NOTRE-DAME DU ROSAIRE : RÉJOUIS-TOI
Ac 1, 12-14; Lc 1, 26-28
ND du Rosaire - (7 octobre 1980)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Arles : Saint Trophime
Finsonius : Annonciation
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es paroles de l'ange Gabriel à Marie, aux premiers jours du Nouveau Testament, aux premiers jours de l'Incarnation du Fils de Dieu, ces paroles, des générations et des générations de chrétiens les ont répétées, des milliers et des milliers de fois. Et c'est cela qu'on appelle le Rosaire, et quelquefois le chapelet : cette incantation par laquelle nous redisons inlassablement, en creusant en quelque sorte dans notre coeur l'espace de cette salutation par laquelle l'envoyé de Dieu a inauguré le monde nouveau au milieu de notre humanité pécheresse : "Je vous salue. Je te salue Marie, pleine de grâce. Le Seigneur est avec toi."
"Je te salue", littéralement, comme nous venons de l'entendre c'est "Réjouis-toi" car, vous le savez chaque peuple a une manière qui lui appartient en propre de se dire bonjour. Et si la manière française est finalement assez profane, les Juifs se disaient, se disent encore aujourd'hui qu'ils se souhaitent la paix et les Grecs se souhaitaient la joie. Comme l'évangile nous est parvenu en grec, c'est donc littéralement "réjouis-toi" qui se trouve dans la bouche de l'ange, tel que nous le rapporte saint Luc. L'ange parlait sans doute une autre langue que le grec, probablement l'araméen que comprenait la Vierge Marie. Je ne sais pas si, en araméen, la salutation invoque la paix comme en hébreu, mais en tout cas ce qui est important, je crois c'est que ces paroles nous soient parvenues avec cette tonalité que le grec leur confère, cette tonalité de joie.
Oui, le premier mot du ciel à la terre, de l'Ange à Marie, de Dieu à l'humanité, c'est une annonce de joie. Et chaque fois que nous redisons :"Je vous salue Marie", nous devons porter dans notre coeur, certains d'ailleurs le prononcent ainsi avec leurs lèvres, le sens de ces paroles : "Réjouis-toi", sois dans l'allégresse. C'est la Bonne Nouvelle, l'évangile. Et quelle est cette bonne nouvelle, cet objet de joie que l'ange vient annoncer à Marie ? C'est que le Seigneur est avec elle. Le Seigneur est avec Marie, le Seigneur est avec nous. C'est le nom que le prophète Isaïe avait donné, par avance, à ce Messie mystérieux : "Emmanuel, Dieu avec nous". Le Seigneur est avec nous. Dieu est avec nous. Pas simplement avec nous par la pensée, par une protection qu'Il assurerait à l'humanité, cela le peuple d'Israël le savait de longue date que Dieu était avec lui, que Dieu le protégeait, le guidait, mais Dieu est avec nous d'une manière inouïe inattendue, inespérée. Dieu est avec nous, Il se fait l'un de nous. Il s'est fait chair de notre chair car il est la chair de Marie. Il entre dans le sein de la Vierge Marie pour devenir un homme comme nous, pour que désormais l'humanité soit remplie physiquement, littéralement de la présence de Dieu.
"Réjouis-toi, Dieu est avec toi." Réjouissons-nous, Dieu est avec nous Emmanuel. Dieu n'est pas lointain. Dieu n'est pas au-delà. Dieu n'est pas infiniment respectable, adorable, Dieu n'est pas à craindre. Dieu est là, Dieu en nous réellement, physiquement, dans la vérité de notre chair qu'il ne quittera plus jamais, puisque même s'il mourra dans cette chair, il ressuscitera avec elle et cette chair, qui est la nôtre, elle est au sein de la Trinité depuis le jour de l'Ascension, elle est au cœur même de Dieu. Non seulement Dieu est avec nous, mais nous sommes avec Dieu. Non seulement Dieu est en nous, mais nous sommes en Dieu, dans la chair du Christ.
"Réjouis-toi, Marie, Dieu est avec toi." Et parce que Dieu est avec toi, tu es comblée de grâces, tu es pleine de grâce, pleine d'une plénitude surabondante, non pas une grâce seulement pour Marie, mais ce fleuve de grâce qui va inonder la terre entière, l'humanité tout entière. Cette venue de Dieu, c'est la venue du Sauveur. Jésus veut dire "Dieu sauve". C'est celui qui va prendre sur lui, d'une manière inimaginable toute la souffrance et même tout le péché des hommes pour brûler cette souffrance et ce péché au feu de son amour et pour tout transformer en sa présence divinisante. Oui, la grâce de Dieu, par Marie, à travers le cœur de Marie qui s'est ouvert à la parole de l'Ange, la grâce a abondé et surabondé pour l'humanité tout entière, pour des générations de générations, pour que tous les peuples de la terre, de toutes les langues et de toutes les races puissent être remplis de cette présence de Dieu, de cet amour de Dieu, de cette vie de Dieu, de cette grâce de Dieu qui nous rend gratuitement fils de Dieu, Dieu véritablement.
Pour cela cette plénitude de grâce s'est d'abord reposée en Marie elle-même pendant ces neuf mois où elle a porté Dieu dans son sein. Elle s'était déjà reposée en Marie, dès sa naissance, dès sa conception, pour préparer son cœur, comme un écrin à la venue ce cette perle précieuse qu'est le Christ. La grâce s'est reposée en Marie, dans sa plénitude, jusqu'à sa mort, et au-delà de sa mort. Et c'est pourquoi nous pouvons toujours répéter, avec l'Ange, "Réjouis-toi, Marie, toi qui es comblée de grâce", remplie de toute grâce. Et toutes les grâces que l'humanité a reçues, c'est toi qui en as été l'instrument, le chemin, le premier lieu.
Frères et soeurs, renouvelons cette incantation de la prière du Rosaire, cette intensité des paroles de l'ange : Joie au ciel et sur la terre "Réjouis-toi Marie". Réjouissons-nous, frères. Dieu est avec nous, Emmanuel, présent en vérité dans sa chair, dans notre chair. Dieu est avec nous : nous sommes comblés de grâces et Marie est pour nous le chemin de la grâce, le témoin de la grâce, celle qui nous rend assurés de cette grâce, puisque, la première, elle en a été envahie et puisqu'elle peut nous donner confiance. La grâce qui est passée en elle vient en nous elle nous atteint, et nous sommes sauvés.
AMEN