LE MAUVAIS CARACTÈRE N'EMPÊCHE PAS LA SAINTETÉ
2 Tm 3, 14-17 ; Lc 24, 44-49
St Jérôme - (30 septembre 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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our la fête de saint Jérôme, il serait tout naturel de vous parler de l'Écriture dont il a été le grand traducteur et commentateur. On pourrait aussi parler du mauvais caractère de ce saint car il est légendaire et que beaucoup de ses contemporains, soit des intellectuels qui n'avaient pas la même opinion, soit d'autres personnes dont l'imbécillité l'exaspérait, ont reçu de sa part des paroles blessantes. Je voudrais cerner par un autre biais la personnalité de saint Jérôme. Il me semble qu'il y a deux aspects qui expliquent un peu son caractère.
Le premier trait est que saint Jérôme était un travailleur acharné. De sa jeunesse à sa vieillesse il a consacré tout son temps à un labeur considérable, sans cesse repris. Il a traduit avec les moyens de l'époque qui étaient moins perfectionnés que ceux d'aujourd'hui toute la Bible, et plusieurs fois, sur le grec puis sur l'hébreu. Il a lu toutes les autres traductions et commentaires. Il a lui-même commenté exégétiquement et spirituellement tous les textes de l'Ecriture. C'est un travail sans fin, sans cesse remis sur le chantier. Saint Jérôme était un homme infatigable. Cela est très important car, dans le royaume de Dieu, il ne faut pas que nous soyons des oisifs, de simples consommateurs qui reçoivent le fruit du labeur des autres. Le royaume de Dieu se conquiert par la lutte, par un travail, par un labeur. Le labeur est le signe, la manifestation d'un amour passionné. Si saint Jérôme a travaillé avec autant d'ardeur et de persévérance, c'est parce qu'il aimait passionnément la Parole de Dieu et donc Dieu Lui-même. Et c'est cela le secret de son travail acharné.
Le deuxième trait de la personnalité de saint Jérôme c'est sa spontanéité. S'il était si insupportable c'est qu'il disait tout ce qu'il avait sur le cœur et tout ce qui lui passait par la tête. Il ne passait pas son temps à finasser, à émettre des réserves, à user de diplomatie, à biaiser ou à cacher ses sentiments. Il était tout d'une pièce avec les inconvénients de cette spontanéité, mais aussi avec l'immense avantage de quelqu'un qui ignorait ce que peut être la duplicité, le mensonge, la réserve au sens où l'on ne se donne pas mais où l'on se garde en réserve. Saint Jérôme vivait totalement dans l'activité qui était la sienne. et cela aussi est le fruit de la passion. Si saint Jérôme était si spontané c'est qu'il adhérait de tout son être, de tout son cœur, de tout lui-même à cette Parole de Dieu dont il était entièrement pris, saisi. Il n'avait pas le temps de se donner du recul par rapport à elle. C'est pourquoi tout ce qui touchait à la Parole de Dieu lui tenait tellement à cœur qu'il prenait feu et flamme immédiatement pour cela.
Je crois que, vu sous cet angle, le mauvais caractère de saint Jérôme comme aussi son travail d'exégète, est pour nous d'une grande signification. Il faudrait que nous soyons nous aussi passionnés de Dieu et passionnés de la Parole de Dieu, précisément parce qu'elle est l'expression du mystère de Dieu, parce qu'elle est l'expression de ce Dieu s'adressant à nous. Et si cette passion de la Parole de Dieu peut entraîner, ici ou là quelques excès de spontanéité un peu débordante le bénéfice premier de cette flamme l'emporterait sur les inconvénients. Nous sommes un peu tièdes, désabusés, paresseux, nous sommes un peu lents et lourds, nous manquons de cet enthousiasme qui devrait nous saisir tout entiers l'esprit, le cœur, le corps à cause de la Parole de Dieu.
Alors, sans lui ressembler totalement, nous pourrions peut-être demander à saint Jérôme de nous communiquer quelque chose de cette flamme qui l'habitait, de cette passion qui le dévorait, quelque chose qui puisse, tout au long de notre vie et jusqu'au dernier jour, nous tenir en haleine, nous tenir en émoi par cette présence de Dieu, par cette Parole de Dieu. Que saint Jérôme intercède pour nous afin que nous soyons des êtres de feu des êtres de flamme et non des êtres de lenteur et de langueur. Que le Seigneur Jésus soit Lui-même notre flamme et notre passion.
AMEN