UNE PRIÈRE D'ENFANCE

Ac 1, 12-14; Lc 1, 26-28
ND du Rosaire - (7 octobre 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Malines : Don du Rosaire à Saint Dominique

F

 

rères et sœurs, il y deux manières de pratiquer la dévotion au rosaire, il y a la récitation du chapelet, qui consiste à répéter sans cesse la salutation de l'Ange à Marie : "Je vous salue Marie", ou "Réjouis-toi Marie", selon la traduction grecque. Cette manière de répéter inlassablement cette même phrase et la suivante qui vient de la salutation d'Élisabeth à Marie, cette manière de dire le chapelet a quelque chose d'incantatoire, cette répétition inlassable de la même phrase nous conduit à une contemplation, un peu comme les orientaux qui répètent cette prière : "Seigneur Jésus, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi, pécheur".

Dans un cas comme dans l'autre, c'est une immersion de notre cœur dans les paroles du mystère que nous laissons entrer dans notre cœur pour qu'il en prenne possession. C'est une prière très simple, une prière qui ne demande pas de réflexion particulière ni d'analyse, elle est très différente de la lecture méditée de la Bible. C'est une prière d'enfance où nous nous tenons devant Dieu les mains vides pour recevoir sa grâce.

Il y a une autre manière de réciter le chapelet, que l'on appelle le rosaire, c'est le nom qu'a reçu la fête que nous célébrons aujourd'hui. Le rosaire consiste à prier par dizaines l'Ave Maria, soutenues par une contemplation de tous les mystères de la vie du Christ. Pendant une dizaine on contemple l'Annonciation, c'est ce que nous venons de lire dans l'évangile, pendant une autre dizaine la Visitation, puis la Nativité, et ainsi de suite. Il y a cinq mystères joyeux, cinq mystères lumineux que le pape Jean-Paul II a ajouté à la liste classique : le baptême du Christ au Jourdain, les Noces de Cana, le pardon à l'enfant prodigue, la transfiguration et la dernière Cène. Suivent encore cinq mystères douloureux et cinq mystères glorieux de la résurrection du Christ à la résurrection du monde.

Cette manière de réciter le chapelet qui nous fait penser Christ, est un peu plus complexe que la simple récitation du chapelet, mais elle a l'intérêt immense de nous mettre en contact à travers Marie avec le Christ lui-même, car les mystères du rosaire sont les mystères de la vie du Christ : Annonciation de l'Incarnation, Visitation à Jean-Baptiste, etc … Des mystères douloureux par exemple, Marie n'en est que le témoin : couronnement d'épines, portement de la croix. C'est donc dans le Christ lui-même que Marie veut nous faire pénétrer par cette récitation du rosaire.

Cela nous est manifesté par ce passage des Actes des apôtres que nous lisions tout à l'heure, Marie est au centre de l'Église, comme elle était au centre du groupe des douze apôtres, pour que nous tournions avec elle, notre cœur vers le Christ. Au début des Actes des apôtres, le Christ est mort, le Christ est ressuscité, et Marie avec l'Église naissante est dans l'attente de la manifestation de l'Esprit Saint. C'est donc une prière tournée tout à la fois vers l'Esprit, une prière qui nous fait entrer dans le mystère du Christ, et une prière dans laquelle nous nous laissons conduire par Marie.

Que ces deux formes de récitation du chapelet, ou du rosaire, habitent notre vie et nous aident dans les moments de difficulté où nous ne pouvons peut-être pas nous offrir le luxe de faire oraison, et où même peut-être la lecture de la Bible ne nous aide pas vraiment. Que dans ces moments de difficulté, nous sachions du fond de notre cœur murmurer sur nos lèvres, la salutation de l'ange, repassant tous ces mystères du Christ qui habiteront en nous parce qu'ils ont habité la vierge Marie et qu'elle nous les communique.

 

AMEN