UNE NOBLESSE HUMAINE
Ga 6, 14-18 ; Mt 11, 25-30
St François d'Assise - (4 octobre 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ue nous apprend le Poverello d'Assise sur ces routes ensoleillées si ce n'est ce qu'est la vraie noblesse de l'homme ? Tout dépouillé qu'il est des richesses que la terre lui avait octroyées, de sa naissance ou de ses talents personnels, démuni de ce qu'il a voulu donner aux pauvres, un nouveau vêtement le couvre, celui d'une noblesse voulant nous dire par là qu'il n'y a de dignité humaine qu'en face de Dieu. Son visage qui rayonne de lumière et qui traverse tous nos siècles par sa simplicité, par son soleil et par son humilité, reste comme une figure précise, solide qui nous rappelle que le chemin de l'évangile est un chemin simple mais un chemin de don. Cette figure qui traversera les siècles et qui a inspiré tellement de spiritualité dans notre Église nous apporte surtout le noble, le grand noble, celui qui, en face de Dieu, se fait l'éclat de Dieu.
Quelle beauté, quelle noblesse de cet homme que la Tradition nous rapporte. Plus encore saint François nous apprend que l'homme vaut ce que vaut sa solitude. Il n'y a pas d'homme qui ait autant cherché, inlassablement, incessamment, jour et nuit, avec ou sans ses compagnons, à se trouver face à face, à vouloir ce que vaut uniquement la présence de Dieu en lui. Comme s'il voulait ne donner que ce que Dieu voulait faire de lui. Comme s'il se refusait, même lorsque ses frères lui demandaient, à agrémenter ce que Dieu voulait faire de lui de tout ce qu'il pouvait faire humainement, préférant à cette simplicité attendre que Dieu le traverse et puisse ainsi être visible par les autres, à travers lui.
Il y a dans saint François un dépouillement non seulement matériel mais aussi dans son apostolat pour que, simplement, Dieu se fasse apercevoir et que ce ne soit pas François lui-même qui dise et agisse. "L'homme vaut ce que vaut sa solitude". Saint François se pèse à ce que vaut l'activité de la présence de Dieu en lui. Saint François se pèse uniquement à la mesure de l'homme intérieur. Pour lui, l'homme extérieur n'est que le fruit du premier. Il n'y a pas l'homme extérieur d'une part et l'homme intérieur de l'autre, comme dans une espèce de conflit permanent ou d'équilibre que nous essayons vaille que vaille d'atteindre. Saint François n'accepte pas autre chose que la main de Dieu. Et c'est là que vient, dans la foi cette noblesse qui découle de cet amour profond de la solitude d'accepter que, parfois il n'y ait que le silence de Dieu. Dans les Fioretti, souvent au détour des pages on est surpris par le manque de réaction ou le silence que François oppose aux questions de ses frères ou de ses compagnons. Mais on peut l'entendre ainsi : si Dieu ne veut pas répondre, parce que souvent c'est son mystère, François ne veut pas prendre le dessus, attendant par sa propre sagesse, par sa propre expérience de Dieu, que Dieu décide, intervienne, signifie ce qu'Il veut pour le compagnon qui l'a interrogé.
Nous avons à apprendre à valoir ce que vaut notre propre solitude, ne pas valoir ni plus ni moins, à nous mettre à cette juste mesure de ce que nous sommes capables de faire en face de l'infinie présence de Dieu et à nous accrocher à cette solitude-là, pour que alimentés par son amour, nous puissions atteindre l'amour de Dieu et donc les autres. A la suite de François demandons à nous enrichir de cette intériorité. Maurice Zundel écrivait ces quelques lignes qui éclairent la figure de François.
"Pour appréhender sa dignité, pour la découvrir, l'homme n'a qu'un seul chemin : aller à l'intime de soi-même, au cœur de son intériorité, à cette pointe la plus fine de l'être où se révèlent les désirs les plus profondément humains, les valeurs les plus hautes et les plus libératrices : c'est la présence de Dieu. L'homme ne peut exister que dans sa différence spécifique, dans ce qui fait de lui justement un être humain, il ne peut se convertir à lui-même que dans la mesure où il rencontre à qui se donner tout entier et au plus intime de soi. L'homme vaut en définitive ce que vaut sa solitude, ce qu'il est sans autre témoin que la présence visible, toute voilée de silence, de l'éternel amour. C'est ce qu'il est réellement et il n'est que cela."
AMEN