NOTRE-DAME DU ROSAIRE
Ac 1, 12-14; Lc 1, 26-28
ND du Rosaire - (7 octobre 2000)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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oilà une fête au premier abord "marialo-mariale" ! Quand on célèbre la Vierge, Notre-Dame du Rosaire, on peut rencontrer des difficultés pour dire exactement à quoi va correspondre exactement pour nous cette fête, car le Rosaire, en soi, c'est un instrument qui nous sert à dire cent cinquante Ave Maria. En effet, mais vous le savez certainement mieux que moi, quand vous dites un chapelet en entier, vous avez à chaque fois cinq fois dix Ave Maria à réciter, sur les dix grains, et si vous le dites trois fois, cela finit par en faire cent cinquante. On fête une réalité, celle de la prière où avec cent cinquante salutations à la Vierge Marie, nous avons un temps et une manière de prier dans l'Église. Temps et manière de prier dans l'Église qui nous fait ainsi célébrer Notre-Dame du Rosaire. En fait, cette fête a été instituée parce que grâce à cette prière, nous avons été libérés de la menace turque, et peut-être célébrons-nous la victoire sur une guerre et nous rendons grâces à Dieu de ne pas être musulmans (je ne sais pas s'il faut en rendre grâces à Dieu !). Bref, il y a derrière cela une certaine ambiguïté. Je crois qu'il y a ambiguïté effectivement si nous en restons simplement à un évènement attaché à une prière. Nous ne célébrons ni l'évènement, ni en soi, cette prière particulière. Comme dans la théologie de l'Église, cet événement n'est pas en soi une fête liturgique, et cette prière n'est qu'un acte de piété, et la piété n'est pas encore élevée au rang de fête liturgique, pas plus qu'une procession ou une adoration du Saint Sacrement.
Qu'est-ce que cela peut signifier pour nous de célébrer aujourd'hui Notre-Dame du Rosaire ? Est-ce pour ajouter encore une fête à la Vierge Marie ? Je ne le crois pas parce que nous retomberions encore dans un système de piété. C'est sûr qu'il faut être pieux, mais la piété doit garder le sens de la vie chrétienne, dans sa correspondance à l'évangile, d'être un homme d'évangile.
Il doit donc y avoir un autre sens à notre fête. Elle est le mystère même de la communion entre l'homme et Dieu. Communion qui se vit dans un mouvement qui est la prière d'une manière générale, mais pas n'importe quelle prière, c'est la prière liturgique. Il faut nous rappeler d'où viennent les cent cinquante Ave Maria de note Rosaire. L'origine en est dans les cent cinquante psaumes de la Bible. En effet, à l'époque du Moyen-âge, des moines appelés "convers", étaient empêchés de réciter les cent cinquante psaumes, pour des raisons diverses, par exemple parce qu'ils étaient occupés aux travaux de cuisine, d'entretien du monastère ou des travaux des champs, ou aussi parce que ne connaissant pas le latin, on leur a donc donné la récitation des cent cinquante Ave Maria en lieu et place des psaumes. C'est de là qu'est né notre Rosaire. Pour le moine qui récitait son Rosaire, l'important était d'être greffé et enraciné dans la prière liturgique des psaumes. Cela nous ramène à une chose essentielle, celle que nous pouvons entrevoir dans la lecture des Actes des Apôtres, c'est que nous participons à travers cette fête à la commémoraison de notre propre mystère du Salut, qui passe par la révélation, par l'Ecriture des psaumes, qui est la plus grande des manifestations poétiques du dire de Dieu sur l'homme : qu'est-ce que l'homme par rapport à Dieu ? Les psaumes nous le révèlent, l'homme peut rendre grâces à Dieu, mais l'homme peut aussi en vouloir à Dieu. L'homme peut dire merci pour tous les bienfaits, mais il peut aussi dire toute sa détresse et sa souffrance. Il peut à la foi prier et maudire, tout cela se retrouve dans les psaumes. Toute l'humanité et tout ce que peut vivre l'homme, ses sentiments, son affection, son action, sa manière d'être adulte, tout cela est récapitulé dans le poème des psaumes et présenté à Dieu comme une offrande de l'humanité pour que cette humanité soit entièrement sauvée, pas seulement ce qu'il y a de meilleur en nous, mais tout ce qui nous est propre est sauvé par Dieu, et est sous son regard.
C'est ainsi que dans les Actes des apôtres, ils étaient douze, et l'on donne leur nom, assidus à la prière, avec Marie et quelques femmes. Nous retrouvons là le sens de notre fête. La Vierge Marie n'a pas d'abord prié en récitant : "Je vous salue Marie pleine de grâces", elle n'a pas commencé par dire le Rosaire, mais avec son Fils Jésus elle a d'abord prié les psaumes et elle a vécu les psaumes que Jésus a parfaitement accomplis, "toutes les Ecritures sont accomplies", et découvrir ainsi le mystère de son propre Salut. Et là, notre prière, quand nous disons : "Je vous salue Marie pleine de grâces" prend un sens parce que nous ne ferons pas de notre prière mariale ou de toute autre prière dans l'Église un acte de piété, mais nous le ré-enracinerons dans ce qui le principal de la prière de l'Église, la prière liturgique qui est d'abord la prière des psaumes, ce qui fait tout la différence.
Du coup, il faudrait que nous puissions entendre ce début de phrase tel que l'Ange Gabriel le dit à Marie : "Je vous salue Marie, pleine de grâces". Que cette phrase résonne à nos oreilles pour chacun d'entre nous. Je te salue Nicolas, je te salue Pierre, je te salue Clémentine, tu es comblée de grâces. C'est cela le mystère su Salut, et c'est cela que nous sommes appelés à trouver dans la prière comme dans la célébration liturgique, en vivant comme les apôtres avec Marie, "assidus à la prière".
AMEN