SAINT FRANCOIS D'ASSISE

Ga 6, 14-18 ; Mt 11, 25-30
St François d'Assise - (4 octobre 1980)
Homélie du Frère Michel MORIN

Assise : Polyptique de Simone Martini
Saint François d'Assise

L

 

orsqu'il fut baptisé, l'enfant reçut le nom de Jean-Baptiste. Sa mère était française, d'origine picarde, elle s'appelait Donna Piqua. Et un jour son père, revenant de France a surnommé son petit garçon François, nom que l'Eglise ainsi que l'histoire a retenu plutôt que son nom de baptême. Très jeune, François a aimé la musique, le chant, la poésie, la prière. Il avait un caractère noble, magnanime, qui ne supportait pas l'équivoque, le compromis la demi-mesure. Il avait une intelligence marquée par cette qualité rare et si précieuse qu'est la finesse de l'esprit. Il avait un coeur débordant de bienveillance qui faisait que ses gestes étaient toujours spontanés et jamais un retour vers lui. D'un milieu très aisé, puisque son père était commerçant, marchand de drap et important propriétaire terrien, il en a reçu une culture surtout pratique et technique,car François ne fut jamais un spéculatif mais un homme de terrain, du terrain humain, du terrain de la vie de Dieu.

Sa première rencontre avec le Christ, celle qui a été déterminante pour sa vie de foi, date environ de sa quinzième année, lorsque les deux villes de Pérouse et d'Assise étaient en hostilité. François, jeune adolescent, participait à ces hostilités et revenant, un soir, d'une bataille ou d'un combat, il rencontre un soldat beaucoup plus pauvre que lui et il lui donne son luxueux habit de chevalier. Quelque temps après, il rencontrera un lépreux qu'il embrassera, et aussitôt le lépreux disparaîtra. Reconnaissant dans cet homme, lépreux et repoussant, la présence du Christ, de toute la richesse de son amour, il composera son premier cantique spirituel sous forme de louange. Il a appris le français très tôt, il l'a si bien appris que la langue de sa prière, de ses écrits spirituels sera le français.

François a donc rencontré le Christ crucifié à travers quelques-uns des hommes, un pauvre soldat et un lépreux. C'est cette rencontre du Christ crucifié, souffrant et pauvre, qui va marquer tout le reste de sa vie, de sa vie personnelle, de sa vie avec ses frères, pas toujours très facile, car les caractères forts ne sont pas toujours faciles à vivre , mais aussi de sa mission dans l'Eglise. Car, rencontrant le Christ pauvre, il a voulu Le suivre dans sa pauvreté, dans son détachement, dans son dépouillement et il n'a pas craint d'aimer l'Eglise de son temps dans ce qu'elle avait de malade,de pauvre, de déformé. Cette Eglise, dont Jésus du haut de la croix lui avait dit une fois :"François, relève mon Eglise, car elle est enruine." Et, pour relever l'Eglise de Dieu, François n'a pas pris d'autre moyen que la conformité la plus exacte possible avec l'Evangile, avec ce don que le Christ nous fait "de riche qu'il était, il s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté." Toute la vie de François a été marquée par cette pauvreté du Christ et de l'Eglise.

Si l'Eglise a retenu de façon si cordiale le souvenir de François, ce n'est pas parce qu'il a été un réformateur, ce n'est pas parce qu'il a écrit beaucoup de textes pour les autres, ce n'est pas parce qu'il a fait des déclarations tonitruantes sur l'Eglise ou le monde, mais c'est simplement parce que, dans le silence de son coeur, il a compris que le Christ pauvre,crucifié, c'était la même chose que l'Eglise souffrante, crucifiée de son temps. En aimant l'un, il n'a pas pu ne pas aimer l'autre en aimant l'un il a converti et il a changé l'autre.

Retenons seulement aujourd'hui ce trait de la riche personnalité de François. Que l'Eglise d'aujourd'hui, comme celle du temps de saint François ne changera que si nous, personnellement, nous changeons. Et nous ne pourrons changer vraiment que si nous avons à coeur, chaque jour, de contempler le Christ, le Christ mort et le Christ ressuscité. Cela, pas dans unsentiment de dolorisme ou de peine, car saint François ne fut pas un triste saint. Mais dans cette contemplation permanente du mystère de la mort et de la résurrection du Christ doit naître dans notre coeur, plein de joie, plein de fierté, plein de louange qu'il faut savoir exprimer avec autant de fraîcheur et de spontanéité que François. C'est avec lui que nous entrerons dans le mystère de l'Eucharistie. Demandons par sa prière, qu'il nous partage un peu de ce qu'il a tant vécu au milieu des hommes.

 

AMEN