MONDE INVISIBLE ET TELLEMENT PRÉSENT A L'HOMME

Ap 12, 7-12 a ; Jn 1, 47-51
SS. Michel, Gabriel et Raphaël - (29 septembre 2005)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Serrabone : Ange à l'encensoir

C

ontrairement à la récupération infantile qu'on a fait des anges, et même des archanges, ils ont une fonction très importante dans la compréhension de la révélation de ce qu'est Dieu. Premièrement d'abord, ils nous aident à mesurer la distance qui nous sépare de Dieu. Ils servent la transcendance. Ce sont pour l'instant, les seuls qui peuvent, moyennant grandes précautions, accéder à la face de Dieu. La condition même des anges leur permet, mais encore le font-ils de manière très voilée, de pénétrer au sens propre du terme, la gloire de Dieu. Nous-mêmes, si nous étions projetés maintenant dans la gloire de Dieu, nous serions réduits à un tas de cendres, nous ne pourrions pas supporter l'intensité de la majesté divine. Donc les anges, cet autre monde invisible et créé, nous sert à mesurer d'une part la distance immense qui nous sépare de Dieu. C'est pourquoi dans la révélation et dans l'Ancien Testament, et même dans le Nouveau Testament, dans l'Apocalypse, ils sont ceux qui sont prêts à comparaître devant la gloire de Dieu. Il y a une sorte de définition symbolique de la cour du ciel, et ils sont ces messagers, ces ambassadeurs qui sont prêts à comparaître devant l'immensité de Dieu. Ils s'en sortent indemnes, moyennant de s'être coiffés de leurs propres ailes pour éviter d'être brûlés à la lumière de Dieu. 

       C'est le premier point. En quelque sorte, ils nous indiquent que nous n'avons rien à voir avec Dieu. Ils indiquent cette distance radicale, quasiment immesurable pour le cœur de l'homme qui est ce qu'est Dieu, et ce qui est au bas de l'échelle, la créature que nous sommes, puisque nous sommes en dessous des anges. 

       Le deuxième point, en même temps, ils disent que bien que Dieu soit tellement différent des hommes, si transcendant, Il a pour les hommes un amour particulier, Dieu qui n'est pas exclusif dans l'amour qu'Il distribue, a un faible pour la créature que nous sommes. Il aime bien le fils aîné que sont les anges, mais il préfère largement dans son cœur de Père le futur fils que nous pouvons devenir, comme un papa qui envoie, distille un amour nouveau, inquiet, attentif sur la créature la plus fragile, le dernier-né de sa famille. C'est un peu comme cela que nous sommes vus. De cela les anges ne sont pas jaloux, sauf un. Ils  pourraient être jaloux puisqu'ils sont supérieurs, mais pas préférés. Il y en a un qui est absolument jaloux de cette histoire-là et il ne s'en remet pas d'ailleurs, et qui nous accuse, et je vais y venir, devant Dieu. Mais à part celui-là, les autres sont enchantés (c'est le cas de le dire), enthousiastes au sens propre du terme, de cette préférence que Dieu a pour les hommes. Et ils n'arrêtent pas d'envoyer à Dieu toute la vie, les messages, les événements de ces petites créatures que nous sommes, en en parlant comme si Dieu avait une louange propre et qu'il se réjouissait de la vie des hommes. Et puis, non seulement de la vie des hommes ils s'en réjouissent, mais aussi, ils font monter les demandes, l'intercession, eux seuls peuvent franchir la distance qui sépare l'homme de Dieu. Donc, c'est une fonction qui a l'air un peu rattrapée du paganisme, et en fait, elle est très utile dans la mesure que nous pouvons faire et de Dieu et de son amour pour nous. 

       Troisièmement, comme je le disais, il y a un jaloux dans cette histoire, il en faut bien un effectivement qui ne marche pas dans la cause. Tout aîné, ou soit se réjouit de l'amour que les parents portent au tout petit, ou il s'en trouve jaloux. Et il y en a un qui a de multiples noms, mais qui a décidé qu'il ferait tout pour nous discréditer aux yeux de Dieu, comme un aîné qui rapporterait les mauvaises actions du petit dernier en disant: tu as vu papa ce qu'il a fait encore le petit. C'est la version  humoristique et métaphorique. L'affaire est beaucoup plus grave en réalité. L'affaire, elle est l'enjeu même de la création. Et ce jaloux a comme politique première non pas de nous attaquer nous-mêmes, trop facile comme disent les enfants, ce serait trop facile de nous écraser, parce que ce qu'il vise ce n'est pas nous, c'est Dieu.  Donc, plutôt que de nous écraser et de nous soumettre à son pouvoir, il a comme optique fondamentale, comme obsession, de nous accuser devant Dieu. Dans le livre de Job, vous en avez un très bon exemple. Le Satan, le diviseur dit à Dieu : tu aimes beaucoup Job (en l'occurrence, l'homme, c'est une figure totale de l'homme), mais tu es dupe, parce que l'amour que cet homme te porte est très intéressé. Porte donc atteinte à sa fameuse et célébrissime intégrité, et tu verras qu'il va se retourner comme un gant et qu'il va se détourner de toi. C'est comme si l'aîné disait : oui, le petit, il t'aime, mais il préfère les bonbons et tout ce que tu lui donnes, ce qu'il reçoit. Or, Dieu a décidé en ce temps incroyable qui est le temps de la terre, de laisser une certaine marge à ce diable au temps fixé, non pas pour mettre l'homme à l'épreuve, mais pour qu'un combat soit mené contre cet envieux, contre ce jaloux suprême. Il devient d'ailleurs tellement jaloux qu'il devient meurtrier comme Caïn et Abel le racontent, puisque c'est une sorte de préfiguration du premier ange, peut-être de l'aîné même qui s'est retourné contre les hommes, donc, contre Dieu. 

       Il y a un temps de combat que Dieu tolère pour nous laisser libres. Seulement, Il ne  nous a pas laissés tout seuls dans le combat. Il a envoyé son premier-né, l'égal de Lui, pour que le premier-né, le Christ prenant chair, s'engage à nos côtés, pour mener ce combat contre le diable, contre celui qui nous en veut. Celui-là vient dire cet amour total, définitif, cet amour de préférence que Dieu a pour l'homme et il vient à nous, non pas de haut, mais à nos côtés, pour combattre avec nous celui qui veut nous discréditer aux yeux de Dieu. 

       Vous voyez que les anges et les archanges, indépendamment des hiérarchies et des décorations qui peuvent être posées sur leurs plumes, le fait est que contrairement aux apparences, et c'est d'ailleurs tout à fait copié du paganisme, toutes les religions ont toute une panoplie d'être suprêmes, d'êtres qui sont intermédiaires. La sorcellerie travaille aussi sur ce genre d'êtres. Mais l'Église a réduit ce matériau très archaïque des religions, pour en faire un service, une définition de ce qu'est Dieu lui-même, et  non seulement de ce qu'est Dieu, de sa transcendance, mais de ce que veut Dieu pour l'homme qui en même temps, lui ménage une liberté risquée. C'est ce risque qu'il a voulu courir, qu'il a bien voulu prendre pour manifester encore davantage l'intensité de sa préférence pour l'homme. 

       Nous sommes entourés des anges et des archanges. Nous n'entendons pas toujours le bruit des ailes, mais rassurons-nous, nous sommes précédés sans arrêt par le Satan, et par ceux qui nous disent et disent le bien, et sans arrêt vont comme sur une échelle, de bas en haut et de haut en bas, entre la gloire et notre humanité, et cette gloire un  jour, nous la recevrons en totalité avec eux. 

 

       AMEN