LE PASSIONNÉ DE LA PAROLE

2 Tm 3, 14-17 ; Lc 24, 44-49
St Jérôme - (30 septembre 1998)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Walcourt : Saint Jérôme

 

F

rères et sœurs, je voudrais vous dire quelques mots sur la sainteté. Pour nous, dans la chré­tienté qui est la nôtre, et il en est ainsi depuis au moins la renaissance, depuis l'âge du triomphe de la subjectivité, la sainteté, c'est ou bien une affaire de piété, d'être bien gentil sous tous les rapports, doux, humble, aimable, ou bien une affaire de miracle, d'avoir guéri des malades, des infirmes, etc...

Alors, sous ce rapport, saint Jérôme dont nous faisons mémoire aujourd'hui n'a aucune raison d'être considéré comme un saint, parce qu'on vous l'a déjà dit, il avait à peu près tous les défauts possibles, saint Jérôme était assez insupportable de caractère, il a été odieux avec son collègue Ruffin, parce qu'ils traduisaient les mêmes textes, ils se disputaient sur la façon de les traduire et sur l'importance qu'avait Ori­gène dans l'histoire de l'Église. Il est allé à Bethléem et il a mis la pagaille dans les moines de Palestine avec l'évêque de Jérusalem. Il est allé donc en Orient, et il a manqué de jugement comme ce n'est pas possi­ble en soutenant le mauvais candidat au Patriarcat d'Antioche. Saint Jérôme n'est pas un exemple de quelqu'un de bien gentil, de quelqu'un qui fait des choses tout à fait charitables.

Pourquoi saint Jérôme est-il saint ? Parce qu'il a aimé passionnément la Parole de Dieu. Autrement dit, ce qui comptait quand on pensait à la sainteté autrefois, ce n'était pas d'être une gentille image de vitrail, mais c'était d'avoir dans son cœur une grande passion. Une grande passion pour Dieu.

La passion de saint Jérôme pour Dieu, et il n'a vécu que pour cela, était une passion qui s'est concentrée sur la Parole de Dieu. Il n'a vécu que pour lire, méditer, traduire, étudier, faire connaître vrai­ment la Parole de Dieu. Sans cesse, il s'y est penché, apprenant l'hébreu pour pouvoir aller jusqu'à la racine de cette Parole, il ne voulait pas se contenter des tra­ductions que d'autres avaient faites avant lui, plus ou moins bien, il a refait, patiemment, verset par verset, phrase par phrase, mot par mot, toute cette traduction et il nous a laissé un des plus grands monuments de l'antiquité chrétienne, avec ce qu'on appelle la Vul­gate, c'est-à-dire, la traduction commune, courante, dans l'Église.

Depuis on a fait des progrès, certes, mais, dans la même ligne que lui, en s'appuyant sur des connaissances scientifiques, en raffinant sur les connaissances historiques, en découvrant de nouveaux documents, mais les exégètes d'aujourd'hui qui se passionnent pour essayer de nous donner une tra­duction adéquate de la Parole de Dieu, ne font rien d'autre que ce que saint Jérôme a inventé, c'est-à-dire des méthodes dont la rigueur ne vient pas simplement d'une force d'esprit, mais bien du cœur. C'est parce qu'il aimait à la folie cette Parole de Dieu que saint Jérôme est allé jusque dans les recoins les plus secrets de cette Parole, pour en discerner le sens, pour faire éclater la lumière, pour en répandre la splendeur.

Voilà pourquoi saint Jérôme est saint, il est saint parce qu'il a été habité par cette passion alors qu'à côté de cela il ait égratigné Pierre et Paul, qu'il ait été plus ou moins bien avisé dans ses choix, et ses jugements des personnes, je dirais, c'est dommage, mais de fait, dans les évènements, cela n'a pas toujours été la gloire, mais, ça n'a aucune importance, ce n'est pas ça qui compte. Ce qui compte, c'est ce qui faisait vivre ce cœur, alors si nous voulons invoquer ça selon la tradition la plus authentique de l'Église, ne nous transformons pas en brebis bêlantes, gentilles mais inefficaces, soyons animés par un grand amour de Dieu, de la Parole de Dieu, comme Jérôme, de l'Église, des sacrements, des saints qui entourent le Seigneur, de tous les mystères de la foi. Que ceux-ci nous pénètrent, nous dévorent le cœur.

Nous disions, il y a quelques jours de Jéré­mie, qui parle lui aussi de cette Parole de Dieu, et dont il a énormément souffert parce que cela lui a mis à dos tous ses contemporains, mais Jérémie disait : "Quand ta Parole se présentait, je la dévorais !"

Si nous voulons être des saints, que nous dévorions cette Parole de Dieu, que nous en ayons faim, qu'elle soit pour nous une nourriture indispensable, que nous n'ayons de cesse de nous en rapprocher toujours davantage pour en vivre, et alors, nous serons des saints à la manière de Saint Jérôme, et non pas seulement à la manière d'une image d'Epinal.

 

 

AMEN