LES ENFANCES DE THÉRÈSE
Is 66, 10-14 c ; Mt 18, 1-4
Ste Thérèse de l'Enfant Jésus - (1er octobre 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
Châsse des reliques de Thérèse de Lisieux
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rères et sœurs, lorsqu'on parle de Thérèse de Lisieux, on pense toujours à cet enseignement qui est chez elle absolument fondamental qu'elle a appelé la petite voie ou l'esprit d'enfance. C'est assez difficile à apprécier parce qu'elle a vécu plusieurs enfances. Elle a commencé par vivre une enfance sur le mode infantile et insécurisé. Ce n'est pas facile pour une petite dernière de naître avec une ribambelle de sœurs avant elle, qui toutes veulent jouer à la maman avec elle, et qui en même temps perd sa véritable mère quand elle est toute petite. Il y a chez Thérèse une sorte de souffrance au départ, à la fois, hyper cajolée, très gâtée, et en plus, le père veuf reporte une affection très protectrice, très câline sur sa petite reine comme il aime à l'appeler.
Il y a chez elle cette expérience de l'enfance toute puissante. Son pouvoir était justifié par le fait qu'elle était privée de sa mère et on lui passait tous ses caprices. Ce déploiement de l'enfance comme pouvoir capricieux va aboutir à la fameuse nuit de Noël 1886, où rentrant de la messe de minuit, elle prend conscience du fait qu'elle n'est plus une gamine ! Elle vit là une sorte de déni de la manière dont elle a vécu son enfance jusqu'à ce jour. C'est là le vrai départ de sa vocation. Elle se convertit la nuit de Noël, et Claudel vit sa conversion le même jour aux vêpres à Notre-Dame de Paris. Ce sont deux grandes figures de la foi chrétienne de notre temps. Elle découvre une autre dimension de l'enfance qui est à la fois forte de toute la volonté de son caractère, mais elle va le vivre de plus en plus sur le mode d'un dénuement radical.
C'est au cœur de cette dépossession de la maîtrise et de sa vie, et de son entourage, et ensuite de sa vie au Carmel, et elle y découvre ce qu'elle a appelé la petite voie, l'esprit d'enfance. Au lieu que l'esprit de l'enfance soit transféré et sans cesse affirmé par des désirs de possession, de volonté, c'est au contraire l'enfance qui devient une sorte de dépendance et d'itinéraire de confiance dans une dépossession radicale. Au début, cela aura surtout une coloration spirituelle. Elle va se procurer les écrits de la Bible où elle découvre un certain nombre de textes qu'elle devine et qui vont être les points fondamentaux de ce qu'elle va découvrir spirituellement de l'esprit d'enfance. C'est ce qui servira de toile de fond à la rédaction des manuscrits où elle essaie de montrer que la véritable enfance c'est ce mouvement de confiance, d'abandon et de dépossession spirituelle.
La dernière étape de l'enfance et qui sera la plus terrible, c'est sa dernière maladie, la tuberculose. Elle a vécu les derniers mois en continuant cet esprit d'enfance, mais sur le mode d'une souffrance insupportable. Elle a tenu bon jusqu'au bout, et tout cela assorti de doutes extrêmement profonds de la foi, une nuit obscure radicale. Le dernier itinéraire de foi dans la confiance a été de s'accrocher aux branches.
C'est pour cela qu'elle est devenue docteur de l'Église car elle nous montre à la fois que l'itinéraire personnel et spirituel de chacun d'entre nous pouvait être changeant, et pourtant, au milieu de cet itinéraire chaotique, il y a cette constance qui est l'esprit d'enfance dans la dépossession radicale jusque dans la mort. Elle disait : j'arriverai là-haut les mains vides, cette réplique quelques jours avant sa mort nous montre exactement ce qu'est la voie de l'enfance telle qu'elle a dû la vivre jusqu'au bout.
AMEN