LA PRIÈRE DU ROSAIRE
Ac 1, 12-14; Lc 1, 26-28
ND du Rosaire - (7 octobre 2008)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, pour les sages, ceux qui connaissent les textes, la fête du saint Rosaire comme on l'appelle est liée à une victoire bien précise. Le 7 octobre 1571 la flotte qui avait été convoquée par l'empereur d'Autriche avec tous les occidentaux sauf la France qui préférait faire ami-ami avec le Turc pour ennuyer l'empereur d'Autriche, tous les alliés européens ont battu la flotte turque dans le golfe d'Achaïe, en Grèce et l'on considère généralement que cette destruction de la flotte turque a marqué la fin de l'avancement et de la conquête de la mer Méditerranée par les armées et les flottes turques. Pie V, a voulu célébrer cette victoire en la dédiant à la vierge Marie sous le titre de Notre Dame du Saint Rosaire. C'est le côté savant.
Les vraies racines historiques du Rosaire ne se situent pas à Lépante, elles sont bien antérieures à 1571. Le rosaire est une prière qui est montée de la terre, qui est montée dans le murmure des lèvres du peuple croyant et qui petit à petit, a pris la forme que nous lui connaissons aujourd'hui. Au début, le Rosaire naît à Constantinople. C'est pour cela que le Rosaire a une certaine dimension œcuménique, quoiqu'on en pense. Lorsque Constantinople est assiégée par les Bulgares et les Avares, la ville risque de tomber. Le patriarche convoque toute la population à Saint Sophie et les chantres improvisent ce qui est l'origine des litanies à la Vierge, ce que l'on a appelé l'Hymne Acathiste, l'hymne qu'on chante non assis, debout, en état de veille à cause de la présence de l'ennemi sous les murs de Constantinople. Cette hymne Acathiste est la forme originelle du Rosaire, parce que c'est inlassablement répéter les louanges de la vierge Marie, c'est prier avec elle, la prier, c'est se remettre au cœur même de la prière de l'Église.
En Occident, ce n'est pas l'hymne Acathiste comme telle (même si c'est parfois traduit), qui a emporté le morceau, mais c'est son équivalent, plus simple, plus facile à retenir parce que l'hymne Acathiste comprend de très nombreuses strophes, les chantres de Constantinople l'avaient chanté toute la nuit. En Occident on a trouvé une chose plus simple : on a repris la salutation évangélique en regroupant la parole de l'ange dans saint Luc, puis la parole d'Élisabeth également dans l'épisode de la Visitation chez saint Luc, en ajoutant la conclusion que l'on connaît : "Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort".
En fait, cette prière est devenue la prière des humbles, la prière des simples, car au Moyen-Age, comment faire prier le peuple chrétien quand il ne sait pas lire ? Il fallait une prière facile à mémoriser, et une prière qui puisse accompagner tous les gestes et toutes les pensées des priants. C'est comme cela que non seulement dans les monastères, où c'étaient généralement les frères convers qui ne savaient pas lire et qui travaillaient beaucoup manuellement, qui disaient des "Je vous salue Marie" au lieu du psautier, c'est de là l'origine. Ils récitaient par jour cent cinquante fois le "Je vous salue Marie", pendant que les frères de chœur qui eux, savaient lire, lisaient l'office de l'Église et les psaumes dans leur version accessible à l'époque. C'était donc la prière des convers et petit à petit, grâce à la prédication des Dominicains dans les villes à partir du treizième siècle, ils ont commencé à répandre cette dévotion de la prière du Rosaire.
Cette prière a été extrêmement populaire et elle a donné lieu à toute une réflexion, une méditation qui, finalement, s'est cristallisée autour des fameux quinze mystères du Rosaire, autour desquels à chaque mystère on récitait dix "Je vous salue Marie". Comme il y avait cent cinquante psaumes, dix fois quinze, il y avait quinze mystères, cinq mystères joyeux, cinq mystères douloureux, cinq mystères glorieux qui rappelaient le mouvement : naissance, mort et résurrection. C'est quand même une piété extrêmement pascale. C'est assez récemment que Jean-Paul II, brisant le tabou des cent cinquante psaumes a ajouté les "mystères lumineux" qui font maintenant partie de la prière du Rosaire. Le Rosaire entier comprend vingt dizaines de chapelet, c'est une sorte de surenchère, mais qui est très judicieuse par le fait qu'il a introduit des mystères à contempler qui n'étaient pas tellement familiers au peuple chrétien.
L'enjeu du Rosaire est assez simple : dans un monde qui n'a plus tellement le sens ni de l'Écriture, ni de la prière écrite, ni des formulaires liturgiques, ce qui est encore dans beaucoup d'endroits le cas, il faut essayer de trouver un moyen qui combine à la fois la rumination des lèvres, la prière qui rumine, qui mâche la présence à Dieu, et il faut trouver aussi le moyen éducatif et pédagogique pour faire que cette prière épanouisse et ouvre l'esprit de ceux qui prient à la présence et au mystère de Dieu. C'est cela le génie de la prière du Rosaire, combiner le récitatif, les notes de musique, avec la contemplation du mystère, le fait de méditer la Nativité, l'Annonciation, la Transfiguration, la mort du Christ, le couronnement d'épines, la Résurrection, la Pentecôte, et faire de cette prière un support de la méditation de l'histoire du salut.
Le Rosaire peut être à la fois pour certains, la prière la plus ennuyeuse parce qu'ils préfèrent avoir quelque chose de plus construit, de plus solide et de plus nourrissant, c'est leur goût, mais cela peut être aussi une prière extrêmement riche et féconde dans la mesure où on l'ouvre avec attention et intelligence, à la contemplation de telle ou telle page de l'évangile. C'est pou cela qu'aujourd'hui, en France, et les Dominicains français s'y sont beaucoup attaché, il y a une certaine manière de renouveler la méditation du Rosaire qui consistait à l'appuyer, à la fonder sur une méditation et une lecture des textes évangéliques. Dans la mesure où la prière un peu rythmique, monotone des "Je vous salue Marie" vient prendre appui sur la vivacité et la dynamique de la parole de Dieu, je crois que peut se reproduire ce que l'Église a toujours voulu, prier avec Marie pour contempler le mystère du salut.
Demandons au Seigneur qu'aujourd'hui encore, cette prière des humbles soit non seulement comprise appréciée, mais pratiquée avec joie, paix et ferveur.
AMEN