LA PRIÈRE "AVEC" MARIE

Ac 1, 12-14; Lc 1, 26-28
ND du Rosaire - (7 octobre 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous célébrons aujourd'hui la vierge Marie non pas dans un des mystères comme pour l'Annonciation, la Visitation ou l'Assomp­tion, mais dans une méthode de prière. Le rosaire consiste en une guirlande de roses par la répétition quinze fois renouvelée d'une dizaine de "Je vous salue Marie", précédée d'un Notre Père et suivie d'un gloire au Père. Mais il ne suffit pas de répéter dix fois "Je vous salue Marie", ni même de reprendre quinze fois cette répétition. Chacune des dizaines est associée à la méditation d'un mystère de la vie du Christ. Incarnation, Visitation à Jean-Baptiste, Nativité du Christ, etc … cinq mystères joyeux, cinq mystères douloureux, cinq mystères glorieux qui suivent toute la vie du Christ, depuis sa venue sur notre terre jusqu'à la Pen­tecôte et au jour où Il reçoit Marie auprès de Lui, dans le ciel pour la glorifier à ses côtés.

C'est dire que cette prière a un caractère tout à fait particulier. On récite une formule adressée à la vierge et en même temps on médite un mystère de la vie du Christ. Cela nous amène donc, de façon tout à fait immédiate, à cette vérité essentielle que la prière adressée à Marie est une prière qui nous conduit au Christ. Dire le Rosaire, c'est parler à Marie en médi­tant les mystères de Jésus son Fils. Il y donc une connexion étroite profonde, radicale entre la vierge Marie et Jésus, et plus précisément une connexion entre notre dévotion, notre prière à la vierge Marie et le mystère même du Christ. Prier la vierge Marie ce n'est pas d'abord s'adresser à elle pour la contempler ou la regarder, mais c'est à travers elle, atteindre de façon directe et immédiate le Christ Jésus, le mystère de sa divinité et de son humanité.

Cela peut s'entendre dans un premier très im­médiat de la transparence de Marie à son Fils. Marie n'arrête pas le regard à elle. Elle est si pleinement ordonnée à Jésus, elle est tellement orientée vers Jé­sus que s'adresser à elle c'est immédiatement entrer en contact avec Jésus. Comme le disait un protestant, c'est paradoxal, il parlait de la vierge Marie comme de "cet humble carreau lavé à travers lequel passe le soleil de Dieu." C'est cela la transparence de Marie au mystère de Dieu, au mystère de Jésus. C'est une pre­mière manière de vivre et d'entendre le Rosaire, mais cela n'épuise pas notre réflexion.

Vous avez entendu la lecture d'une partie du premier chapitre des actes des apôtres où les disciples, après l'Ascension du Christ, reviennent à Jérusalem, dans la chambre haute du cénacle pour y rester en prière en attente de l'Esprit : "Ils étaient en prière avec Marie sa mère et quelques autres femmes." C'est un des endroits-clés où Marie est nommée expressément et de façon tout à fait essentielle dans l'Ecriture. Marie est donc au cœur de la prière des apôtres. Si on lit ce texte en ce jour, c'est qu'il est éclairant pour notre prière à Marie. Ce que ce texte nous invite à faire, ce n'est pas de prier en regardant Marie, mais de prier avec elle, d'entourer Marie pour que sa prière porte notre prière. Je crois qu'il y a là quelque chose de très important au plan de notre manière de vivre la dévotion à la vierge Marie.

Ce n'est pas elle qui est le centre, même un centre transparent, elle n'est pas l'objet de notre prière, elle est celle autour de qui nous prions. Et nous nous appuyons sur sa prière. Plus précisément encore, elle est le pédagogue de la prière des apôtres et, après les apôtres de la prière de l'Église, et donc de notre prière à chacun d'entre nous. Le rôle essentiel de Marie c'est de nous apprendre à prier, c'est de nous tourner vers Dieu comme elle-même est tournée vers Lui, de nous rendre petit à petit translucides à ce mystère de Dieu comme elle-même est transparente à ce mystère. Prier Marie c'est donc non pas du tout s'arrêter à elle mais se mettre à son école. Dans un certain sens, au lieu de dire un Notre Père puis des "Je vous salue Marie", il faudrait presque inverser l'opération et commencer par dire les "Je vous salue Marie" pour nous mettre en union avec elle et pouvoir ensuite, avec elle, dire "Notre Père !" et nous tourner vers Dieu. Vous com­prenez bien que je cherche pas à instaurer une nou­velle dévotion. Je cherche simplement à concrétiser ce que je voudrais vous dire sur la place de Marie dans notre prière. Elle est au début de notre prière et non pas au terme. Elle est là pour nous prendre avec Elle, pour nous initier à la prière, et ensuite pour, non pas s'effacer, mais nous avoir tellement bien orientés vers Dieu, que nous n'ayons le regard fixe non sur elle, mais avec le sien sur le mystère de Dieu.

Quand nous récitons le Rosaire il n'est pas in­différent ni secondaire de méditer ces mystères du Christ. C'est le but même du Rosaire. Le détail des mystères n'est pas essentiel. On peut se tromper dans la liste, cela n'a pas d'importance, mais c'est l'attitude spirituelle qui est importante. Savoir épouser l'attitude de Marie en orientant comme elle toute notre vie vers ce qui est le centre de sa vie, et donc le centre de la nôtre aussi puisqu'elle est la chrétienne par excel­lence, la sauvée par excellence, celle en qui s'est ac­compli par excellence le dessein de Dieu. Nous de­vons donc nous efforcer d'épouser sa manière d'être et surtout sa manière de prier.

 

AMEN