LES ANGES
Ap 12, 7-12 a ; Jn 1, 47-51
SS. Michel, Gabriel et Raphaël - (29 septembre 1980)
Homélie du Frère Michel MORIN

Mussy-Sur-Seine : église Saint Pierre
Archange Saint Michel
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i la révélation de Dieu, dans la Bible nous apprend le nom de trois anges, trois archanges, Gabriel, Raphaël et Michel, c'est pour que nous puissions les rencontrer, c'est pour que nous puissions les fréquenter et les aimer tels qu'ils sont pour Dieu, et surtout aussi tels qu'ils sont pour nous.
Mais ce n'est pas simple de connaître, de rencontrer un être invisible, matériels que nous sommes, toujours attirés par ce qui se voit, par ce qui brille, par ce qui attire. Les artistes, les poètes, les peintres, les sculpteurs, ceux qui ont une vision du monde plus spirituelle que nous, ceux dont les yeux s'ouvrent plus facilement vers la face interne des choses et des êtres, peuvent peut-être nous aider à découvrir le visage de ces êtres mystérieux et cependant si proches de nous.
Dante, le poète florentin, décrit les archanges comme des êtres spirituels qui sont des flammes brillantes, hautes et pures, qui dansent en cercle autour de Dieu, dans une ronde infernale de lumière, de beauté et de couleur. Et c'est vrai ! Les anges sont ces êtres spirituels qui n'ont d'yeux que pour Dieu, qui ne regardent rien d'autre que la beauté de Dieu, qui servent sa gloire, justement, en l'admirant et en se réjouissant du visage de Dieu.
Au quatrième siècle, l'ange, l'archange est plus facilement représenté à la façon des victoires antiques. C'est ainsi qu'on le découvre dans la mosaïque de Sainte Marie Majeure. Toutes ailes déployées, il a cette allure un peu guerrière de celui qui revient triomphant de la victoire. Et c'est vrai ! L'ange est celui qui a su combattre le mal, qui a su être plus puissant que les forces du mal, celui qui est vainqueur du dragon, comme le représente l'archange Michel.
Mais aussi, nous pouvons admirer l'archange dans la petite chapelle de Saint Zénon, dans l'église de Sainte Praxède à Rome. Et là, l'ange a les ailes ployées, les ailes fermées sur lui-même. Il est grand, revêtu d'une tunique blanche et un bandeau doré retient ses cheveux noirs. Son allure est frappante par cette majesté, par cette gravité un peu hiératique qui sied bien aux ambassadeurs, qui sied bien à ceux qui sont envoyés de la part d'un personnage important, pour révéler, pour annoncer des choses essentielles. C'est probablement ainsi que l'a rencontré Tobie, lorsque, cherchant un compagnon pour son voyage, il a rencontré l'archange Raphaël, sans savoir que c'était lui, parce que les archanges sont assez simples pour cacher d'abord ce qu'ils sont vraiment, car ils ne cherchent pas à épater ceux qu'ils rencontrent.
Et puis, peut-être un peu plus proches de nous, il y a ces visages d'anges, dans nos sculptures romanes, en haut de nos chapiteaux, sur les voussures ou dans les tympans de nos églises, de nos cathédrales. Ils sont là pour accueillir ceux qui viennent au sanctuaire, les accueillir dans la joie de la liturgie qui va commencer, comme cet ange aux mains élevées vers le ciel, et qui sautille, sculpté dans la pierre du portail de la basilique de Vézelay. Ils sont là aussi, proches des hommes toujours un peu plus grands qu'eux dans leurs sculptures, car ils nous conduisent vers quelque chose qui est beaucoup plus grand que nous, c'est la gloire de Dieu. Et cette gloire de Dieu, ils nous y feront entrer, car ils sont là à tenir le fléau de la balance pour juger les vivants et les morts. Ils nous accueilleront avec ces visages que nous retrouverons tels que les artistes les ont laissés dans la pierre, visages fins et graves, visages souriants, d'un sourire où pointe un peu la malice, car les anges ont une finesse et une intelligence qui leur donne de comprendre, très vite, les choses que nous, nous comprenons si difficilement et si lentement. Les anges ont ce visage de finesse, presque transparente, ce visage aux traits rapides et séduisants, habillés d'une robe presque irréelle, et vous vous souvenez facilement de l'archange Gabriel de la fameuse peinture de Fra Angelico. Irréels et pourtant visibles, ils viennent nous apprendre, comme Gabriel le jour de l'Annonciation, que notre monde matériel va être rendu spirituel, que Dieu va venir dans la chair.
Ainsi, frères et sœurs, tant dans l'Ancien Testament que dans le temps de l'Église, à travers la peinture, la sculpture ou la poésie, les Anges font partie de notre monde. Ils sont beaucoup plus proches de nous que nous ne le pensons. Ils nous accompagnent de leur incessante tendresse, et ce n'est qu'à la fin des temps, lorsque nous les verrons descendre et monter au-dessus du Fils de l'Homme, que nous découvrirons, avec étonnement et émerveillement, tout ce qu'ils auront permis, toute la paix qu'ils nous auront donnée, toute la joie qu'ils auront déversée dans notre cœur, toutes les guérisons qu'ils auront aidé à faire dans notre vie, tous les pardons qu'ils nous auront peut-être obtenus, car nous ne savons pas suffisamment demander ce pardon.
Frères et sœurs, ce monde invisible, nous en faisons déjà partie, dans la mesure où nous l'accueillons, dans la mesure où nous le cherchons. Et les anges de Dieu sont continuellement à la recherche des hommes pour les conduire vers Dieu, pour leur annoncer la présence au milieu de notre monde visible et matériel.
Que, pendant cette eucharistie, nous unissions notre louange au chant des anges, dont saint Augustin nous dit qu'ils participent à l'eucharistie, autour de l'autel. Nous ne les verrons pas, mais ils y seront et ils demanderont que, par leur intercession, par leur prière, nous puissions devenir comme eux, un peu plus assoiffés de contempler le visage de Dieu, un peu plus assoiffés de le manifester aux hommes de ce temps.
AMEN