QUI EST COMME DIEU
Ap 12, 7-12 a ; Jn 1, 47-51
SS. Michel, Gabriel et Raphaël - (29 septembre 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

Saint Flour : Saint Michel vainqueur du démon
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epuis le jour où les portes du paradis se sont ouvertes laissant partir Adam et Eve séduits par le démon, par le serpent, cette porte qui est désormais gardée par deux séraphins à l'épée de flamme, depuis ce jour jusqu'au jour où Michel, terrassant le dragon manifeste que désormais ces portes restent toujours ouvertes mais que le séraphin les garde non plus pour en défendre l'entrée, mais au contraire pour en élargir l'entrée, afin que tous les descendants, tous les fils de l'humanité puissent revenir en ce lieu que Dieu leur avait d'abord destiné, depuis tout ce temps les anges et les archanges sont extrêmement présents, extrêmement actifs dans toute l'histoire du salut.
Dans l'histoire de la révélation d'abord, telle que nous la rapporte toute l'Écriture, mais aussi après. Ce n'est pas nécessaire de rappeler tous les évènements extrêmement nombreux où les anges se manifestent, où les archanges viennent annoncer d'une façon ou d'une autre que les promesses faites au premier jour se réaliseront et que les hommes, malgré leurs péchés, seront pardonnés. La présence des Anges est aussi extrêmement importante dans les textes de la première Église, de la primitive Église. Les Pères de l'Église, jusqu'au cinquième, sixième siècle en ont beaucoup parlé. C'est certain qu'aujourd'hui on en parle très peu. C'est peut-être mieux car les anges, ces créatures sont extrêmement discrets, alors laissons-leur cette discrétion pour qu'ils puissent agir avec efficacité et avec fécondité, car c'est évident que, si on n'en parle pas, eux-mêmes continuent d'agir. Ils n'ont pas besoin de notre publicité.
Le texte que nous venons de lire, dans l'évangile de Saint Jean, nous révèle deux choses. D'abord, après le premier étonnement de Nathanaël, qui constate que Jésus, que Dieu l'a vu, il est appelé lui-même, et tous les disciples et nous aussi à un second étonnement bien plus merveilleux, c'est que, après que Jésus nous ait vu, nous le verrons. Que Dieu nous voie, j'allais dire, c'est normal et naturel, mais que nous, un jour, nous puissions voir Dieu, cela n'est pas dans notre nature de pécheurs, dans notre nature touchée par le mal et qui est, en fait, destinée à la mort. Le Seigneur révèle cela par le signe de l'échelle : "Tu verras le ciel ouvert, c'est-à-dire tu verras Dieu, tu verras les anges monter et descendre entre le ciel et la terre." Qu'est-ce que cela signifie ? Et bien que les anges, et spécialement les archanges, que nous fêtons en ce jour, sont tout particulièrement des intercesseurs. Nous ne savons pas très bien ce qu'ils sont dans leur être, dans leur nature de créatures spirituelles et invisibles, mais la révélation nous en dit suffisamment sur leur fonction, sur leur mission, sur leur action. Or comme ce sont des créatures qui ne sont pas touchées par le péché, donc qui ne sont pas divisées entre elles, qui ne connaissent pas cette dualité entre l'être et l'action, quand nous savons ce qu'ils font, nous comprenons aussi ce qu'ils sont. Et parmi la multitudes des anges dont nous ne connaissons pas les noms, Dieu a eu la délicatesse de nous révéler trois de ces noms. Ainsi, à partir de ces noms qui non seulement définissent, donnent une identité, nous savons également ce que sont ces anges et ce qu'ils font. Ces anges, ces archanges sont des intercesseurs. Intercéder signifie aller et venir, monter et descendre. Ce n'est pas quelque chose de passif. Ce n'est pas une sorte de diplomatie vague. C'est une activité, c'est un mouvement, c'est une fécondité. L'intercession des archanges, entre Dieu et nous, manifeste cette proximité de Dieu entre son mystère et notre péché, notre création matérielle.
Michel, dont le nom signifie : "Qui est comme Dieu ?" intercède sans cesse auprès de la gloire de Dieu, lui qui est si proche des hommes puisqu'il vit dans leur propre combat, il intercède pour que, petit à petit, nous puissions devenir comme Dieu, pour que cette ressemblance, à laquelle nous avons été créés, puisse se réaliser en notre propre cœur et un jour dans notre propre chair aujourd'hui touchée, déformée par le péché.
Raphaël, l'ange de la guérison, guérison du corps lorsqu'il guérit le père de Tobie de la cécité, guérison aussi du cœur et de l'esprit, lorsqu'il chasse de la vie de Sara, l'épouse de Tobie, le démon Asmodée qui ne cesse de la tracasser, en faisant mourir ses maris successifs. Raphaël celui qui discrètement, parce qu'on ne sait pas qu'il est là et qu'il nous accompagne, vient nous guérir de nos maux et de nos maladies.
Gabriel qui est le héraut de Dieu, c'est-à-dire celui qui vient annoncer les victoires de Dieu, c'est l'archange que Dieu envoie continuellement pour annoncer aux hommes que l'histoire du salut va devenir vraiment événementielle, que Dieu va habiter son peuple, pas simplement à travers l'arche de l'Alliance, pas simplement à travers une présence dans la nuée, mais Dieu va habiter son peuple dans la chair même de son peuple, justement pour sauver la chair de son peuple et avec elle, l'humanité tout entière.
Vous voyez que l'intercession des archanges est essentiellement une intercession contre les forces du mal qui, sans cesse, nous attaquent, contre ce serpent qui sans cesse nous séduit, contre ce dragon qui sans cesse veut nous prendre dans son filet pour nous détourner de la face de Dieu, cette face de Dieu qu'Il a lui-même refusée au moment de sa faute, au moment de son détournement et de son péché.
Au cours de cette eucharistie, nous prierons ces grands archanges Michel, Gabriel et Raphaël pour qu'aujourd'hui encore, non pas qu'ils agissent davantage, parce qu'ils le font, mais que nous ayons le sentiment, le pressentiment, la certitude de leur présence au cœur même de notre vie, au cœur même du monde, ce monde et ces vies qui sont difficiles, qui sont dures, qui sont souvent plus ténébreuses que lumineuses, ce monde ou, souvent, le ciel nous paraît fermé, où Dieu nous paraît silencieux, où nous nous sentons parfois abandonnés. La fête de ces trois archanges nous rappelle que, sans cesse, Dieu tient ses promesses, même si de nos yeux de chair nous ne le constatons pas encore. Mais un jour viendra où nous verrons le ciel ouvert et où, comme le dit l'office des morts, les anges nous emporteront au Royaume de Dieu pour qu'avec eux nous puissions chanter l'inlassable louange de son incessante miséricorde pour les hommes.
AMEN