LAISSEZ-VOUS RÉCONCILIER AVEC DIEU

2 Co 5, 17- 2 Co 6, 2; Jn 20, 19-23
St Callixte - (14 octobre 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

i nous avons lu cette page d'évangile où Jésus ressuscité transmet à ses disciples le pouvoir qui n'appartient qu'à Dieu seul, de pardonner les péchés, c'est parce que le pape saint Callixte, outre qu'il fut martyrisé, a été l'un de ceux qui ont large­ment ouvert les portes du sacrement de Pénitence aux pécheurs.

A cette époque, l'Église qui vivait les persé­cutions n'était qu'une poignée extrêmement fervente et que l'idée qu'un chrétien baptisé, converti, qui ris­quait chaque jour sa vie en professant sa foi, l'idée qu'un tel chrétien puisse retomber dans le péché avait quelque chose de choquant. On pensait que la conver­sion du baptême devait entraîner une conversion de toute la vie et qu'il devait extrêmement rare de retom­ber dans le péché grave. C'est pourquoi la pratique encore balbutiante du sacrement de pénitence était extrêmement rigoriste, on n'admettait au sacrement de pénitence qu'après une longue expiation, après de fortes macérations. Et encore certains péchés, comme l'apostasie par exemple, le fait de renier le Christ au cours d'une persécution, semblaient ne pas pouvoir être pardonnés par ce sacrement. On renvoyait à la mort le pardon de tels péchés. De même on était très sévère pour des fautes comme l'adultère ou la forni­cation ou le meurtre.

Le pape saint Callixte a largement ouvert la pénitence. Pour l'époque, il a voulu parler de miséri­corde et la rendre accessible et tangible pour un grand nombre de pécheurs, en particulier pour ceux qui avaient faibli dans les persécutions. C'est pour cela qu'il fut l'objet de violentes attaques à commencer par des prêtres et beaucoup de personnes pieuses qui criè­rent au scandale en pensant qu'un tel Pape était en train de galvauder le sacrement et de jeter des perles aux pourceaux. Saint Callixte fut très violemment at­taqué par le prêtre Hippolyte de Rome qui était le porte-drapeau des théologiens et des intégristes de son époque.

saint Callixte nous apparaît donc comme le témoin de la miséricorde de Dieu, comme celui qui a affirmé fortement, même au risque de perdre sa répu­tation, d'être accusé de malversations ou de collusion avec des milieux louches, qui a pressenti et essayé de faire comprendre aux hommes l'infinité de la miséri­corde de Dieu. "Dieu, dans le Christ s'est réconcilié le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes. Il a mis en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes en ambassade pour le Christ. C'est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions, au nom du Christ : Laissez-vous réconcilier avec Dieu !" nous disait saint Paul dans l'épître.

Selon la ponctuation que l'on adopte cette dernière phrase peut s'entendre de deux manières. On peut entendre le mot exhorter dans un sens absolu. "Nous sommes en ambassade pour le Christ, c'est comme si Dieu exhortait par nous." Et saint Paul continue en disant en son propre nom à lui, Paul "Nous vous en supplions au nom du Christ : "Laissez-vous réconcilier avec Dieu !" On peut l'entendre aussi comme s'il y avait deux points après la phrase : "C'est comme si Dieu exhortait par nous" et comme si la phrase qui suit était le contenu de l'exhortation de Dieu. Voilà en quoi Dieu nous exhorte Dieu nous dit : "Nous vous en supplions au nom du Christ : "Laissez-vous réconcilier avec Dieu !" C'est Dieu Lui-même qui nous supplie de nous réconcilier avec Lui J'aime bien lire cette phrase de cette manière-là. Je ne sais pas si c'est correct au point de vue exégétique mais il me semble très beau de penser que Dieu Lui-même, à travers ses ministres, nous supplie de nous laisser réconcilier avec Lui. Je crois que c'est cela que le pape saint Callixte a compris. La miséricorde ce n'est pas simplement une façon d'être large d'esprit ou de passer l'éponge. Ce n'est pas une façon pour Dieu d'oublier nos fautes. La miséricorde c'est le cri du cœur de Dieu. Dieu nous supplie de nous laisser ré­concilier avec Lui parce que Dieu a un si grand désir que nous soyons réconciliés avec Lui, Dieu a telle­ment besoin dans son amour que nous acceptions sa miséricorde et son pardon, que nous acceptions de nous laisser toucher par son amour.

Si nous venons au sacrement de pénitence, il ne faudrait pas que ce soit d'abord à notre avantage, pour nous sentir à l'aise, pour nous sentir en règle, pour nous sentir plus léger, pour être débarrassés de nos péchés mais d'abord parce que Dieu nous attend, parce que Dieu est là comme le Père de la parabole de l'enfant prodigue, au bord du chemin, dans l'attente passionnée de notre retour. Dieu désire que nous nous réconcilions avec Lui. Et c'est pour faire plaisir à Dieu que nous devrions aller nous confesser. C'est pour que Dieu soit heureux, pour qu'Il soit content de nous savoir enfin dans la paix, enfin dans ses bras, enfin dans son bonheur. Si nous comprenions ce qu'est notre péché, ce que notre péché fait au cœur de Dieu, nous ne résisterions pas à cet appel de Dieu, cet appel insistant, car Dieu nous aime tellement qu'Il a besoin que nous soyons heureux. Et Dieu le désire si fort qu'Il nous appelle sans cesse à nous laisser ré­concilier avec Lui. Que l'intercession de saint Callixte ouvre notre cœur à cet appel de Dieu, et que nous sachions venir trouver humblement le Seigneur pour nous jeter dans ses bras.

 

AMEN