REVENIR AU PÈRE
Is 66, 10-14 c ; Mt 18, 1-4
Ste Thérèse de l'Enfant Jésus - (1er octobre 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ainte Thérèse de l'Enfant-Jésus est devenue patronne secondaire de la France et aussi patronne des missions en restant enfermée dans son Carmel. Cela semble paradoxal et en même temps cela signifie la grandeur et la beauté d'une vocation qui pour rayonner n'a pas besoin de s'étendre, de s'étaler ou de se manifester aux yeux de tous. Il suffit de demeurer dans le secret de l'amour de Dieu pour que toute chose prenne une ampleur très différente que si on s'agitait dans un ramdam pas possible pour annoncer la Parole de Dieu. "Rien n'est impossible à Dieu !" Certes il faut dans l'Église des missionnaires. Il faut que certains aient à cœur d'annoncer la bonne nouvelle dans les terres lointaines aussi bien que dans les villes désertées et dépeuplées de spirituel, mais il est nécessaire aussi que, comme le levain dans la pâte, agisse la prière de ces âmes silencieuses toutes centrées sur Dieu et qui, aux yeux de ceux qui parfois ne se rendent pas compte de l'essentiel, manifestent qu'il n'y a qu'une seule chose qui compte et qui est l'amour de Dieu pour chacun d'entre nous.
C'est la confiance inébranlable en cet amour qui est un appel à battre à la mesure du cœur de Dieu, un cœur de Dieu qui n'est pas simplement un petit battement personnalisé dans un coin de l'univers, mais qui est le souffle de toute vie humaine, qui est la respiration spirituelle de toute personne, qui est la source même de l'existence de chacun de nous.
Les textes de ce jour nous rappellent que Thérèse de l'EnfanttJésus a choisi justement cette voie de l'enfance spirituelle. Effectivement, il nous faut redevenir des enfants. Cela ne signifie pour nous qu'une seule chose, c'est de retrouver un lien privilégié avec Dieu, un lien filial. Il ne s'agit pas de retourner en enfance, de perdre tout ce que nous sommes et qui caractérise notre vie d'adulte pour tomber dans une espèce de niaiserie ou de naïveté enfantine. C'est au contraire, comme les enfants, savoir compter sur Dieu. Cela ne veut pas dire qu'un enfant n'ait pas des travers, n'ait pas de défauts, mais un enfant sait pouvoir compter sur ses parents. Et lorsque les parents mentent aux enfants, tôt ou tard, cela fait un drame. Il faut que l'enfant puisse s'appuyer sur ses parents d'abord parce qu'il croit ce qu'ils disent, ensuite parce que l'enfant, même si parfois il a quelques velléités de liberté, sait très bien que pour manger, pour s'habiller et tout simplement pour pouvoir vivre sa vie affective, il a besoin de cette relation privilégiée entre ses parents et lui-même.
Thérèse de l'Enfant-Jésus nous rappelle donc que la voie de l'enfance spirituelle est un appel à retrouver la relation filiale, c'est-à-dire à nous retrouver effectivement comme des enfants de Dieu, à retrouver en nous-mêmes la source du battement de notre cœur qui est uniquement un battement pour la vie de Dieu, que tout notre être, tout notre désir soit orienté vers le Père qui nous a engendrés. Nous sommes nés corporellement d'un père et d'une mère, mais, spirituellement, Dieu le Père et l'Église notre mère nous ont enfantés pour que, à la manière des enfants, petit à petit, en étant nourris de la Parole de Dieu, en étant fécondés par la grâce spirituelle du Seigneur à travers son Église, par la vie sacramentelle, nous puissions nous appuyer entièrement sur Dieu comme un enfant compte sur ses parents et ainsi grandir et croître à la mesure de l'amour de Dieu. Grandir et croître pour que notre visage prenne stature adulte ainsi que notre corps à l'image et à la ressemblance de Dieu, au niveau de la corporéité du Fils de Dieu, au niveau du visage du Christ. D'ailleurs le nom complet de Thérèse de l'Enfant-Jésus portait aussi de la Sainte Face. Il faut donc qu'il y ait identification entre le Fils et nous-même, pour que Dieu, en posant son regard sur nous, puisse nous reconnaître comme son enfant. C'est là le secret de l'enfance spirituelle et c'est ce qu'a essayé de vivre Thérèse de l'Enfant Jésus. Cette voie fut le moyen et non pas la fin, le moyen d'atteindre au plus secret du cœur de Dieu en prenant la plus petite des voies. Plus petite des voies qui ne signifie pas qu'elle soit inaccessible. Pour faire comprendre cela je cite un passage des textes autobiographique.
"Je veux chercher le moyen d'aller au ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. Nous sommes dans un siècle d'inventions. Maintenant ce n'est plus la peine de gravir les marches d'un escalier, chez les riches, un ascenseur le remplace avantageusement. Alors j'ai recherché dans les livres saints l'indication de l'ascenseur objet de mon désir et j'ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse éternelle : "Si quelqu'un est tout petit, qu'Il vienne à Moi !" Alors je suis venue, devinant que j'avais trouvé ce que je cherchais et voulant savoir, ô mon Dieu, ce que vous feriez au tout-petit qui répondrait à votre appel. J'ai continué mes recherches et voici ce que j'ai trouvé : "Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux." Ah, jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses ne sont venues réjouir mon âme ! L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au ciel, ce sont vos bras, à Jésus. Pour cela je n'ai pas besoin de grandir, au contraire, il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. Quiconque se fera petit comme ce petit enfant, c'est lui qui sera le plus grand dans le royaume des cieux !"
Frères et sœurs, nous n'avons pas besoin de grandir, au contraire, il faut que nous restions petits. Qu'est-ce à dire ? qu'il ne nous est pas nécessaire de nous gonfler d'orgueil, de nous croire très en avance au niveau spirituel. Il s'agit d'accepter cette relation filiale, de se croire véritablement enfant de Dieu. Et je pense que l'athéisme de notre monde moderne souffre énormément de l'absence de cette relation filiale. Considérer que Dieu est père, qu'Il est rempli de tendresse et de miséricorde comme un père peut l'être pour son enfant, que Dieu accepte non seulement de nous adopter mais de répondre à toutes nos attentes, accepter que Dieu soit sensible à chacun de nos actes, de nos mouvements et de nos désirs, accepter que Dieu soit ainsi notre père n'est pas chose facile pour notre monde moderne. Demandons à Thérèse de l'Enfant Jésus de nous faire retrouver ce lien fondamental entre nous et Dieu, lien fondamental et donc indéfectible qui peut être capable de soulever le monde, de renverser les cœurs. Car c'est tout simplement cela que cette enfance spirituelle, ce retour à Dieu, ce retour au Père, ce cri d'Adam retrouvant Dieu qui lui disait : "Adam, où es-tu ?" et répondant au cours des siècles : "Viens, Seigneur Jésus".
Nous t'attendons, nous voulons revoir ton visage qui va nous révéler ton sourire de Père et nous conduire ainsi dans la gloire éternelle, gloire éternelle qui sera pour nous nous comme ces beaux souvenirs d'enfance inaltérables et à jamais inscrits dans notre cœur. Sachons retrouver cette voie d'enfance spirituelle.
AMEN