PRÉSENCE VOILÉE ET BIENVEILLANTE

Ap 12, 7-12 a ; Jn 1, 47-51
SS. Michel, Gabriel et Raphaël - (29 septembre 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Malines : Bannière de procession

L

es anges suscitent soit de la perplexité, soit de la fascination. Soit ils sont une sorte d'obstacle et ils obnubilent la piété, soit au contraire, on les élimine, craignant qu'ils ne fassent obstacle à la présence de Dieu à la réalité de la Trinité. Au fond, avec trois personnes, on a ce qu'il faut, ce n'est pas la peine de multiplier les intervenants, on a l'impression que nos dossiers vont se perdre dans l'administration angélique, et qu'il vaudrait mieux s'adresser directement au sommet de la pyramide. Il y en a qui n'osent pas encore s'adresser directement à Dieu le Père, et passent par le Fils ou s'inspirent de l'Esprit, mais, les anges ont l'air soit d'exercer cette fascination et on leur donne tout crédit, soit au contraire au contraire on aimerait mieux que ce soit une invention désuète, et il vaudrait mieux s'en débarrasser au pus tôt. 

       C'est une erreur profonde. La tradition biblique qui a toujours vénéré ces messagers, cette échelle qu'il y a invisiblement entre le ciel et la terre, sur laquelle, comme le Christ le dit dans l'évangile, reprenant d'ailleurs la vision de Jacob, les anges ne cessent de monter et de descendre. Les anges, créatures invisibles, qui font partie de cette création, sont la manière que Dieu a choisi pour se dire sans s'imposer. Autrement dit, c'est la proximité, c'est la manière d'être le plus proche possible de l'homme, sans l'écraser. C'est cette proximité voilée de Dieu. C'est une manière que Dieu a choisi pour se rendre présent en chacune de nos vies, en nous laissant pleine liberté. C'est l'articulation délicate qu'il y a entre l'intervention divine, et la possibilité à l'homme de ne pas la reconnaître ou de la demander. Il fallait une manière propre qui est de manifester cette sollicitation incessante, qui n'écrit pas à l'avance, mais qui en chaque instant réordonne tout au meilleur possible, pour que l'homme reste libre et devienne un partenaire à part entière, enthousiaste de l'amour de Dieu. C'est une subtile invention. 

       On aurait pu citer le texte du prophète Daniel dans la liturgie d'aujourd'hui. Les anges viennent au nom de Dieu, au nom de la Présence, assister chacun de nos pas, marcher avec nous. Dans Tobie, c'est quand le Père Tobie, au seuil de l'impasse de la mort dans laquelle il est, cherche un compagnon pour son fils, et qu'il l'envoie en-dehors de la maison de la mort dans laquelle il est, il trouve l'ange qui ne dévoilera d'ailleurs son identité qu'après coup, et c'est toujours pareil, sa fonction l'emporte sur son identité. C'est ce qu'on entendait hier soir dans le texte, il y une sorte d'activité angélique qui ne dit pas d'abord son nom, pour voiler la présence de Dieu sans pour autant la rendre inefficace. 

       Ainsi, l'ange ne sauve pas "de" la mort, mais il sauve "dans" la mort. Il ne nous sauve pas "du" faux-pas, mais il nous sauve "dans" le faux-pas. C'est pourquoi, dans l'épisode de la fournaise ardente, dans laquelle sont plongés Daniel et ses compagnons, on peut lire ceci : "L'ange du Seigneur descendit dans la fournaise, auprès d'Azarias et ses compagnons, il repoussa au-dehors la flamme du feu et leur souffla au milieu de la fournaise comme une fraîcheur de brise et de rosée, si bien que le feu ne les touchât aucunement, et ne leur causa ni douleur, ni angoisse". Ils sont dans la fournaise, et l'ange souffle sur eux une brise, "dans" la fournaise. Il ne les sort pas de la fournaise en leur évitant ainsi d'être brûlés, mais c'est au cœur même de cette fournaise, donc de la mort, que l'ange intervient pour aider à franchir l'épreuve de cette vie et de la mort. 

       On touche là une manière propre de Dieu, qui n'est pas de nous écarter les obstacles, ou d'aplanir les difficultés, mais d'y être présent avec nous. Au fond, les anges, c'est la manière de Dieu d'être présent en chacune de nos vies, secrètement, et c'est à nous, dans la prière et dans la foi d'en reconnaître la providence, d'en reconnaître la présence de Dieu, qui à chacun de nos pas nous assiste, nous accompagne pour nous mener à Lui. 

 

        AMEN