EN GRANDE HUMILITÉ

Ga 6, 15-18 ; Mt 11, 25-30
St François d'Assise - (4 octobre 2012)
Homélie du Daniel BOURGEOIS

Déploiement de richesse … (Assise)

F

rères et sœurs, il est difficile d'imaginer aujourd'hui le contexte des cités de l'Italie centrale à l'époque de François. Je veux parler de Florence, d'Oviedo, d'Assise C'est un chassé-croisé entre deux grands phénomènes, d'une part ce qu'on appellerait aujourd'hui un phénomène de mondialisation mais qui s'étendait essentiellement à l'Europe, les échanges économiques, l'invention des opérations bancaires, le déploiement d'une économie fondée sur le commerce, la possibilité de s'enrichir sans limites fixes qui pourraient être déterminées. Bref, de ce point de vue-là toutes ces cités de l'Italie centrale ont une petite élite aristocratique, les ancêtres de la bourgeoisie moderne, des entrepreneurs, des hommes très laborieux, très inventifs, et qui vivent dans une atmosphère de concurrence permanente. Au plan local, et Assise ne fait pas exception, toutes ces cités sont traversées par de grands courants à la fois politiques et culturels, le but ce n'est pas encore l'État, ce n'est pas le royaume, c'est la cité, ce sont des petites villes comportant de quinze à vingt mille habitants maximum, dans lesquelles il y a une émulation, un désir de briller qu'on n'imagine pas.

Le grand Moyen-Age, celui de la fin du douzième et du treizième siècle est en train de se former là d'une façon absolument éblouissante, magnifiques monuments, nouvel urbanisme, des grandes places où tout le peuple peut se rassembler, des demeures privées de plus en plus somptueuses, même bâties avec des tours où l'on rivalise hauteur pour affirmer son pouvoir et sa richesse. Le mot d'ordre de cette société est donc : qui sera le plus grand ! Cela a guidé vers leur perte, ce système des cités médiévales. La rivalité, les tensions entre les partis, les concurrences entre les établissements privés, ont eu quelques bons côtés, mais en même cela a semé une telle zizanie et de tels réflexes d'orgueil, de pouvoir paraître, de pouvoir se manifester, s'affirmer, que petit à petit ces cités sont entrées en guerre les unes contre les autres et le cas de la rivalité en Assise et Pérouges a été le cas le plus typique de l'époque.

C'est dans ce contexte-là où tout le monde se demandait qui pourrait être le plus grand, à tous niveaux, que saint François a compris d'une manière nouvelle la parole de l'évangile que nous avons entendu proclamer aujourd'hui : "Celui qui veut être grand il faut qu'il se fasse humble et petit". Saint François qui jusqu'à l'âge de vingt ans était parfaitement entré dans le jeu et avait tous les atouts en main pour s'imposer dans cette petite aristocratie de la ville d'Assise, tout à coup a compris que lorsqu'il s'agissait de son existence et de son dessein devant Dieu, tout cela ne tenait pas la route. Il a fallu que Dieu frappe fort, que François soit blessé, prisonnier, il a fallu qu'il rencontre la détresse dans la personne d'un lépreux, il a fallu tout cela pour que petit à petit, le cœur de François qui était quand même assez sûr de lui, voire même orgueilleux, finalement se fissure et devienne accessible au mystère de l'humilité du Christ.

A travers la figure de François, c'est bien cela que nous fêtons, c'est cette humilité de Dieu, tellement bien incarnée, sonnant tellement juste dans le cœur de François. Du coup, tout ce qui devenait rivalité, concurrence, rixe, bataille, désir de s'affirmer par la puissance, tout à coup, François transformait cela en possibilité de vie fraternelle avec ses frères, de vie de mendiant, de dépendance dans sa vie même, dans son quotidien, des membres de la cité, recréant comme sous bassement de la vie de la cité d'autres valeurs, d'autres références, si bien que la cité médiévale, grâce à saint François a pu trouver à certains moments un nouveau visage. Alors que la cité tendait progressivement à s'éloigner de l'évangile, François et d'autres expériences de mendiants, notamment Dominique, ont pensé qu'il était possible de réintroduire l'évangile et d'évangéliser la cité, non pas en essayant de pactiser avec un certain nombre de valeurs douteuses, mais en affirmant tout simplement l'humilité, la pauvreté, la dépendance et même la mendicité.

Frères et sœurs, c'est une histoire assez moderne que celle de saint François d'Assise. Il est certain que la cité italienne de l'époque ressemble par certains côtés à ce monde de rivalités, de concurrences, de désirs de s'enrichir, dans un pays ou dans une société dans un monde qui traverse des crises. Effectivement, ce n'est pas en prenant les moyens du monde que l'on peut ouvrir d'autres espérances et d'autres chemins, mais c'est en revenant sans cesse à cette humilité, à cette pauvreté et à cette simplicité du pauvre d'Assise.

 

AMEN