SAINT CALLIXTE : TÉMOIN DE LA MISÉRICORDE
2 Co 5, 17- 2 Co 6, 2; Jn 20, 19-23
St Callixte - (14 octobre 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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es deux textes de ce jour ont été choisis parce que saint Callixte, à une époque où l'Église était encore d'une très grande sévérité en ce qui concerne le pardon des péchés, a été un des premiers à ouvrir plus largement la pénitence. On ne donnait le sacrement de pénitence qu'une fois dans la vie, un unique rattrapage après le baptême. Certains même considéraient que des péchés comme l'adultère, l'homicide ou l'apostasie étaient irrémissibles. Saint Callixte, lui, admit à la pénitence même ceux qui avaient une vie sexuelle un peu anormale.
La première caractéristique de ce pape c'est un sens pastoral aigu des plus pauvres, des plus faibles, de ceux qui sont en difficulté. Cela s'est manifesté non seulement par cette ouverture plus large du sacrement de pénitence, (prélude à cette extension progressive qui fait que, de nos jours, aucun péché n'apparaît comme devant nous écarter du pardon de Dieu) mais encore par la régularisation de certaines unions conjugales considérées comme illégitimes par la loi romaine de l'époque. Il s'agissait de l'union de personnes de castes différentes. La loi romaine interdisait à un membre de l'ordre équestre d'épouser un esclave. C'était un mariage civilement nul, non reconnu par la société. Saint Callixte décida que l'Église pouvait reconnaître de tels mariages même si la société civile les refusait.
Il s'insurgea aussi contre certains courants théologiques répandus dans l'église de Rome et dont il jugeait les arguties trop complexes pour être comprises par le peuple. Il voulait s'en tenir à une théologie plus traditionnelle, plus simple, revendiquant ainsi le droit pour tous de pouvoir pénétrer dans le mystère de Dieu. Ces exemples nous montrent que saint Callixte avait le sens des pauvres. Peut-être l'avait-il parce qu'il était lui-même d'une origine très humble, très modeste. Il avait été esclave dans sa jeunesse puis affranchi avant de devenir prêtre et évêque de Rome.
C'est donc ce sens des pauvres qui a fait de saint Callixte le pape de la miséricorde. Et c'est pour cela qu'il a été vilipendé. Quand il s'est opposé à ces théologiens aux arguties trop complexes, il a été par ceux-là même accusé d'hérésie. Dans cette doctrine traditionnelle de l'Église dans laquelle il voulait se maintenir, on a voulu voir une manière détournée d'introduire des doctrines subversives. Qui plus est, on l'a accusé de malversations, de toutes sortes de fautes d'argent dans sa vie passée. On l'a traîné dans la boue. Quand il a ouvert largement les portes du sacrement de pénitence, on l'a accusé de complicité avec les pécheurs, de bienveillance envers ces milieux troubles dont, disait-on, il était issu lui-même. Pour comble d'infâmie, son martyre s'est produit au cours d'une émeute dans le Transtévère et a été considéré par certains milieux romains comme le fait qu'il s'était mêlé, là aussi, à des affaires troubles car le milieu du Transtévère était non seulement un milieu populaire mais parfois d'une honnêteté douteuse.
Vous voyez, ce pape du don très large de la miséricorde de Dieu a payé de sa réputation et non seulement de son sang l'ouverture de cette miséricorde aux pécheurs et aux pauvres. Ceci est important. En effet, il faut bien comprendre que les prêtres, les évêques qui sont les ministres de la réconciliation chargés par Dieu de donner aux pécheurs le pardon et le renouvellement de l'Alliance, ces prêtres reçoivent certes, dans ce geste du pardon une part de la grâce qu'ils donnent aux fidèles. Je crois que cela fait partie de la grâce du sacerdoce d'être sauvé en étant l'instrument du salut des autres. Mais en même temps, ils portent aussi, pour leur part, le péché de ceux pour lesquels ils sont ministres du pardon. Le curé d'Ars se sentait responsable des pécheurs qu'il réconciliait avec Dieu. D'une certaine manière, il se chargeait lui-même des fautes des pénitents ou plus exactement de cette "satisfaction", de cette expiation des fautes à laquelle le pénitent est invité. Je crois qu'il y a là un mystère profond. Le pape saint Callixte a porté les péchés de tous ceux qu'il avait voulu réconcilier avec Dieu, à qui il avait voulu ouvrir la porte du salut. Dans sa vie et dans sa mort, il a été lui-même mis ainsi au nombre des pécheurs, comme le Christ Lui-même l'a été sur la croix, comme nous le dit le prophète Isaïe. Le Christ nous a sauvés en étant fait Lui-même péché pour nous.
Nous sommes sauveurs les uns des autres en portant le poids des épreuves et des péchés de nos frères, car dans la communion des saints, il y a cette sorte d'intercession et d'interaction des uns sur les autres. Nous devons nous charger du poids de nos frères afin que la grâce de Dieu puisse aussi passer à travers. Ce qui est vrai des ministres du sacrement est vrai d'une certaine manière de tous les chrétiens, dans la mesure où le Christ nous associe à sa passion, afin que nous soyons non seulement mais, pour une part, aussi, sauveurs les uns des autres. Que par l'intercession de saint Callixte le Christ nous introduise dans le mystère de sa miséricorde qui est aussi le mystère de toutes les souffrances que nous portons en union avec sa croix pour le salut du monde.
AMEN