MOURIR D'AMOUR

Ga 6, 15-18 ; Mt 11, 25-30
St François d'Assise - (4 octobre 2000)
Homélie du Jean-François NOEL

 

S

aint François me fait penser à cette vieille fable africaine, qui raconte l'amour d'une araignée pour le soleil. Un matin, l'araignée se détourne de son travail et découvre l'intensité de la lumière du soleil, et elle en tombe amoureuse. Elle n'a de cesse que d'essayer de se rapprocher du soleil, c'et pourquoi elle grimpe sur les cimes des plus hauts arbres des forêts, ne se sentant pas assez près du soleil elle essaie d'aller sur une haute montagne et là elle se trouve encore trop loin, et chaque soir elle pleure parce que le soleil disparaît. Le matin elle reprend vie et espoir, et à nouveau elle essaie d'approcher son objet adoré qu'est le soleil, elle a alors l'idée de se lancer, de vo­ler, de profiter d'un coup de vent pour s'approcher davantage et puis s'approchant, le soleil commence à griller ses petites pattes, mais elle est tellement ravie d'être envahie de sa lumière qu'elle va plus haut en­core et la lumière et la chaleur prennent la carcasse et la brûle de l'intérieur dans le soleil et elle meurt d'amour. C'est une histoire africaine.

Saint François est quelqu'un qui suit de près l'évangile, un peu comme l'araignée, quitte à se brûler les ailes. Saint François n'est pas un pédagogue de l'évangile, si nous voulions vivre comme François, nous serions presque insupportables, à vivre quasi­ment chaque jour en imaginant que le lis des champs suffirait à nous nourrir, et que lire ne sert à rien, il a jeté plusieurs fois les livres et même les bréviaires en disant aux frères qu'il fallait prier, chanter, et se ré­jouir de la création telle qu'elle était et ne pas se contenter des mots. Saint François avait des idées biscornues, en pleine nuit, il réveillait ses frères, il les envoyait tout nus, prêcher. C'est une espèce de clown, un clown douloureux. Un clown parce qu'il essayait d'imaginer tout ce qu'on pouvait imaginer en lisant l'évangile, la radicalité, la lettre. Mais il cachait pour lui une sorte d'intensité, le tressaillement extérieur de François qui suit l'évangile, essayant de l'approcher au plus près, de ne rien laisser, comme les miettes qui tombent d'une table, comme la cananéenne, il est ce­lui qui dit de tout manger, tout ce qui peut tomber. Mais si c'est un homme bizarrement très extérieur, clown, comme je l'ai dit, et en même temps comme souvent les clowns d'ailleurs, finalement très secret sur une relation énigmatique qui l'attire comme l'arai­gnée.

C'est à l'Alverne qu'il va s'en approcher le plus près. Il aura beau tirer sur ses manches pour qu'on ne voie pas les stigmates, il aura beau marcher la tête plus baissée pour que sa robe couvre aussi les stigmates de ses pieds, les gens adorent évidemment les araignées qui se brûlent les pattes au soleil, cela ne donne envie à personne, cela donne plutôt peur. Et lui, ne voulant pas être le stigmatisé de service a essayé de modifier, de maquiller, de cacher cette douleur amoureuse de l'amour par une joie, par une sorte d'envoûtement de la vie. Il voit comme en un seul regard, la Croix, la Passion et la Résurrection, le dé­but et la fin des choses, la mort et la vie. Il le voit dans la nature et il leur parle comme à des réalités, comme des partenaires qu'il interroge, la mort, la vie, le vent, les oiseaux, le soleil, la lune, le loup, et eux lui disent comment eux disent Dieu. Il essaie de ren­dre compte de ce cantique qui émane du monde, du chant de la terre, du chant du soleil, de la lune, du vent. Avec François, c'est vraiment cette Présence qui prend différentes couleurs selon l'intensité du soleil le matin ou le soir. Il est trop fou pour être imité, même s'il est fondateur d'un ordre, ses frères franciscains ont tellement de mal à retrouver ce rythme de saltimban­que de Dieu. Mais il nous donne le goût de l'improvi­sation, il nous donne le goût d'essayer par nous-mê­mes, avec ce que nous sommes, non pas de prendre l'évangile au pied de la lettre, mais de le prendre de l'intérieur, par amour d'Amour.

Que déjà l'émerveillement de l'amour qui nous est donné suscite en nous les petites réponses d'amour, c'est peut-être le message que François peut nous livrer. On pourra raconter mille et une choses sur François, c'est sur que l'Italie le soleil et l'Ombrie l'ont aidé, nous avons ce qu'il faut aussi ici. Et dans nos vies, Dieu a semé des signes, des lieux, des gens, pour que ces gens, ces lieux, ces évènements, disent plus qu'eux-mêmes et rende éloquent le message divin pour chacun de nous, chaque jour, à chaque instant. Ne quittons pas des yeux ce Soleil levant qui est le Seigneur pour tous les hommes, et qui offre son Salut sans se lasser.

 

 

AMEN