LA LOUANGE DES PETITS
Ga 6, 15-18 ; Mt 11, 25-30
St François d'Assise - (4 octobre 2008)
Homélie du Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, voici donc deux traits du visage et de la vie de saint François d'Assise qui nous sont manifestés par les lectures que nous avons entendues. Saint François d'Assise c'est celui qui est venu vers le Christ comme un petit, non pas comme un sage, comme quelqu'un qui savait tout, non pas comme un saint ou comme quelqu'un qui avait toutes les vertus, mais comme un pauvre, un petit. Il est venu pour rendre grâces : "Je te rends grâces, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir révélé ton mystère aux tout-petits".
Saint François est le témoignage que le contact avec Dieu, la présence de Dieu, la révélation du mystère de Dieu est d'abord affaire de pauvreté, d'humilité, de se sentir entre les mains de Dieu, démuni et de tout recevoir de lui. C'est pour cela que saint François a pu aller si profondément dans la connaissance et le témoignage du visage de Dieu.
Le deuxième trait que nous manifestait l'épître aux Galates que nous lisions tout à l'heure, c'est que saint François a vécu aussi cela en union avec la croix du Christ : "Pour moi que jamais je ne me glorifie dans la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ qui a fait du monde un crucifié pour moi et de moi un crucifié pour le monde". Vous le savez, saint François a reçu les stigmates des plaies du Christ, mais plus encore il a horriblement souffert pendant sa vie et surtout à la fin de sa vie, puisqu'il ne pouvait plus y voir ni supporter la lumière qui d'une certaine manière faisait exploser son cerveau. C'est dans une très grande souffrance ainsi que saint François s'est approché de Dieu et cela n'a pas empêché qu'il mette au cœur de sa vie l'action de grâces. Il a rendu grâces pour toute la vie que Dieu a répandue, pour tout l'univers que Dieu a façonné et qu'il nous a donné; Vous connaissez cet admirable cantique de saint François, le cantique des créatures dans lequel il convoque toutes les créatures du monde pour chanter la louange de Dieu. : "Loué sois-tu Seigneur, Très-Haut puissant, à toi toute louange et gloire. Loué sois-tu en toutes tes créatures, spécialement pour notre frère le soleil qui est le jour et par qui tu nous illumines. Il est beau et rayonne en toute sa splendeur et de toi, ô Très-Haut, il montre la grandeur". Pour comprendre toute la portée de ce chant d'action de grâces de saint François, il faut savoir que justement à ce moment-là il ne pouvait plus voir la lumière du soleil. Il y chante le soleil qui nous illumine au moment même où il ne peut pas recevoir cette lumière, le soleil qui rayonne de toute sa splendeur, au moment même où il ne peut pas jouir de ce rayonnement. Il continue : "Loué sois-tu mon Seigneur, pour notre sœur la lune et les étoiles dans le ciel que tu as formées claires, précieuses et belles. Loué sois-tu pour mon frère le vent, pour l'air et les nuages, et le ciel pur et tous les temps. Loué sois-tu pour l'eau notre sœur, laquelle est si utile, humble et précieuse et chaste. Loué sois-tu pour mon frère le feu par qui la nuit, nous éclaire. Il est joyeux et beau et fort et vigoureux". Il continue ce cantique en passant de cette louange de la création à une expérience plus profonde, celle du cœur de l'homme : "Loué sois-tu mon Seigneur qui nous pardonne à cause de ton amour. Loué sois-tu pour qui supporte infirmité et souffrance. Loué sois-tu Seigneur pour notre sœur la mort corporelle à qui nul homme vivant ne peut échapper. Bienheureux ceux qu'elle trouvera en ta très sainte volonté".
Frères et sœurs, ces paroles de saint François me permettent d'évoquer la figure de Marie-José qui nous rassemble ce matin dans cette église. Elle s'est dévouée de tout son cœur, spécialement aux étudiants américains en stage à Aix, à qui elle a enseigné la littérature française. Marie-José dont je ne veux garder qu'un seul trait que m'a révélé son époux, c'est que tout au long de leur vie, ils ont surtout communiqué en se lisant des grands textes. Elle lui lisait Rimbaud, et lui, lui lisait William Blake et quelquefois Shakespeare. Cette communication de pensée qui allait jusqu'au mystère de la vie et de la réalité humaine s'est achevée dans leur dernière rencontre avant sa mort où, à sa demande, son mari lui a lu la tempête de Shakespeare et les paroles de Prospero qui sont célèbres. Il dit que la vie se termine dans le sommeil, que nous sommes de la substance dont on fait les rêves. Je ne crois pas qu'il faille interpréter cela comme si Prospero disait que notre vie n'est qu'une illusion, comme un rêve, qu'elle n'a pas de consistance, qu'elle est seulement virtuelle. Mais je pense que ce que Shakespeare veut dire c'est que notre substance comme celle des rêves est faite de mystères, elle nous invite à aller plus loin, plus profondément.
Ce mystère, n'est-ce pas celui que saint François chantait parce Dieu le lui avait révélé ? Ce mystère qu'il révèle au tréfonds de notre cœur, qui ne peut pas se dire avec des mots et qui ne peut pas s'exprimer par des raisonnements, mais ce mystère qui est celui de la présence de Dieu, qui creuse en profondeur notre vie, toujours plus loin. Notre mort est un moment de cette révélation du mystère de Dieu. Oui, nous le croyons, Marie-José a été prise dans le mystère de Dieu et elle voit ce que nos yeux ne peuvent pas voir, elle vit ce que nous ne pouvons pas vivre encore. Elle nous invite dans ce mystère à avancer. Ce n'est pas toujours facile, l'absence de ceux que nous aimons est particulièrement difficile à vivre, mais le Seigneur nous invite à comprendre que celle qui nous précède auprès de lui nous précède dans ce mystère qui donne sens à notre vie comme à la sienne et nous sommes appelés à continuer éternellement ces conversations que vous avez eues avec votre épouse et qui ne cesseront jamais.
AMEN