COMPAGNONS INVISIBLES MAIS SI ATTENTIFS
Ex 23, 20-23 a; Mt 18, 5-10
Anges gardiens - (2 octobre 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Crépy-en-Valois : Ange gardien
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eurs anges, dans le ciel, se tiennent constamment devant la Face de mon Père". C'est évidemment à cause de cette phrase que nous lisons aujourd'hui cette péricope de l'évangile de Saint Matthieu. C'est donc Jésus Lui-même qui nous parle des anges et qui nous donne, à leur sujet, un enseignement. Cet enseignement est double.
D'une part, les anges se tiennent constamment devant la face de mon Père. C'est donc que ces êtres qui sont les plus hauts, les plus élevés dans la création n'ont pas d'autre occupation, n'ont pas d'autre fonction que de se tenir, constamment, devant la face du Père qui est dans le ciel. Toute leur vie, toute cette existence infiniment supérieure à la nôtre, et d'ailleurs incompréhensible pour nous, toute cette existence si proche de la perfection, tout au moins telle qu'elle est envisageable dans l'ordre de la création, toute cette existence se passe dans l'unique regard porté sur le visage de Dieu, contempler le visage de Dieu. Il n'y a rien de plus haut, il n'y a rien de plus grand, rien de plus comblant, rien de plus important et rien qui ne donne plus de sens à une existence, qui ne la remplisse mieux.
Si donc les anges peuvent concentrer tout leur être dans ce regard porté sur Dieu, c'est donc que nous aussi sans doute, pour notre part, moindre certes, mais déjà très grande, nous sommes appelés, nous aussi, à ce regard, nous sommes attirés, aspirés par ce visage de Dieu qui est l'unique nécessaire et la seule chose vraiment importante qui puisse être proposée à un être créé : regarder Dieu, le voir, et nous remplir de Lui comme celui qui aime se remplit du visage de l'être aimé. Et nous le savons, déjà, à notre pauvre niveau humain, et dans notre expérience bien limitée, il n'y a rien de plus comblant, rien qui rende plus heureux que de regarder, tout simplement, en silence, quelqu'un qu'on aime. A combien plus forte raison quand il s'agit de ce Bien-Aimé qui est Lui-même l'amour et qui, par conséquent, peut seul, à la fois, donner l'amour et attirer notre amour en plénitude.
Dans cette même phrase, Jésus nous dit une deuxième chose au sujet des anges. A propos des petits enfants et du danger qu'il y a à les scandaliser, Jésus nous dit : "Leurs anges se tiennent constamment devant la face de Dieu". Leurs anges, les anges de ces petits enfants. C'est donc que chacun de ces enfants et non pas seulement tant qu'ils sont enfants, mais tout au long de leur vie, puisque Jésus vient d'ailleurs juste auparavant qu'il faut tout au long de notre vie être comme des enfants, semblables aux enfants, chaque être, donc, ces enfants, et nous aussi, chaque être a un ange qui lui est préposé.
Il y a donc une mystérieuse communion, une mystérieuse communication entre ces êtres invisibles, supérieurs et qui, au premier abord, nous sembleraient inaccessibles, voire pour certains d'entre nous, peut-être, mythiques et qui pourtant sont bien réels, puisque Jésus nous en parle en connaissance de cause, ces êtres donc, apparemment si lointains de nous, il y a une étroite communion entre eux et nous. C'est cela que nous voulons exprimer dans cette fête et la dévotion qui la prolonge aux anges gardiens. Il y a entre les anges et nous cette proximité, qui est faite comme le disait tout à l'heure le livre de l'Exode, d'une attention de ces anges à notre vie qui consiste à nous guider, à nous protéger en chemin, à être à nos côtés. Nous sommes donc entourés de présences invisibles mais bien réelles, auxquelles il nous faut familiariser notre cœur. Nous pouvons certes avancer dans la vie, en nous en tenant à ce qui se touche, à ce qui se voit, à ce qui tombe sous le sens, et cela peut déjà peut-être beaucoup nous occuper et remplir notre temps. Mais, nous risquons, à ce compte-là de passer à côté de bien des choses bien plus importantes encore qui ne se voient pas, ne se touchent pas, qui ne sont pas au ras de l'expérience et du sol, mais qui n'en sont pas moins réelles et peut-être plus importantes.
Il y a ainsi des anges, constamment à nos côtés, comme des frères aînés qui veulent nous conduire, précisément, à ce qui est cet unique nécessaire qu'est la contemplation de la face de Dieu. Et ces anges, comme des aînés pleins d'affection pour les petits derniers que nous sommes, nous prennent pas la main, nous conduisent. Et si nous sommes attentifs à leur présence, si nous accoutumons notre ouïe, et plus spécialement l'ouïe de notre cœur, au son de leur voix, ils nous parlent d'une manière silencieuse, mais bien réelle pour nous aider à trouver le sens de notre vie et à conduire notre existence vers son but véritable.
Je crois que nous devrions, nous, chrétiens, être plus particulièrement attentifs à cette dimension invisible de l'existence, à cette dimension invisible de l'univers, y être particulièrement attentifs pour pouvoir en être les témoins, non pas d'une manière démonstrative ou analytique. Il n'y a pas de démonstration dans ce domaine, mais les témoins d'une dimension de l'univers plus grande que ce que tout un chacun croit pouvoir y trouver. Et il y a des manières de vivre, de se conduire, des manières d'utiliser son temps qui ne trompent pas et qui manifestent, de façon claire, qu'il y a autre chose que l'immédiat, que ce qui peut se toucher, se voir ou dont on peut jouir.
Le Christ, Lui aussi, est présent d'une façon invisible, et accoutumer notre regard à la présence des anges, c'est aussi accoutumer notre regard et notre cœur à la présence du Christ et c'est en cela que, déjà, ils nous conduisent vers Lui, ils nous conduisent vers le Père, ils nous conduisent vers le véritable bonheur, le vrai sens de la vie. Prions donc ces anges qui ont notre garde, qui ont notre protection comme fonction, prions-les de nous aider à ouvrir les yeux sur la totalité du réel.
AMEN