LA PLACE DE MARIE DANS L'HISTOIRE DU SALUT

Ac 1, 12-14; Lc 1, 26-28
ND du Rosaire - (7 octobre 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

a petite introduction, faite par le missel romain pour la fête de Notre Dame du Rosaire souligne tout d'abord que c'est le 7 octobre 1571 que l'Occident fut libéré de la menace turque, par la victoire de Lépante qu'on attribua à la récitation du Rosaire. Aujourd'hui nous ne sommes pas invités à commémorer un événement lointain, mais à découvrir la place de Marie dans le mystère du salut et à saluer la sainte Mère de Dieu en lui redisant avec l'ange Gabriel : Ave Maria.

Cela me fait sourire parce que même le missel romain devient très prudent sur la manière dont Dieu et sa providence peuvent agir et marquer ainsi l'histoire des hommes, surtout lorsqu'il s'agit de dire que des musulmans ont été repoussés et n'ont pas ainsi, envahi l'Occident. Je laisse à notre méditation une telle manière de présenter l'affaire.

Nous sommes invités par l'Église elle-même à saluer Marie en disant : Je vous salue Marie comme l'ange le fait à cette femme, fiancée à Joseph. Le missel romain nous dit : non pas à commémorer un événement lointain mais à découvrir la place de Marie dans le mystère du salut. Là aussi il y a une difficulté, une chausse-trappe, il ne s'agit pas de remplacer la vierge Marie ou encore qu'elle remplace le Christ lui-même. Autrement dit, la place de la vierge Marie dans le mystère du salut n'est pas d'effacer son Fils Jésus-Christ. Un peu d'ailleurs comme avec raison, l'art l'a représentée et nous en avons un bel exemple avec la statue qui est dans le chœur, cette statue qui représente la vierge Marie, présentant l'Enfant-Jésus. On a même un peu l'impression qu'elle le lance vers les hommes, vers le monde.

Je crois que c'est cela la place de la vierge Marie, et peut-être la compréhension de cette invocation de Notre Dame du Rosaire. Le rosaire, lorsqu'on y réfléchit bien, c'est à travers les mystères joyeux, les mystères douloureux et les mystères glorieux de relire justement toute la bienveillante action de Dieu pour les hommes, de ce dessein salvifique du salut. Celle qui a certainement pu saisir de manière tout à fait intime cette action de Dieu dans le salut, dans sa propre histoire, dans sa propre existence, c'est bien sûr la vierge Marie. Pour nous, elle devient comme le témoin au sens que ce mot de témoin en grec vient du mot "martyr". Marie est le témoin de ce salut qui s'adresse personnellement à chacun de nous, qui s'inscrit dans notre propre histoire et dans toutes les réalités de notre existence, comme dans toutes les fibres même de notre humanité. Et Marie comme une mère est là pour veiller à ce que nous puissions reconnaître en nous l'action de Dieu et le salut qui se déploie dans notre vie baptismale. Car le témoin est là pour porter témoignage c'est-à-dire pour que nous reconnaissions l'événement merveilleux de ce qui se passe dans notre vie, car Marie nous invite à lire dans notre existence ce qu'elle-même a reçu de manière si prégnante, et a vécu de manière si profonde en restant le témoin réel, même si ce fut très discret de l'amour de Dieu pour chacune de ses créatures.

 

AMEN