale, les CRS de l'époque arrivent, tout le monde est embarqué au poste, et Callixte se retrouve devant un juge. Le problème c'est que devant le juge, il est non seulement accusé d'avoir provoqué une rixe, mais en plus, il est accusé d'être chrétien. Callixte se retrouve ainsi envoyé dans les mines de Sardaigne comme la plupart des chrétiens. Tout cela se passait dans les années cent quatre-vingt, cent quatre vingt-dix au temps de Commode. Or, celui-ci avait une maîtresse qui était pro-chrétienne. Cette femme prend contact avec le pape de l'époque qui s'appelait Victor et lui demande la liste des chrétiens pour essayer de les faire libérer. Cette femme, certainement en usant de ses charmes, fait libérer une partie des chrétiens qui sont dans les mines de Sardaigne, et Callixte se retrouve à Rome, et le pape Victor trouvant qu'il a fait beaucoup de bruit l'envoie dans un petit village pour le mettre un peu au vert.

C'est là que l'histoire continue et devient de plus en plus belle, avec tout ce qui s'est passé (on ne peut pas dire que cette première partie de l'histoire de Callixte soit vraiment à sa gloire), le pape suivant Zéphirin va donner à Callixte, la charge des cimetières. Quelqu'un qui n'était pas très clair au niveau de l'argent, qui était même carrément voleur, le pape se met à lui confier la charge des cimetières. C'est une charge très importante, puisque c'est un ministère de charité. Il s'agit effectivement de donne des sépultures dignes à tous les pauvres de Rome. Non seulement Callixte va s'occuper d'enterrer les pauvres, mais il va aussi s'occuper de donner de l'argent aux veuves et aux indigents. De cette manière, quelques années après, Callixte va devenir lui-même pape. Il va se retrouver face à lui, à un intégriste de l'époque, un homme très rigide, qui s'appelle Hippolyte de Rome. Ils vont se bagarrer pour le pardon des péchés. Je ne vais pas développer longuement cette dernière partie, mais j'aurais voulu aujourd'hui attirer votre attention sur cette chose très belle : quelqu'un qui a vraiment péché, d'abord, l'Église lui donne une certaine confiance en admettant que la vie de ce pécheur ne se réduit pas à son péché. C'est intéressant de voir que le lieu même du péché qui était de fricoter avec de l'argent, l'Église, je ne sais pas si c'est par naïveté à l'époque, mais l'Église va lui proposer le même mystère. Si Callixte était un banquier habile selon les lois de la terre, en gardant de l'argent pour lui, d'une manière extraordinaire, certainement la grâce de Dieu, il devient un banquier selon la grâce du ciel, et il s'agit de ne pas retenir cette grâce de Dieu mais de pouvoir la dispenser et la donner à tous ceux qui en ont besoin. C'est ainsi que ce pape Callixte va devenir cette figure emblématique de celui qui non seulement annonce la miséricorde, mais qui est prêt aussi à la donner à ceux qui ont péché, à la fois à ceux que l'on appelle les lapsis, c'est-à-dire ceux qui sous la torture ont renié le Christ, mais aussi par rapport aux candidatures de ceux qui étaient appelés à devenir prêtres, et aussi pour d'autres choses comme par exemple les lois de mariage entre un esclave et une riche veuve.

Frères et sœurs, que cet exemple de Callixte nous rappelle que lorsque nous donnons notre pardon à quelqu'un, souvent, nous le faisons du bout des lèvres, en disant, je lui pardonne, mais ce qu'il a commis, je ne l'ai jamais fait, j'en fais d'autres mais pas celui-là, je suis pur de ce péché, et notre pardon reste souvent extérieur et étranger à ce qu'il devrait être. Je trouve très beau qu'aujourd'hui, nous puissions célébrer un pape, évêque de Rome qui a eu un passé pas très clair, et qui a eu en même temps la figure vivante de cette capacité qu'a la grâce de transformer le cœur d'un homme. Qu'il en soit ainsi pour nous tous.

 

 

AMEN