L'EGLISE, ICÔNE DE LA MISERICORDE DE DIEU

2 Co 5, 17- 2 Co 6, 2; Jn 20, 19-23
St Callixte - (14 octobre 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Sernin-sur-Rance  

E

n 220 après Jésus-Christ, quatre ou cinq générations seulement après la première prédication apostolique c'est la pleine époque des persécutions et on se trouve devant un problème disciplinaire assez grave, surtout dans l'église de Rome. Jusque-là, en raison d'une application très stricte de certains passages de l'Écriture du Nouveau Testament, on ne réconciliait pas ceux qu'on appelait les "lapsi", c'est-à-dire ceux qui, dans l'épreuve du feu de la persécution, avaient cédé et avaient renié le Christ. Parce qu'ils avaient renié, qu'ils avaient, par leur péché et leur faiblesse, abîmé, défiguré la grâce de leur baptême, on considérait que ce péché n'était pas pardonnable et que, par conséquent, ceux qui étaient ainsi tombés, ne pouvaient pas être réintégrés dans le sein de la communion de l'Église. Ceci était d'autant plus strictement et farouchement observé qu'il y avait dans la même Église de Rome un certain nombre de personnages très intimidants et qui faisaient une pression très forte qu'on appelait les confesseurs. C'étaient ceux qui, en ayant subi des épreuves du martyre n'en étaient pas morts, mais n'avaient jamais cédé et n'avaient jamais lâché. Ceux-là étaient d'autant plus intransigeants et redoutables qu'ils ne voulaient rien savoir et qu'ils ne voulaient pas qu'on fasse miséricorde aux lapsi. 

Or le pape saint Calixte est le premier évêque de l'histoire de l'Église à avoir accordé le pardon et la pénitence à ceux qui étaient tombés. Ceci eut d'ailleurs des conséquences très graves dans l'Église romaine que saint Hippolyte, en très habile conservateur, exploita très longuement. Mais ce qui me paraît important à voir, c'est que ce que saint Calixte a voulu, ou plus exactement ce que Dieu a voulu par saint Calixte c'est nous faire découvrir quelque chose de très profond dans le mystère de l'Église. 

En effet, on peut dire que, d'une certaine manière, ceux qui ne voulaient pas que les lapsi soient réconciliés, avaient une certaine conception de la vie intime de la grâce qui était très rigoureuse et très exigeante et tout à fait honorable : c'était que lorsqu'on avait été saisi par le Christ, le renier c'était se couper radicalement de Lui. Mais ils en avaient une conception tellement exigeante qu'elle devenait une conception purement individuelle. A partir du moment où l'homme était tombé, il n'y avait plus rien, puisque lui-même avait coupé, abîmé ce lien fondamental de son existence avec Dieu, il n'y avait plus d'espoir pour lui, et l'Église ne pouvait plus rien faire pour lui. Or ce que saint Calixte a montré, sous la conduite de l'Esprit, dans le geste de réconciliation qu'il a accordée à ces hommes qui étaient tombés, c'est que l'Église, jusque dans son être le plus profond, a véritablement et réellement été investie du ministère de la réconciliation. Que le Christ qui nous a pardonné sur la croix a voulu que l'Église soit l'instrument réel de la propagation de cette réconciliation, et que l'Église pouvait, même si les personnes dans leur espoir personnel étaient tombées, l'Église pouvait, au nom du Seigneur, et au nom de la miséricorde de Dieu, être le resplendissement de cette miséricorde et cela même plusieurs fois dans la vie d'un homme. Je crois que cela nous enseigne très profondément sur l'Église. 

Si l'Église est icône du Christ, image du Christ sur cette terre, en ces temps où nous ne connaissons pas la plénitude du Royaume, elle est par conséquent aussi image, icône de la miséricorde de Dieu. Et chaque fois que nous voyons nos frères, les membres de l'Eglise, ce que nous devrions contempler en eux, d'abord c'est l'icône de la miséricorde de Dieu. 

Et le véritable visage de l'Église c'est qu'elle est l'image du Dieu qui fait miséricorde et du Dieu qui pardonne. Alors, au cours de cette Eucharistie, demandons, par l'intercession de saint Calixte qui, pour la première fois dans l'histoire de l'Eglise, a développé cette richesse de l'Église, que l'Église portait en elle mais qui était encore insoupçonnée, demandons d'éveiller en nous ce regard sur l'Église comme image vivante et réelle de la miséricorde de Dieu pour que nous aussi, dans notre coeur, parce que nous sommes de l'Église, nous soyons des images vivantes du Dieu qui fait miséricorde. 

 

AMEN