TOUT !
Is 66, 10-14 c ; Mt 18, 1-4
Ste Thérèse de l'Enfant Jésus - (1er octobre 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Châsse des reliques de Sainte Thérèse
|
F |
rères et sœurs, sainte Thérèse de Lieux est l'exemple parfait pour démontrer que ce qu'il y a de plus spécial et précis, c'est-à-dire que la vie d'une jeune fille dans la France à la fin du XIXème siècle peut s'expliquer et être comprise au niveau universel. Dans un texte extrêmement célèbre, elle raconte comment elle a réagi pendant une oraison, et je crois que nous avons là l'exemple même de ce qu'une bonne partie de la jeunesse du monde traverse aujourd'hui et je vous rassure, même quand on est un peu plus vieux ! C'est le problème des désirs. "A l'oraison, mes désirs me faisant souffrir un véritable martyre, j'ouvris les épîtres de saint Paul". La première constatation, c'est que nous sommes taraudés par des désirs. On voit toujours le mot désir de manière très négative, mais cela peut aussi être très positif.
La première constatation que fait sainte Thérèse vis-à-vis de ses désirs, c'est qu'elle n'a aucune qualité pour les assouvir. Elle s'aide pour cela des épîtres de saint Paul, notamment le chapitre quinzième de l'épître aux Corinthiens, que l'on appelle l'hymne à la charité qui est tant prisé pour la célébration des mariages, et elle ne se reconnaît dans aucun membre décrit par saint Paul. Combien d'entre nous ne nous reconnaissons-nous dans aucun membre ? je ne sais pas prêcher, je ne sais pas faire ceci, je ne sais pas faire cela, je ne sais pas faire les bouquets, je ne sais pas dans la vie paroissiale ou autre, je ne sais pas catéchiser, etc … On arrive à rien du tout et ce qui est fantastique, c'est que là aussi je crois que c'est quelque chose qu'on retrouve à l'œuvre dans la jeunesse actuelle, c'est qu'à la fois, elle ne sait rien faire, et en même temps, elle veut tout et elle a bien raison.
C'est là qu'elle va être véritablement touchée par la grâce, et qu'elle va découvrir ce la ne sert à rien de savoir tout faire, si on ne le fait pas avec la charité, et c'est une excellente exégèse de ce passage des écrits de saint Paul. Le secret de la vie chrétienne ne consiste pas à se spécialiser dans un membre, mais le secret de la vie chrétienne consiste à savoir innerver le corps en son ensemble. Si je suis bon en la matière et que je reste toujours enfermé dans ma petite spécialité cela ne sert à rien; je vais briller auprès des paroissiens parce que je sais bien prêcher, parce que sais bien lire, ou que je sais bien chanter, etc … mais cela ne sert à rien. Le secret même que Thérèse a découvert ce jour-là c'est qu'être chrétien, c'est faire œuvre de communion, c'est de savoir faire passer cet amour et cette charité dans le corps tout entier.
C'est ce que dit saint Paul dans son hymne à la charité et c'est cela que Thérèse a découvert et c'est ce en quoi elle est véritablement universelle. On dit toujours que c'est très paradoxal qu'une jeune fille enfermée dans un couvent devienne la patronne des missions, mais cela s'explique très bien si l'on comprend la véritable vocation de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face à l'aune de ce que je viens de dire. La mission ce n'est pas avant tout de savoir faire, la mission, c'est être capable de faire entrer en communion et en relation avec un autre. C'est de savoir par cette entrée en communion de l'intégrer et de lui montrer toute la place qu'il a dans le corps de l'Église. Ce passage de saint Paul est souvent utilisé, c'est la description du corps qui est l'Église lors du baptême des petits enfants. J'aime expliquer aux enfants qu'en fait la mission première des adultes auprès des petits enfants, c'est de leur faire découvrir qu'ils ont une place dans le corps, que ce soit d'abord le corps de la famille, que ce soit ensuite le corps de l'éducation scolaire, que ce soit le corps représenté par le corps des amis, et après le corps professionnel et le corps de la famille qu'ils vont fonder, le corps social, etc … je crois que c'est cela la grande découverte de sainte Thérèse et c'est ce en quoi elle est éminemment moderne et catholique, c'est-à-dire, universelle.
Nous partons tous de la constatation que nous sommes des moins que rien, nous partons tous de la constatation de ce que nous voulons tous, et beaucoup d'entre nous, nous en restons là. Or, la grande intelligence de sainte Thérèse, c'est d'avoir compris que la question n'était pas d'être spécialisée dans tel ou tel domaine, mais que c'était d'être capable justement de faire passer cet amour dans le corps ecclésial.
Frères et sœurs, que nous fassions nôtre cette grande découverte de la petite Thérèse, et que nous découvrions que la plus belle mission que le chrétien a accomplir sur terre, c'est effectivement comme elle le dit : "Je l'ai trouvé ma vocation, c'est l'amour", à partir du moment où nous comprenons bien ce terme "amour", c'est-à-dire être capable de donner vie au corps entier.
AMEN