ORIGINES DE LA PRIÈRE DU ROSAIRE
Ac 1, 12-14; Lc 1, 26-28
ND du Rosaire - (7 octobre 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Seigneur, je crie vers toi
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i la prière du Rosaire a marqué si profondément la prière des chrétiens, disons en gros, la prière des chrétiens de l'époque moderne, car l'époque moderne commence à peu près vers le quatorzième siècle, c'est sans doute pour deux raisons que les chrétiens eux-mêmes ignorent la plupart du temps. Je crois que le Rosaire est une prière de la pauvreté et aussi une prière de la miséricorde et de la tendresse.
Prière de la pauvreté d'abord. Il est significatif que le Rosaire ait pour ainsi dire cristallisé autour de lui tout l'aspect dévotionnel de l'Église romaine. Et cette attitude de la dévotion vient précisément au moment où la célébration liturgique perd progressivement, dans l'Occident médiéval, son sens et sa force. Nous abordons, à partir de ce moment-là, une époque dans laquelle le christianisme vit écartelé. Il y a d'un côté le catéchisme avec la foi, le contenu dogmatique. De l'autre côté, il y a la prière. Et l'on dirait que les deux choses deviennent petit à petit, sinon étrangères l'une à l'autre ce qu'à Dieu ne plaise, mais en tout cas assez indépendante l'une de l'autre. On va assister, et nous en subissons encore les conséquences, à une sorte d'appauvrissement du contenu dogmatique de la prière et en même temps une sorte de passion et d'élan de plus en plus fort dans le cœur qui se tourne vers Dieu. La prière du Rosaire a réussi un petit peu à maintenir ensemble les deux éléments. C'est pour cela que le pape Pie V, lorsqu'il a proclamé la prière du Rosaire, en réalité, proposait à une chrétienté qui, à la suite de bien des épreuves, ressortait très appauvrie dans sa foi, au moment du concile de Trente, a proposé cette prière de pauvre pour que, se coulant dans le cœur de Marie, le peuple chrétien médite progressivement les mystères du Christ, pour qu'il puisse encore tenir ensemble la contemplation du mystère du Christ et cette attitude de prière qui en elle-même n'avait plus toujours les ressources suffisantes.
Prière de détresse et de miséricorde car, vous le savez, la fête du Rosaire a été instituée par le pape Pie V, en 1571, juste après la victoire de Lépante. D'une certaine manière cette victoire de Lépante est un tournant absolument décisif dans l'Occident, dans l'histoire de l'Europe tout entière. En effet, nous aurions mérité de perdre ce jour-là car la victoire de Lépante est une pure grâce. Pourquoi ? Parce que, à force de faire le jeu des Turcs, de l'Islam, les chrétiens latins avaient laissé petit à petit dépérir l'Empire d'Orient. Rois de France en tête, on avait petit à petit mené un jeu politique extrêmement redoutable qui faisait que, à partir du moment où les Orientaux étaient complètement épuisés de se battre contre l'envahissement de l'Islam, après qu'ils soient venus nous demander à genoux de les aider, en 1439, au concile de Florence, et que nous sommes passés souverainement à côté, nous avons failli, nous-mêmes, y passer à notre tour. En 1571 l'Occident était mûr pour tomber sous la botte de l'Islam. Et curieusement Dieu nous a fait miséricorde. C'est une chose extraordinaire que peut-être on oublie aujourd'hui parce que quand nous envisageons la Renaissance nous l'envisageons toujours dans les débats entre les Églises, catholiques et protestants, mais nous étions mûrs pour subir le même sort que Constantinople avait subi en 1453. Cette victoire est un grand moment de l'histoire de l'Église car il a sanctionné l'arrêt définitif de l'extension de l'Islam, malgré quelques incursions postérieures. C'est pour cela que le Pape Pie V a mis cette victoire sous le signe du Rosaire comme prière de miséricorde. Nous nous étions montrés largement pécheurs vis-à-vis de l'unité de l'Église, vis-à-vis de nos frères que nous avions très largement abandonnés et cependant nous-mêmes nous avons reçu miséricorde.
Qu'aujourd'hui encore, quand nous continuons à prier ce Rosaire dans notre cœur, nous nous souvenions toujours à la fois de cette pauvreté de notre propre prière, que nous vivons comme des gens démunis devant Dieu. Et demandons à la vierge Marie de refaçonner en nous, petit à petit, cet être chrétien qui ne dissocie plus d'un côté les bonnes œuvres, de l'autre côté la foi, de l'autre côté la prière, de l'autre la dévotions, mais de retrouver une sorte d'unité de notre être chrétien, et que cette prière nous y aide. Prions pour que nous comprenions ce message de miséricorde qui nous a été donné ce jour-là par celle qui est, comme on le dit dans le Salve Regina, la mère de la miséricorde. Qu'a ce moment-là ce soit dans notre cœur, à la fois, une prière de détresse : "Mon Dieu, je crie vers Toi !" et en même temps de cette reconnaissance éperdue parce que Dieu, par l'intercession de sa mère, nous a sauvés.
AMEN