LE ROSAIRE
Ac 1, 12-14; Lc 1, 26-28
ND du Rosaire - (7 octobre 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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omme le disait un frère novice en parlant du Rosaire : lorsqu'on récite le rosaire, on ne sait pas toujours ce qu'on dit, mais cela doit être très beau, cela fonctionne un peu comme une musique. Je vais partir de là, non pas pour prendre position pour ou contre le rosaire. Il est effectivement dommage que cette récitation du chapelet soit souvent stigmatisée par des sensibilités de part et d'autre trop dures, que ce soit ceux qui la taxent de superstition, de radotage de bigots, que ce soit ceux qui la tiennent pour la prière essentielle du chrétien.
Il y a dans le rosaire une profonde sagesse, pour la simple raison que le but de la prière est de s'unir à Dieu. Toute prière, qu'elle soit liturgique, qu'elle soit personnelle, que ce soit la prière de l'Église ou celle de l'homme seul face à Dieu, toute prière a pour but de nous unir à Dieu. Dieu a tout fait pour ramener l'homme à Lui et la prière est le moyen essentiel, le chemin voulu par Dieu pour renouer le lien brisé entre le cœur de Dieu et le cœur de l'homme. Seulement, quand nous voulons prier de façon personnelle, nous cherchons des mots, nous cherchons à exprimer notre sentiment, alors que le rosaire nous permet, sans chercher des mots, à dire les mots mêmes de Dieu. En quelque sorte, nous prions avec les mots de Dieu, avec la prière même de Dieu. Prier c'est entrer dans cette relation qui existe entre le père et le fils, c'est pénétrer au cœur le plus secret du mystère de la Trinité, c'est entrer dans ce dialogue intime qui est le dialogue même des personnes de la Trinité entre elles, comme le flot d'un amour qui pourrait circuler.
Marie a été invitée à pénétrer, à entrer dans ce secret par l'annonce qui lui a été faite. Et en reprenant les mots mêmes adressés à Marie, nous entrons de plain-pied dans ce mystère de la Trinité. La prière du Rosaire n'est pas une prière à Marie, mais elle est une prière par Marie au Seigneur. Et comme souvent les prières de Marie sont comme des chemins tracés par la sagesse de l'Église devant chaque homme pour que, le jour où il a un peu perdu la trace, il puisse en retrouver facilement la lumière. Ainsi, le jour, peut-être fréquent, où notre prière s'appauvrit, se dessèche, reprenons le chemin bien tracé par l'Église, le chemin de ces mots simples qui sont les mots de Dieu.
Il y a dans le rosaire autre chose que je trouve encore plus beau. De si nombreux pèlerins l'ont utilisé pour y poser tout leur poids d'humanité blessée ou éprouvée par la vie. Quand on récite le rosaire, on n'est plus tout seul, mais on fréquente ce long chemin, semé de toutes les croix de l'humanité, où les hommes se sont arrêtés un moment, puis sont repartis, aidés par l'intercession de Marie. Et quand on prie avec le rosaire, on avance avec cette foule immense d'hommes et de femmes qui, simplement et humblement, se sont abandonnés dans la confiance au Seigneur. Et c'est pour cela qu'à l'heure actuelle le rosaire est une prière "alourdie" de toutes les prières des hommes. Quand vous faites l'expérience de prier à Lourdes par exemple, vous sentez comme quelque chose qui pèse dans la prière et qui est la prière des autres hommes qui nous ont précédés, comme celle de ceux qui vont nous suivre. Ceci fait appel à la communion des saints.
Ainsi, toute phrase lancée vers Dieu vient comme en écho amplifier la grande rumeur de la prière des hommes et le rosaire est un moyen quasiment sûr d'aller par Marie au Seigneur. N'oublions donc jamais que prier c'est vouloir s'unir à Dieu. Alors, reprenons les mots de Marie qui sont des mots simples, les mots de Celle qui a été comme étreinte par le mystère de Dieu, qui a été tellement unie à Dieu qu'elle ne peut que nous y conduire. Sachons la voir comme une prière d'abandon et de confiance au moment même où peut-être les mots nous lâchent et où la foi nous fait défaut. Sachons emprunter ces chemins si familiers, si parcourus par les hommes, pour trouver cette trace de Dieu et ne pas perdre de vue son visage.
AMEN