CREUSER DANS LA PAROLE

Is 66, 10-14 c ; Mt 18, 1-4
St Jérôme - (30 septembre 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

S

aint Jérôme que nous fêtons aujourd'hui est un littéraire, sans doute un littéraire même sur-doué, quelqu'un qui a su se passionner pour toute la rhétorique, toute l'Écriture. C'est un homme qui est passionné par la langue, c'est un homme qui a utilisé, qui a jonglé avec toutes les différentes manières de parler, de s'adresser, de redresser, d'instruire. C'est un homme qui va passer de la langue à la parole, même si enfant de chrétien, il a été baptisé à dix-huit ans, il a toujours été chrétien, mais il va chercher de plus en plus dans la Parole à creuser le mystère du Christ.

Littéraire, il sera après des essais de vie comme anachorète, comme ermite, il reviendra au service du pape Damase comme secrétaire, qui lui confiera la révision des textes de l'évangile en latin, et ensuite, il voudra creuser plus profond et il voudra comme beaucoup de nos contemporains, aller directement à la source. Il se chargera pendant trente ans de sa vie de traduire la Bible, mais à partir de l'hébreu, il va reprendre le texte originel pour retrouver le goût, c'est cette fameuse Vulgate, cette fameuse Bible de saint Jérôme. En ayant appris l'hébreu, il va petit à petit repartir de l'hébreu. A travers cela, lui le littéraire, il a le goût des langues, mais il a voulu surtout retrouver le goût de la Parole. Beaucoup aujourd'hui, s'intéressent plus à la langue qu'à la Parole, dans tous les différents fondamentalismes que l'on peut voir. Par exemple, on ne peut pas traduire le coran, en principe, on s'attache tellement à la lettre que l'on oublie la Parole qui est derrière.

Aujourd'hui aussi, le risque est grand, après des tentatives de rationalisme, d'avoir oublié cette Parole pour la codifier, pour en faire simplement des essais de recherche scientifique. Aujourd'hui, le risque serait de tomber dans un autre excès, et au nom d'une sorte de spiritualisme, d'aller piquer dans la Parole, suivant un peu notre humeur, pour y chercher des consolations de la part du Seigneur, pour y chercher quelque chose, mais dans un direct, une sorte d'immédiateté. Ce n'est pas du tout cela que nous apprend saint Jérôme. Quand il traduit l'Écriture, ce n'est pas pour s'arrêter à un verset pour sa petite consolation personnelle, mais c'est un travail d'Église, c'est quelque chose qui va saisir l'ensemble de la Parole, qui va saisir la Parole dans toute une Alliance, dans toute une trajectoire. Il ne veut pas simplement traduire le Nouveau Testament, il veut repartir des Septante, retraduire aussi l'Ancien Testament, remonter au plus profond.

Demandons à saint Jérôme de lire cette Parole dans toute la tradition de l'Église, de ne pas grappiller dans la Parole. On pourrait se faire illusion, ce serait chercher simplement de faux remèdes à une vie spirituelle qui ne prend pas le temps de creuser cette Parole, chose que n'a jamais fait saint Jérôme. Entrons dans cette Parole, contemplons-la, ruminons-la, désirons-la, ne nous arrêtons pas à la langue, mais creusons au plus profond pour y trouver la source.

 

 

AMEN