CONFIGURÉ AU CHRIST
Ga 6, 15-18 ; Mt 11, 25-30
St François d'Assise - (4 octobre 2001)
Homélie du Christophe LEBLANC
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I |
l y a ce jour-là un bruit étrange qui résonne dans la campagne autour d'Assise. Ce ne sont pas les troupeaux, ce ne sont pas les bœufs, ce ne sont même pas les oiseaux, c'est un petit bruit, le bruit de plusieurs mains, tout une foule de petites mains qui tressent des joncs pour s'en faire de petites cabanes pour se mettre à l'abri de la pluie, à l'abri de la nuit et du froid. C'est un jour où tous les frères viennent se rencontrer en chapitre, et comme il n'y a pas assez de logements, on se met à tresser des joncs. J'ose penser que saint François d'Assise préférait de loin le bruit de ces joncs tressés au bruit qu'il a occasionné dans les années précédentes, lors de la reconstruction de petites églises. C'était le bruit des scies, des haches, des clous qu'on enfonce. Et vous le savez, ces clous qu'on enfonce, on ne les enfonce pas toujours dans des murs ou dans des planches. On les enfonce aussi dans des idoles comme le dit le texte de l'Ancien Testament, enfoncer le clou dans l'idole pour qu'elle ne bouge pas. Et ce pauvre saint François d'Assise, ou ce bienheureux saint François d'Assise, parce que je crois qu'il a vécu toute sa vie comme une grâce, a été lui aussi idolâtré par les gens, et cloué lui aussi au bois comme le Christ a été cloué. saint François c'est quelqu'un qui dès le départ est déjà crucifié, écartelé. Il est riche, mais il n'est pas noble, il est riche comme les nobles, mais il ne fait pas partie des nobles puisque de naissance, il fait partie du peuple. Où est-il donc ? Entre les deux. Et un jour, il se promène sur un âne, traîné par le frère Léonard qui lui est noble saint François se dit : je suis sur un âne et Léonard qui est noble et qui a tout laissé pour suivre le Christ marche à côté de moi. Alors, saint François, dans un désir de communion, descend de l'âne pour marcher à côté de son frère.
Premier désir de communion : essayer que les gens selon leur condition sociale se rencontrent, se découvrent, s'aiment. Mais son désir de communion ne s'arrête pas là. A l'époque on a plutôt à faire avec un monachisme de séparation, c'est-à-dire que les moines vivent complètement en-dehors de la société. Alors, saint François va vouloir inventer un monachisme de communion, il va vouloir envahir les villes qui naissent à ce moment-là et qui elles-mêmes envahissent la campagne. Ce n'est pas tout, un autre désir de communion pour lui, c'est de restaurer la communion entre les laïcs et les clercs, car en ce temps-là quand on dit Eglise, on ne parle pas des baptisés, mais des moines, des religieux, des prêtres, puis il y a les autres. Saint François a pour désir de fonder une fraternité dans laquelle il y a à la fois des clercs, et à la fois des laïcs. Une autre forme de communion concerne l'annonce de la Parole. Les frères qui n'étaient pas ordonnés prêtres étaient obligés d'exhorter, ils ne pouvaient pas prêcher ni parler de théologie ni de dogme, ils devaient laisser ces sujets aux prêtres. Eux, en tant que simples frères, ils pouvaient exhorter sur la morale, et très vite, souvent quand on parle de morale, il y a moi, il y a vous. Et là aussi, saint François à la place de crier et d'exhorter, à la place de clouer sur le bois le péché des autres, avec une voix très simple, très paisible va rechercher encore à écraser la haine dans le cœur des gens et leur apporte la paix. Seulement, jusqu'ici saint François avait vécu cette crucifixion dans les choix de sa vie, abandonner toutes choses pour suivre Dame Pauvreté, et à un moment donné, saint François doit subir l'ultime crucifixion, celle de son idéal de vie, il a accepté que ce pourquoi il s'était battu pendant tant d'années, cet idéal de vie reposant sur la paix, la fraternité, sur la joie de vivre, soit laissé, discuté, dépecé, soit pris par d'autres hommes qui ne partageaient pas son idéal. C'est la grande tentation de découvrir que rien ne lui appartient, même pas sa vocation, même pas son désir de vivre avec Dieu comme il le voudrait. Alors, il est encore une fois écartelé entre ce qu'on appelle les conventuels, les franciscains qui veulent des grandes églises, qui veulent étudier, qui ne veulent pas travailler manuellement, les franciscains qui veulent s'associer au pouvoir romain, capter le pouvoir que lui, saint François refusait de prendre. Puis de l'autre côté, il y a les spirituels, paradoxalement les rigoristes, puisque ceux-ci au nom de l'idéal de saint François considèrent qu'on peut tout faire, tout et n'importe quoi, et n'importe comment. Cela non plus saint François ne le voulait pas.
A la fin de sa vie, saint François se retrouve non seulement configuré au Christ, crucifié à travers les plaies qu'il reçoit lui-même, mais jusque dans sa mort, et dans son tombeau. Le Christ mort sur la croix aura son corps au repos dans un tombeau de riche, saint François lui, voulait mourir tranquillement à la Portioncule, il est littéralement kidnappé pour être emmené dans les murs d'Assise. Oui, c'est l'époque où quand on sait qu'on a quelqu'un de saint dans sa ville, on l'enferme à double tour pour être sûr que la ville voisine ne va pas venir piquer son corps, parfois même pour être sûr qu'il meure bien chez nous, on a même l'idée de les assassiner, ou de faire en sorte que le saint meure plus rapidement. Ce pauvre saint François se retrouve alors prisonnier dans une ville dans laquelle il ne voulait pas mourir, et lui qui est mort sous un cilice et de la cendre, se retrouve quelques siècles plus tard, au seizième siècle, avec une immense basilique d'une richesse incommensurable, cette richesse qu'il ne voulait pas.
Frères et sœurs, en ce jour où nous fêtons saint François d'Assise, je fais un vœu, que dans cette ville d'Aix-en-Provence que dans cette campagne aixoise, nous n'entendions pas le bruit des clous, le bruit des haches, qui déchirent si souvent nos communautés, mais au contraire le doux bruit de la charité tissée entre nous.
AMEN