L'ANGE NOUS PRÉCÈDE

Ex 23, 20-23 a; Mt 18, 5-10
Anges gardiens - (2 octobre 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

e ne sais s'il y a une hiérarchie dans le chœur des anges. Nous avons fêté les archanges, les grands diplomates, les chefs de mission envoyés sur la terre aux très grandes occasions, mais de façon solen­nelle, à cause de ce qu'ils annoncent et de façon dis­crète à cause de ce qu'ils sont.

Aujourd'hui l'Église nous propose de méditer sur une autre forme de présence angélique qui est non pas l'intervention solennelle pour les choses définiti­ves du salut, mais la présence quotidienne et humble auprès de chaque être humain, si petit soit-il. Ou plus exactement, plus il est petit, plus son ange est près de lui.

Dans l'oraison de cette messe, il y avait deux expressions où nous en appelions à la mystérieuse providence de Dieu et en même temps nous le remer­cions pour la bienfaisante protection des anges. Je ne sais pas comment vous vous représentez votre ange gardien, j'espère pas trop selon l'image d'un chien fidèle qui suit son maître, parce que ce n'est pas du tout cela. Dans l'Écriture que nous avons entendue tout à l'heure, l'ange que le Seigneur nous envoie nous précède pour nous ouvrir le chemin vers la vie.

Mystérieuse providence. Dieu n'abandonne rien de sa providence. Dieu a créé un monde matériel pour le bien de l'homme, autant qu'il sache en user de façon opportune et dans les limites de sa liberté. Dieu a créé un monde angélique et lui aussi est au service du bien de l'homme. Car Dieu veut tellement le bien de chacun que tout ce qui est créé, un peu plus bas que l'homme, le monde matériel, et plus haut que lui le monde spirituel est destiné à l'aider comme si c'était la créature la plus faible, la plus fragile, celle qui avait besoin d'être continuellement soutenue. Il y a une merveilleuse providence de Dieu qui veut que tout concoure, que tout participe au bien de chaque être. Et c'est cela un des aspects immenses de cette provi­dence divine. Dieu n'a pas lancé le monde ni l'histoire, ni chacun d'entre nous sur ses rails et Il attendrait du haut de son sémaphore ou de son observatoire que cela marche ou que cela déraille. Non. Dieu a créé, mais Dieu est présent continuellement, personnellement, intimement à sa création. Et comme le monde cosmique est créé pour l'homme qui en est la plus grande figure, la plus belle expression, il y a une présence pour lui toute particulière que Dieu lui a donnée, que Dieu lui a déléguée. C'est cette protection extrêmement humble, extrêmement discrète mais douce et chaleureuse du monde angélique auprès de chacun d'entre nous.

Je ne sais pas si nous avons un esprit angéli­que pour une personne. Moi je préfère penser que tout le monde angélique se penche sur chaque personne, parce que chaque personne est tellement précieuse aux yeux de Dieu qu'il lui faut bien le monde entier des anges pour le conduire, le protéger, l'éclairer et l'assister. Alors il ne faut peut-être pas voir les anges gardiens comme une sorte de fil numérique, mais plus profondément comme l'expression de l'immense tendresse de Dieu qui envoie l'immense réalité angé­lique et spirituelle auprès de chacun de nous. Car, comme dit l'Écriture, "le Père veut garder chacun de ces petits. Le Père ne veut pas qu'aucun de ces petits se perde." Et il délègue le monde entier des anges pour le protéger, pour le soutenir et l'aider. Le monde angélique par son"gardiennage", mais vous voyez dans quel sens j'emploie ce mot, le monde angélique collabore à la providence divine, participe au dessein de Dieu sur l'humanité. Il y a bien un seul médiateur qui est le Christ, comme l'apôtre dans l'épître aux hébreux l'affirme souvent, mais ce médiateur est en­touré de serviteurs pour que sa médiation non pas soit plus présente ou plus forte, mais pour que sa média­tion soit une participation de tout le monde des anges pour le bien de l'homme.

Oui, le Père ne veut pas qu'aucun de ces pe­tits ne soit perdu et Il envoie pour lui son ange, sa présence particulière. Nous sommes tous de ces petits, nous sommes tous de ces fragiles, de ces faibles, de ces pauvres. Quand je vous regarde rapidement, je ne vois pas qui d'entre nous peut se mettre dans une autre catégorie que les petits et les pauvres. Les pharisiens, les justes ? si vous voulez, mais c'est vraiment une erreur grossière de votre part sur vous-mêmes. Alors demandons d'abord que nous nous reconnaissions "ces petits" et ces petits qui ont besoin d'une aide fra­ternelle, d'une aide affectueuse, d'une aide discrète. C'est la présence féconde des anges auprès de nous. Et nous découvrirons, mais après la mort, lorsque nous aurons rejoint le monde angélique, nous décou­vrirons toute la fécondité, toute l'abondance de grâce, tout ce que ces anges qui nous accompagnent invisi­blement, auront permis, parce qu'ils se tiennent tou­jours devant la face de Dieu. Et se tenir devant la face de Dieu c'est le lieu même de la fécondité de leur mission, c'est le lieu même où ils puisent ce qu'ils veulent nous donner et qu'ils nous partagent invisi­blement sans que nous nous en apercevions jamais. Nous découvrions, au-delà de ce temps, ce que les anges gardiens auront été pour nous, dans ce temps.

Alors nous pouvons déjà remercier Dieu pour cette mystérieuse providence et cette réelle protection qu'Il nous accorde en tant que petits de son Royaume, pour qu'un jour nous entrions dans la cohorte de ce monde angélique qui déjà nous accompagne dans la louange et que, avec eux, nous puissions nous réjouir éternellement dans le face à face avec Dieu.

 

AMEN