SAINTE THÉRÈSE PATRONNE DES MISSIONS

Is 66, 10-14 c ; Mt 18, 1-4
Ste Thérèse de l'Enfant Jésus - (1er octobre 1992)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

S

ainte Thérèse de l'Enfant-Jésus a été proclamée patronne des missions. On fait parfois une ré­flexion acerbe : Comment elle, enfermée dans son Carmel, peut-elle être patronne des missions? On sait que le dix-neuvième siècle a été un des plus grands siècles missionnaires et que beaucoup de prê­tres sont morts avec un courage que nous n'aurions peut-être pas à l'heure actuelle pour aller passer quel­ques années dans des contrées où l'on va bientôt mou­rir de maladies ou de persécutions, pour évangéliser, pour faire connaître et aimer le Christ. C'est là le pro­pre de la mission. Alors qu'une jeune fille qui n'est jamais sortie de son cloître devienne patronne des missions, cela nous pose une question.

A l'heure actuelle, on dit parfois que la mis­sion n'est pas tant d'aller en Afrique ou en Cochin­chine, mais d'évangéliser notre pauvre France, nos cités et nos campagnes. On ajoute parfois que l'on devrait se servir de ces moines qui remplissent les monastères, et les faire sortir pour qu'ils évangélisent la France. Je vous ferai d'ailleurs remarquer que lors­qu'on sort les moines de leur monastère, quand ils sont en ville ou en mission, on aimerait bien les voir rentrer en clôture. Ceci nous pose le problème de sa­voir où doit être le moine, ou en tout cas le consacré, le religieux et quel est justement son rapport à la mis­sion.

Pour cela je m'inspirerai de la prière de la post-communion de ce jour : "Par le sacrement que Tu nous as donné, Seigneur, brûle-nous de cette cha­rité qui incitait sainte Thérèse à s'abandonner à Ta grâce et à se passionner pour le salut de tous les hommes.''

La passion de Dieu, la passion de son amour n'a pas de limites. Rien ne peut empêcher l'amour que l'on peut éprouver pour Jésus. Comme le dit le Canti­que des cantiques, "rien ne peut arrêter l'amour". La mort ne peut rien contre l'amour. Rien ne peut arrêter cette passion qui s'inscrit au cœur de l'homme et donc au cœur des saints lorsqu'il prend toute une vie pour le configurer à cet homme-Dieu Jésus qui, en prenant notre humanité, nous divinise. Ainsi donc, ce que demande le Seigneur à chaque homme, c'est de s'abandonner à sa grâce c'est-à-dire de vivre du seul don qu'on est capable de recevoir, celui de la pléni­tude de sa vie. Non pas de rechercher d'autres dons mais simplement sa grâce puisque comme Dieu le dit à saint Paul : "Ma grâce te suffit !"

Quelle que soit notre situation dans l'Église, quelle que soit notre mission, quel que soit notre état, baptisé, mère de famille, célibataire consacré, vierge, prêtre ou évêque, la grâce du Seigneur nous suffit. Et c'est ce qui nous donne de vivre notre mission à l'inté­rieur de l'Église, parce que celui qui est abandonné à la grâce de Dieu ne peut pas être à l'extérieur du salut de Dieu, c'est-à-dire qu'il ne peut pas se mettre en dehors de ce monde, se désintéresser des hommes et de la société dans laquelle il vit. C'est pourquoi il est si important de savoir vivre de cette grâce de Dieu qui nous est donnée dans l'Église à travers les sacrements, dans la foi et dans la prière.

Mais c'est au prix de la charité, c'est au prix de l'amour. C'est pourquoi il nous faut faire attention à la façon dont nous vivons l'amour avec Dieu, à la façon dont nous recevons sa grâce. Certains chrétiens sont tentés de vivre en ce monde selon les principes de la vie chrétienne, certes, mais en vivant le quié­tisme c'est-à-dire une sorte d'abandon qui consiste à se dire : la grâce de Dieu est là, elle me suffit. Quoi qu'il arrive, tout se passera comme il doit arriver. C'était écrit. Dieu le voulait. On ne peut pas faire au­trement. On vit donc dans un certain repos qui se transforme vite en langueur, en mélancolie, voire en paresse. C'est-à-dire que le salut de Dieu ne nous pas­sionne pas. Nous faisons notre propre petite gloire, notre propre petit salut, notre propre petit train-train, notre propre petite vie chrétienne qui semble bien rouler. Et puisque Dieu le veut ainsi, il n'y a pas de problème.

En tout cas ce n'est pas ce qu'a vécu sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. C'est parce qu'elle avait à cœur de donner toute sa vie et de vivre profondément de la grâce de Dieu qu'ainsi le salut des hommes a pu se réaliser. Dans le Carmel de Lisieux, il n'y avait pas un cœur au repos mais un cœur qui battait très fort pour que les pécheurs se convertissent, pour que tous puissent connaître la grandeur, la hauteur, la largeur et la profondeur de l'amour de Dieu. Voici un petit pas­sage qui nous montre l'ambition de l'amour.

"Je ne suis pas un aigle, j'en ai simplement les yeux et le cœur, car malgré ma petitesse extrême, j'ose fixer le soleil divin, le soleil de l'amour et mon cœur sent en lui toutes les aspirations de l'aigle. Ma folie à moi c'est d'espérer que Ton amour m'accepte comme victime. Ma folie consiste à supplier les ai­gles, mes frères, de m'obtenir la faveur de voler vers le soleil de l'amour, avec les propres ailes de l'Aigle divin."

Oui, de notre faiblesse, de notre petitesse le Seigneur est capable de donner le salut au monde.

 

 

AMEN