CURIEUSE DE DIEU
Is 66, 10-14 c ; Mt 18, 1-4
Ste Thérèse de l'Enfant Jésus - (1er octobre 1998)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Simplicité confiante
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'ai remarqué que les sœurs les plus saintes étaient les plus aimées, on recherche leur conversation, on leur rend des services sans qu'elles le demandent, enfin, ces âmes capables de supporter les manques d'égard et de délicatesse, se voient entourées de l'affection de toutes. On peut leur rapporter ces paroles de notre père saint Jean de la Croix : tous les biens m'ont été donnés quand je ne les ai plus recherchés par amour."
Nous nous plaignons parfois de ne pas être aimés par la communauté qui nous accueille, nous nous plaignons que personne ne fait attention à nous, et certains même vont jusqu'à penser que la communauté que nous formons n'est pas accueillante, elle a ses défauts, certes, il y en a qui se plaignent de ne pas être aimés par les frères, ou ce qu'on imagine être des frères. J'ai toujours eu le sentiment, que l'amour "aimante" l'amour. Et quand on ne sait pas s'aimer soi-même ou qu'on ne sait pas s'attirer à soi-même un certain nombre d'amour, en fait, il est très difficile de rejoindre l'autre, de l'aimer.
On ne peut pas faire une chose qu'on n'a pas amorcé en soi, on ne peut pas combler un autre de l'impossible amour, quand on l'a refusé pour soi-même. C'est une phrase très difficile à avaler, tant pour vous que pour moi, mais il y a une façon de se rendre aimable, pour qu'on vous aime, et certaines personnes qui ont renoncé à être aimables on ne peut les aimer, et c'est bien tristes, mais c'est la vérité.
Est-ce les plus saintes, celles qui ont le plus de vertu pour supporter les manques d'égard et les indélicatesses, ce sont celles qui sont le plus entourées d'affection. Sainte Thérèse n'émet pas une critique à l'égard de ses sœurs, même si elle n'a pas les yeux dans sa poche, elle fait l'expérience elle-même de cette attirance de l'amour. C'est le premier aspect.
Le second aspect (je sais qu'il y a de très nombreux aspects), c'est que c'est la femme de l'impossible. C'est plus difficile à comprendre peut-être, difficile à avaler, c'est que les souffrances que nous avons, nous sommes bien contents de les avoir. Parce que finalement, cela alimente notre propre plainte, image de victime à l'égard des autres, et nous pouvons continuer à entretenir ce discours-là, et même à entretenir une certaine jouissance, c'est presque agréable !
Les souffrances de sainte Thérèse, parce que des souffrances, elle en a eu, comme je l'ai dit, pour le coup, elle partage vraiment nos problèmes psychologiques, elle n'est pas indemne, eh bien, elle n'a pas accepté de s'y arrêter, de s'y tenir. Elle est quelqu'un qui ne se tient pas une minute tranquille, à l'égard de l'infini où est apparu son Dieu. Elle a devant elle un océan de tendresse, d'amour, oui, un océan, et j'allais dire, elle ne veut pas s'arrêter, elle veut sans cesse explorer, fréquenter, sentir. C'est comme quelqu'un qui est au bord de la mer, qui ne se lasse pas de sentir l'air du large.
Elle a une façon de fréquenter l'impossible frontière entre Dieu et les hommes, qu'elle respire sans arrêt, l'air de Dieu, Par une espèce de curiosité incessante : c'est ce qui fait qu'elle est devenue sainte. Non pas qu'elle ait été une sœur modèle, avec une vie exemplaire, c'est qu'en elle on commençait à pressentir quelqu'un qui commençait à y habiter. Elle a eu cette phrase : "la vie est un navire, elle n'est pas une demeure".
Peut-être que nous avons planté notre tente dans notre vie et que nous avons cessé de l'envisager comme un navire qui nous emmenait plus loin. Et comme j'en parlais au début, la sainteté ce n'est pas une sorte de vertu agglutinée par nous-mêmes, mais elle se reçoit comme un don, comme une grâce.
Pour être tant aimée de Dieu, même si, et cet amour me paraît venir de si loin, il faut que je sois en moi-même digne de recevoir cet amour. Même si tout porte à croire que j'en suis indigne, il y a quelque chose en moi, de plus grand que moi qui me dit que je peux recevoir cet amour qui vient de plus loin, du fond de l'océan de la tendresse de Dieu, ça c'est Sainte Thérèse. Elle se considère comme un presque rien, mais quelque chose quand même. C'est la grande différence avec les gens qui disent : Oh moi, on m'a oublié, mais je ne suis rien du tout. Sainte Thérèse disait, oh je suis un petit rien du tout, mais je suis quand même un petit rien, et je te parle à toi, ô mon Jésus.
Il y a une différence, entre une sorte d'anéantissement qu'à mon avis vivait sainte Thérèse, et une espèce de négativisme, de misérabilisme de la spiritualité, alors que sainte Thérèse était tout à fait consciente d'être quelqu'un, toute petite. Mais si elle veut être apôtre, prêtre, missionnaire, c'est parce qu'il y a une ambition d'être quelqu'un qui n'est pas de l'orgueil, puisqu'elle sait qu'elle n'est que ce petit rien dans l'océan d'amour de Dieu. Je trouve cela d'un équilibre parfait.
Et c'est très curieux qu'une fille aussi perturbée psychologiquement, et sa sainte famille aussi, ait trouvé la voie de la sainteté, sans le secours de psychologues. C'est un fait, qu'elle est franchement névrosée, mais cette névrose n'a pas été le moteur, il y a là quelque chose qu'elle a dépassé, car sa névrose, elle est morte avec, ce qui nous arrivera à peu près à tous. Mais elle a vécu un plus. J'accepte ce qui fait ma souffrance psychologique, psychique, ce qui est notre lot quotidien, tant qu'on peut l'accepter, c'est difficile à accepter, et elle le sait, si j'en appelle à une de ses réponses, "que à toi seul ô mon toi, mon Jésus, je te parle".
Il ne faut pas se laisser avoir par ce langage sur Jésus, qui véhicule la façon dont elle aime, avec un côté un peu fleur bleue, et un langage un peu fleuri, très enfantin, parce qu'elle ne sait pas parler autrement, elle n'a pas un autre langage, elle est très immature, cela ne l'a pas empêchée d'être très en avance sur la façon dont elle côtoie l'infini de Dieu.
Curieusement, s'il y en a une qui a exploré, senti, attendu, demandé la majesté divine, je crois que c'est sainte Thérèse.
Sainte Thérèse de la Face, sainte Thérèse du Visage, sainte Thérèse qui le dit, qui le réclame, qui sait que l'homme sans ce vis-à-vis disparaît, décline.
Alors, que sainte Thérèse nous aide par ce vis-à-vis du visage de Dieu à nous trouver capables d'être aimés, et donc d'aimer à notre tour, et d'attirer l'amour comme un aimant. Alors, vous verrez que les autres vous trouveront très aimables, et c'est le début de la sainteté.
AMEN