LA PETITE VOIE
Is 66, 10-14 c ; Mt 18, 1-4
Ste Thérèse de l'Enfant Jésus - (1er octobre 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ans l'évangile, le Christ dit : "Qui donc se fera petit comme ce petit enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des cieux". C'est cette voie de l'enfance de la petitesse, que Thérèse de l'Enfant-Jésus a voulu choisir comme étant sa vocation propre, l'appel qu'elle a reçu du Seigneur.
Elle s'exprime ainsi dans l'Histoire d'une âme : "Je puis donc malgré ma petitesse, aspirer à la sainteté. Me grandir, c'est impossible, mais je veux chercher le moyen d'aller au ciel par une petite voie bien droite, courte et toute nouvelle. Et j'ai lu : si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à Moi, alors, je suis venue !". Il me semble que cette simple phrase de Thérèse de l'Enfant-Jésus résume entièrement le propos spirituel et plus fortement chrétien qui est le sien. Bien sûr, la voie de l'enfance peut faire peut pour certains chrétiens. On les comprend, s'il s'agit simplement de se rabaisser tout le temps. S'il s'agit de chercher ce qui pourrait me mortifier, me dévaloriser, effectivement, la voie de l'enfance peut faire peur. Mais je crois que ce n'est pas du tout cela que Thérèse de l'Enfant-Jésus a recherché, même si elle a vécu dans un contexte religieux un peu particulier, celui du dix-neuvième siècle marqué par le moralisme hérité directement du jansénisme et de ce que qu'on a appelé à tort, l'humilité, puisque c'était surtout essayer de se rabaisser à ses propres yeux, Thérèse de l'Enfant Jésus en choisissant la voie de l'enfance choisit quelque chose de très grand. J'ai envie de dire que contrairement à ce que l'on croit, Thérèse de l'Enfant-Jésus est une âme bien trempée, fortement trempée. Elle a envie, elle désire, elle veut et fait tout ce qu'elle peut pour devenir sainte. C'est pour cela qu'elle se rend compte de sa petitesse, cela signifie simplement qu'elle se rend compte qu'elle est une femme qui pèche, et comme le dit saint Paul : le bien que je voudrais faire, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas faire, je le fais. Je suis réellement petite. Mais elle écrit : "Malgré ma petitesse, j'aspire à la sainteté". Elle aspire à un très grand idéal, à quelque chose qui pourrait être de l'ordre de l'évangile, avoir la foi, et dire à cette montagne, déplace-toi, et la montagne se déplacerait. Comme elle se rend compte que grandir est impossible, elle écoute cette phrase de l'évangile : "Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi". Et elle continue en disant une chose toute simple : "alors, je suis venue". Le fait d'ailleurs que ce soit une âme trempée qui sait tout à fait ce qu'elle veut, c'est qu'elle dit encore : "J'ai choisi une voie bien droite, bien courte, et toute nouvelle". Autrement dit tout ce que m'a proposé jusqu'aujourd'hui la vie religieuse du carmel : basta ! Moi, j'ai trouvé quelque chose de neuf : une voie courte, droite, et nouvelle. Autant dire qu'elle a beaucoup d'ambition et qu'elle ne doute de rien.
Je crois que c'est cela la foi de l'enfance, c'est de ne pas douter. De ne pas douter de l'appel du Seigneur d'une part, et de ne pas douter que le Seigneur est capable de nous faire venir à Lui d'autre part. Lorsque Jésus lui-même place un enfant au milieu de ses apôtres, et Il leur dit : "Quiconque veut entrer dans le Royaume, qu'il devienne comme cet enfant". On le sait, l'enfant, ce n'est pas l'abêtissement. Souvent, quand on dit de quelqu'un c'est un enfant, c'est pour dire qu'il n'est pas devenu adulte, qu'il fait encore presque des babillages, sans compter ceux qui, comme on le dit aujourd'hui, ne sont même plus des enfants, mais des grands adolescents, ils ne grandissent pas dans leur vie, ils ne prennent pas leurs responsabilités, ils habitent encore chez papa et maman. Effectivement, si c'est cela redevenir enfant, cela n'en vaut pas la peine.
Ce que Thérèse de l'Enfant-Jésus a bien perçu, c'est que la qualité de l'enfant, qu'il soit espiègle ou non, comme les enfants de la littérature de la comtesse de Ségur, l'enfant a confiance. On perd véritablement son enfance quand on perd la confiance. L'enfant sait très bien ce qu'il veut faire, et il le fait. Mais il peut aussi, et c'est l'apanage de l'enfance, aller un peu plus loin, faire quelques pas de plus, vouloir quitter ses parents, mais il sait qu'il peut toujours revenir, parce qu'il a confiance, si ce n'est en ses parents, au moins au monde des adultes. Il ne peut pas vivre, lui qui est enfant, sans s'appuyer sur le monde des adultes. Le drame finalement de l'adulte, c'est le désenchantement de son monde d'adultes, d'avoir perdu toute confiance. Nous-mêmes n'avons plus confiance en notre société, et c'est de cette manière que naissent les inégalités, les ostracismes, les différences et les haines. L'enfant a confiance. Nous, nous manquons de confiance en notre conjoint, parfois dans nos amis. C'est peut-être pour cela aussi que tant de couples vacillent. Le manque de confiance, lorsqu'il s'installe, ne permet plus du tout la relation. Manque de confiance en l'autre, en nous-mêmes et finalement en Dieu, d'où le fait qu'on puisse douter à l'heure actuelle de l'épanouissement de la foi dans le monde d'aujourd'hui, même jusque dans l'Église.
Thérèse de l'Enfant-Jésus nous invite à retrouver ce qu'est la confiance. Vous le savez, le mot confiance vient d'un mot latin : fides qui a donné notre mot foi, notre confiance, et notre mot fidélité. L'enfant a confiance, mais aussi, c'est celui qui est capable de joie. Et Thérèse de l'Enfant-Jésus nous appelle à reconsidérer que notre christianisme, c'est comme le monde de l'enfant, rempli de joie, rempli du jeu de l'amour de Dieu avec nous. Cela devrait être rempli des rires de l'enfant, du rythme de la fête que l'enfant aime tellement, pour que lorsque nous parlons du christianisme, nous ne soyons pas des chrétiens tristes, mais comme Thérèse de l'Enfant-Jésus, des saints heureux, des saints remplis de la joie de Dieu. L'enfant a la foi, il a la joie, mais je crois surtout que l'enfant a l'avenir devant lui. Il est là, et il suffit de regarder comment on s'extasie devant un bébé, on sait quand on regarde un nouveau-né, ou des enfants, que l'on est presque en admiration, c'est parce qu'on se dit qu'ils ont encore toutes les possibilités, toutes les chances, tout l'avenir leur est ouvert. Le chrétien qui est enfant de Dieu, fils de la lumière, est celui aussi, qui a toutes les promesses de l'avenir. C'est celui qui a dans son cœur l'espérance, c'est celui qui croit encore et qui a assez de joie pour ouvrir également à son frère, un avenir qui n'a plus de fin, celui de l'amour de Dieu, pour nous et dans le cœur de tous les hommes.
Que sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus nous aide, à travers cette voie de l'enfance, à retrouver notre vraie vocation de chrétiens.
AMEN