ACCOMPLIR LA VOLONTÉ DE DIEU

Ga 6, 14-18 ; Mt 11, 25-30
St François d'Assise - (4 octobre 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Brageac : Saint François d'Assise

J

 

ésus rend grâce à son Père d'avoir révélé son mystère aux tout-petits, alors qu'Il le cachait à ceux qui se croient grands. C'est la première grâce de saint François d'avoir su qu'il était petit, d'avoir su reconnaître sa pauvreté. Car si saint Fran­çois est l'amant de "Dame Pauvreté" ce n'est pas seu­lement ni d'abord d'une pauvreté matérielle qu'Il s'agit même si elle joue un grand rôle dans la vie de Saint François et dans la spiritualité qu'il a laissée à ses fils. Cette pauvreté matérielle, cette pauvreté des moyens vient d'abord d'une conscience beaucoup plus pro­fonde et radicale de notre pauvreté intérieure, de cette pauvret spirituelle. Saint François disait : "Devant Toi, Dieu Tout-Puissant, nous ne sommes que pauvreté". C'est là la première conviction de François. Lui qui certes avait été magnanime, lui qui aimait les belles choses, la grandeur, les beaux habits, lui qui n'était certainement pas un esprit étroit, rétréci, replié mais plein de grandeur, il a su reconnaître sa pauvreté, sa petitesse et c'est pour cela que le Seigneur a pu lui révéler son mystère.

Si nous sommes pauvreté, nous pouvons faire nôtres les paroles de saint François : "Seigneur, viens éclairer les ténèbres de mon cœur !" Si notre cœur est pauvre, c'est parce qu'il est rempli de péché, de ténè­bres. Mais s'il est rempli de ténèbres, Dieu peut venir l'éclairer. Vous connaissez cette prière de saint Fran­çois : "Là où se trouve la haine, que je mette l'amour !" Où se trouvait la haine ? Où se trouvait la discorde ? Où se trouvait l'offense ? Où se trouvait le men­songe ? Où se trouvait le doute ? Où se trouvait le désespoir ? Où se trouvait la tristesse sinon d'abord dans le cœur de François, comme dans le cœur du chacun de nous ? C'est dans notre cœur que se trou­vent les ténèbres. C'est d'abord en nous qu'il y a ce désir de briller, ce désir d'écraser l'autre, ce désir de mentir. C'est en nous qu'il y a cette tentation de douter et de désespérer. C'est en nous qu'il y a quelquefois peut-être même la haine, l'offense ou la tristesse. Par conséquent, c'est en nous, dans notre cœur, que soit mis l'amour à la place de la haine, la joie à la place de la tristesse, l'espérance à la place du désespoir. Et c'est Dieu seulement qui peut le mettre car Dieu seul est le maître de l'espérance, de l'amour et de la joie. C'est seulement du cœur de Dieu que peut jaillir cette lu­mière qui viendra remplacer nos ténèbres. Et si en nous l'amour vient remplacer la haine, la lumière vient remplacer nos ténèbres et sa vérité remplacer le mensonge, alors nous pouvons accomplir "la sainte volonté de Dieu", nous pouvons, comme le dit Fran­çois "sentir et connaître la volonté de Dieu pour pou­voir l'accomplir". Comment l'accomplir ? Précisé­ment parce que Dieu a mis en nous son amour à la place de la haine son unité à la place de la discorde. Parce que Dieu a mis en nous ce qui est de Lui, nous pouvons sentir, expérimenter la sainte volonté de Dieu, non pas parce que nous la faisons mais parce que Dieu la fait en nous. Et parce qu'Il a fait en nous sa sainte volonté, parce qu'Il a accompli en nous son dessein, son désir, alors nous pouvons, à notre tour, accomplir cette volonté de Dieu, c'est-à-dire mettre autour de nous l'amour à la place de la haine, l'unité à la place de la discorde, la paix, la joie. La volonté de Dieu, nous pouvons la faire nôtre, nous pouvons avec nos mains façonner cette volonté de Dieu en nous et autour de nous, parce que c'est d'abord Dieu qui l'a faite en nous. Rien ne vient de Dieu que par la grâce de Dieu. C'est pourquoi le commencement de la sa­gesse, le commencement de la sainteté, c'est de re­connaître que nous sommes pauvres, que nous ne sommes que ténèbres.

C'est à partir de l'humilité de François que Dieu a pu établir la plénitude de son amour dans son cœur. Sans cela Dieu n'aurait pas pu mettre son amour dans le cœur de François parce que François aurait été rempli de toutes ses pensées, de tous ses désirs de grandeur. Mais "la force brûlante"de l'amour de Dieu a pu "prendre possession de son âme". C'est cela le mystère de la sainteté, que la force de l'amour puisse brûler assez profondément notre cœur pour en prendre possession, pour que nous livrions la totalité de notre être afin qu'Il en prenne possession. En nous livrant ainsi à la brûlure de l'amour de Dieu, nous pouvons mourir de son amour "comme Lui-même est mort par amour de notre amour." Dieu a tellement désiré notre amour, Il a tellement voulu que nous soyons des êtres d'amour, Il nous a aimés avec une telle force qu'Il a tout donné pour nous et qu'Il est port pour nous. Il peut communiquer la force brûlante de son amour à notre propre cœur pour que nous aussi nous soyons dévorés de l'amour de Dieu.

Telle est la sainteté de saint François. De l'humilité à cette flamme dévorante de l'amour de Dieu, le chemin est à la fois simple et tout droit, mais en même temps c'est le chemin de l'exigence absolue car reconnaître qu'on n'est rien pour qu'en nous Dieu soit tout c'est à la fois très simple et très difficile. C'est ce que saint François a réalisé dans la joie. De­mandons-lui de nous obtenir la même grâce.

 

AMEN