LA PAROLE EST PRÉSENCE DE DIEU

2 Tm 3, 14-17 ; Jn 1, 47-51
St Jérôme - (30 septembre 2000)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

S

aint Jérôme est né en Dalmatie, l'actuelle You­goslavie. Il naît dans une famille aisée, est envoyé faire ses études littéraires à Rome et voyagera jusqu'à Trêves et gagnera la Syrie où il va s'adonner à la vie érémitique. Ce jeune moine est rempli de dons linguistiques, c'est pourquoi il est convoqué à Constantinople pour traduire des oeuvres de Pères de l'Église, notamment Origène et Eusèbe de Césarée. Il accompagne l'évêque d'Antioche en 382 à Rome, et là il est remarqué par le Pape Damase qui en fait son secrétaire. C'est là qu'il va réaliser la traduc­tion de la Bible, la Vulgate, en latin. Il entre dans l'amitié des grandes dames et fonde pour elles des cercles bibliques. Son caractère "entier" et sa science scrupuleuse font aussi bien des inimitiés autour de sa personne, et dès la mort de Damase, Jérôme doit par­tir vers la Terre Sainte, où des membres de ses grou­pes bibliques le suivent avec enthousiasme. Là, Jé­rôme redécouvre cette vie monastique qui est à l'ori­gine et il se fixe à Bethléem, il fonde même un mo­nastère et devient supérieur de moniales. C'est pres­qu'un moine apostolique. Je me renseignerai auprès des autorités pour demander pourquoi il ne fait pas partie des figures tutélaires du monachisme apostoli­que.

Peut-être est-ce en raison de son très mauvais caractère, je crois qu'on vous l'a souvent répété, il a une plume acérée, il n'envoie pas dire ce qu'il pense, traitant son proche ennemi à chaque fois d'imbécile et le lui faisant savoir sans pitié. Mais Jérôme est saint parce qu'il a traduit la Bible. S'il suffit de traduire la Bible pour être saint, on pourrait peut-être s'exercer à étudier une langue très peu connue et nous aurions la garantie de la sainteté. Je crois que cela va plus loin.

C'est une question importante qui se pose lors de la traduction de la Bible. Pourquoi ? En raison de la conception qu'on peut avoir de la Bible comme d'un élément d'un caractère sacré par rapport à la foi ou à la religion. Vous le savez, aujourd'hui encore, le Co­ran est intraduisible, si vous voulez avoir accès au Coran il vous faut donc apprendre la langue dans la­quelle il a été écrit, parce que le Coran a été donné tel quel de la main de Dieu, il descend et est reçu par Mahomet et il est ensuite diffusé mais dans la langue, et rien ne peut être changé. En revanche, la Bible, je vais peut-être vous choquer, la Bible n'est pas à pro­prement parler un livre sacré, en ce sens que le sacré consisterait en une telle séparation d'avec le profane, tout ce qui ne concerne pas le religieux, que la Bible serait donc intouchable et intangible. Saint Jérôme trouve au contraire qu'on peut traduire la Bible, et il le fait. Traduire en latin ... peut-être que dans vos es­prits, le latin pour vous justement demeure une langue sacrée. Or, il faut savoir que le latin à l'époque est la langue que tout le monde comprend à peu près, avant c'était le grec, puis le latin a suivi, un peu comme l'anglais aujourd'hui. Les gens n'ont pas accès forcé­ment à la lecture de la Parole de Dieu et c'est pour cette raison que les grands changements liturgiques vont être notamment des changements de langue, d'abord par la traduction de la Bible, et même lorsque le pape Damase autorisera que l'on passe au niveau de la liturgie de la langue grecque à la langue latine, et cela a fait autant de foin que lors du passage du latin à la langue vernaculaire, pour la France, le français, et pour les autres pays, leur langue courante. Ce qui signifie une chose importante : c'est dans l'ordre de la théologie, c'est la manifestation que nous sommes bien dans une religion révélée qui admet que Dieu puisse être si proche de nous qu'Il s'incarne dans la particularité de ce que nous vivons et de ce que nous sommes. Ce qui donc est important, c'est cette proxi­mité, cette Incarnation perpétuée et continuée du Christ dans la vie des hommes et leur quotidien. Si Dieu s'est fait proche, c'est pour que nous puissions avoir communion et communication directement avec Lui. Tout ce qui favorise cette communication et cette Incarnation poursuivie nous fait vivre pleinement dans la foi d'un Dieu qui se révèle. Ce que nous avons entendu dans l'évangile est important, puisque le Christ n'a jamais écrit les évangiles, et Il ne dit même pas qu'il faut les écrire, Il transmet sa Parole et Il dit : "Je vous ouvre l'intelligence aux Ecritures, voyez comment elles se sont accomplies parfaitement dans ma personne." Il suffit d'avoir la personne de Jésus pour avoir les Écritures, c'est sa personne à Lui qui est sacrée, sa Parole faite chair, Parole et Écritures ac­complies. Non seulement, Il nous ouvre à l'intelli­gence des Écritures, mais Il donne la force d'en haut. Et ensuite, Il envoie ses apôtres pour faire de toutes les nations, des disciples. Chaque homme qui reçoit cette Parole de Dieu, convertissant son cœur, devient lui-même comme une propre écriture de la Parole de Dieu. Nous sommes grâce à notre baptême des bibles ouvertes pour tous les autres hommes qui seraient prêts eux aussi à accueillir cette Parole de Dieu. Il n'empêche qu'on honorera le livre des évangiles en chantant Alleluia, ou qu'on embrassera la Parole de Dieu, mais ce qui est fondamental, c'est que d'abord, il s'agit de la liturgie de la Parole, ce n'est pas la litur­gie du Livre, et la liturgie de la Parole, c'est l'écoute de cette Parole transmise par les hommes, les servi­teurs d'aujourd'hui, au peuple réuni pour être avec le Seigneur : "Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, Je suis au milieu d'eux". Cette Parole reçue, entendue et proclamée, ce n'est pas avec un livre qu'on va sortir de la Messe pour aller ensuite conver­tir, mais c'est avec le cœur converti, l'esprit ouvert à l'intelligence des Écritures, et ayant reçu la commu­nion, communication la plus extrême de cette Parole faite chair, qui fait de nous de vrais missionnaires, et donc, à l'image de saint Jérôme, quelque part ... de vrais saints !

 

AMEN