ENTENDRE, ÉCOUTER ET LIRE

2 Tm 3, 14-17 ; Lc 24, 44-49
St Jérôme - (30 septembre 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, quand Jésus ressuscité apparaît une dernière fois à ses disciples, au moment où il va les envoyer en mission, selon le texte de saint Luc que nous venons d'entendre, le cadeau par excellence que Jésus fait à ses disciples, c'est d'ouvrir leur esprit à l'intelligence des Écritures pour qu'ils puissent comprendre que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts, et que ceci est le sens profond de cette Loi de Moïse, des prophètes et des psaumes.

Ouvrir son esprit à l'intelligence des Écritures, c'est le legs majeur que Jésus a fait à son Église. C'est pourquoi saint Paul peut dire à Timothée comme nous l'entendions tout à l'heure : "Toute Écriture (entendez toute parole de la Bible), est inspirée par Dieu, utile pour enseigner réfuter, redresser, former à la justice. Ainsi l'homme de Dieu se trouve-t-il accompli, équipé pour toute œuvre bonne".

Cette nécessité primordiale d'entendre, d'écouter, de lire la Parole de Dieu, personne ne l'a vécu plus intensément et plus totalement que saint Jérôme. On peut dire que toute sa vie a été remplie par cette unique passion, de lire, de pénétrer, de méditer, de transmettre, de communiquer la Parole de Dieu. C'est à saint Jérôme que nous devons d'avoir une traduction intégrale de la Bible en langue latine, c'était la langue de l'époque, une traduction qu'il a faite directement sur l'hébreu, bien sûr pour ce qui est de l'Ancien Testament, le Nouveau ayant été écrit en grec. Il a voulu remonter à l'original, en tout cas à ce qui pouvait s'approcher le plus de l'original de la Parole de Dieu, pour pouvoir la rendre accessible à tous, pour une traduction dans la langue de l'époque. Il a usé ses yeux et son temps, sa vie, à cette traduction minutieuse dans laquelle il a essayé de rendre aussi parfaitement que possible le sens de l'original. Il ne s'est pas contenté de traduire la Bible, il a aussi commenté, présenté et expliqué son choix de tel ou tel mot pour traduire l'hébreu ou le grec en latin.

Deux réflexions que je vous livre. D'abord, rendons grâces à Dieu de nous avoir donné saint Jérôme. Il n'est pas tout à fait le seul d'ailleurs, mais de nous avoir donné ces hommes passionnés par la Parole de Dieu et qui ont su la transmettre, la communiquer. La deuxième réflexion, c'est : ne soyons pas paresseux devant un tel cadeau. Il y a trop de chrétiens qui ne fréquentent pas la Bible, qui en ont peur, qui la trouvent difficile, qui ne se donnent pas la peine de la pénétrer. Or, ne nous faisons pas d'illusion, il n'y a pas d'autre source de notre foi que l'Écriture. C'est en lisant, en ruminant, en méditant, en essayant de comprendre, en creusant les endroits plus difficiles, en lisant incessamment la Bible que nous pouvons nous nourrir profondément de la révélation de Dieu.

Nous serons sans doute aussi croyants, mais un peu comme les chrétiens qui ont la foi du charbonnier, c'est-à-dire nous admettrons les vérités de la foi quand on nous les dit mais sans avoir essayé d'en saisir le suc, la signification profonde, la justification interne.

Frères et sœurs, je crois qu'on ne saurait trop conseiller à tous les chrétiens de se nourrir de la Parole de Dieu, surtout dans un monde comme le nôtre qui est de moins en moins chrétien et où il faut que les chrétiens soient capables de rendre compte de leur foi, d'expliquer la révélation de Dieu à ceux qui ne la connaissent pas. Les chrétiens comme vous n'ont pas à renvoyer leurs interlocuteurs à des prêtres qui seraient seuls compétents, nous devons tous être capables de dire notre foi.

Que saint Jérôme nous aide dans cet effort qui est tout à fait essentiel, et qui est probablement une des priorités de l'Église de notre temps.

 

AMEN