CONTEMPLER LE SALUT
Ac 1, 12-14; Lc 1, 26-28
ND du Rosaire - (7 octobre 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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otre-Dame du Rosaire, est-ce que c'est la même signification que le Rosaire ? Un rosaire, qu'est-ce à dire ? Vous connaissez peut-être le chapelet. Plusieurs m'ont posé la question et ne le savent pas. Dans un chapelet il y a cinq dizaines, dans un rosaire il y a 150 Ave Maria. Pourquoi récite-t-on le rosaire ? Pourquoi prie-t-on avec le rosaire ? C'est une prière qui était d'abord récitée par les moines qui ne pouvaient pas apprendre par cœur le psautier. Donc au lieu de réciter 150 psaumes dans la journée, comme cela se faisait dans les premiers temps de la vie monastique, ou bien dans la semaine ou comme maintenant sur plusieurs semaines, le moine disait 150 fois la salutation angélique.
Il est important de noter que cette salutation angélique est une prière tirée en partie de l'Écriture. "Je vous salue, Marie, pleine de grâce !" c'est la parole de l'ange au jour de l'Annonciation. "Tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de ton sein, est béni !" c'est la parole d'Elisabeth qui salue la vierge Marie au moment de la Visitation. Ensuite nous disons : "Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort !'' Nous invoquons là Marie dans sa maternité et c'est une des plus anciennes invocations dans l'Église que de venir aux pieds de Marie et de recourir à elle comme à une mère.
Alors si vous ne connaissez pas encore tous les psaumes bien qu'on en chante beaucoup ici, vous pouvez réciter quelques Ave Maria. Mais il faut savoir que la prière du Rosaire n'est pas un débit plus ou moins rapide, mais une méditation. Chaque dizaine est une contemplation du mystère du Christ. On commence par les mystères joyeux soit l'Annonciation, la Visitation, la naissance de Jésus à Bethléem, la Présentation de Jésus au Temple et lorsque Jésus est retrouvé dans le Temple par ses parents. Suivent les mystères douloureux, l'agonie de Jésus au jardin de Gethsémani, la flagellation, le couronnement d'épines, le portement de croix et la mort de Jésus sur la croix. Tous ces mystères vous les trouvez dans l'évangile, ce ne sont pas des inventions pieuses. Et si vous avez du courage vous finissez par les mystères glorieux, la Résurrection comme il se doit, puis l'Ascension, la Pentecôte. Et l'on finit par deux mystères de la vierge Marie, celui de son Assomption qui est un dogme et son couronnement qui est une explicitation de la glorification à laquelle nous sommes appelés.
Dans cette prière du Rosaire, vous avez la porte ouverte et le signe même de ce qu'est Marie aujourd'hui pour nous. En effet, toute cette prière est axée sur l'œuvre du salut réalisée en Jésus-Christ, sur ce qui a fait la vie de Jésus. Et finalement cette prière à Marie nous renvoie à l'essentiel même de notre foi, c'est-à-dire le Christ qui est né, qui a pris notre chair, qui a souffert en ce monde, qui est mort pour ressusciter à la vie éternelle et ainsi nous faire participer, par connaturalité, à son œuvre de salut.
Si Marie a une place si importante dans notre foi, si on aime tant la célébrer, c'est tout simplement parce qu'elle nous renvoie au cœur de notre foi qui est le mystère du salut qui, comme le Rosaire, doit prendre toute notre vie ? C'est sûr que si on n'a pas le temps de réciter le Rosaire dans la journée on le dispatche sur la semaine. Cela signifie pour nous que toute notre vie, tout notre quotidien doit refaire ce passage de l'Incarnation à la mort et à la Résurrection du Christ, que chaque jour nous avons à vivre dans la foi, comme Marie, ce mystère de son Fils qui est la source même de notre vie.
Si vous écoutez les prières de cette messe de ce jour, vous constaterez qu'elles ne sont pas centrées sur Marie mais sur l'Incarnation du Verbe de Dieu, sur la passion et la résurrection du Christ. Il est donc important d'avoir une bonne mariologie, une juste vision, un bon angle d'attaque dans notre façon d'aimer Marie. Elle ne doit pas être pour nous un obstacle au Christ mais au contraire, elle nous conduit au Christ. Et c'est là le secret de l'évangile. Marie y est mentionnée à deux moments cruciaux. Au début saint Jean la place aux noces de Cana où Jésus manifeste pour la première fois sa gloire à ses disciples, saint Luc nous relate l'Annonciation. Ensuite dans un bref passage Jésus demande : "Qui est ma mère ?" puis on ne la voit plus jusqu'au pied de la croix. Dans les deux cas, elle assume son rôle de mère, de celle qui doit enfanter et être au début et à la fin de l'Église.
Elle est au début de l'Église dans la prière avec les apôtres dans l'attente de la Pentecôte. Et saint Jean nous la décrit dans l'Apocalypse nous accompagnant jusqu'à la gloire de notre résurrection. Marie doit être au début et à la fin de notre foi. Elle nous enfante à la foi, nous laisse grandir dans la foi en nous aidant comme une mère avec beaucoup de discrétion, mais nous pouvons toujours compter sur elle.
La prière du Rosaire doit nous aider à nous laisser pénétrer par le salut de Dieu dans le quotidien de notre vie, au jour le jour, pour que nous soyons véritablement transfigurés par la présence même de Dieu, par la prière qui doit nous habiter, et garder, comme le faisait Marie, tout ce mystère du salut, dans me silence de notre cœur, afin qu'un jour, notre visage en soit parfaitement rayonnant.
AMEN