LES TÉMOINS DU MONDE INVISIBLE
Ap 12, 7-12 a ; Jn 1, 47-51
SS. Michel, Gabriel et Raphaël - (29 septembre 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

Maredsous : Anges reliquaire
|
I |
l y a du merveilleux dans la célébration des archanges aujourd'hui. Pourtant, j'aimerais voir avec vous non pas trois explications, mais trois signes de cette présence des anges avec nous. Or, il est vrai que cela fait partie de la révélation chrétienne. Le mot lui-même d'ange est une sorte de témoin de ce qu'ils sont : angelos, c'est l'envoyé. Ainsi la tradition chrétienne les voit-elle comme ceux qui sont comme un pont entre le ciel et la terre, une sorte d'arc-en-ciel multicolore qui permet de joindre ce qui semble nous dépasser : la divinité, et notre simple réalité humaine. Bien sûr, le système de nos représentations va tellement se développer que les anges ont quelque chose d'humain, une belle tête, avec une robe blanche, ou chez certains peintres italiens, des robes justement arc-en-ciel, avec aussi des ailes, signe qu'ils s'envolent vers le ciel, qu'ils ont quelque chose des étoiles, quelque chose du cosmos, de l'infini, de ce qui nous dépasse.
Ainsi, ils sont bien pour nous le signe d'une proximité de Dieu qui ne nous laisse pas seuls, Dieu qui envoie. Mais pourquoi finalement, Dieu a-t-Il aussi besoin des anges ? Lorsque, et c'est la deuxième explication, ou le deuxième témoin, nous confessons de manière très naturelle : "Je crois en un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible". Nous le disons presque de manière systématique, peut-être en ne nous rendant pas compte qu'une des premières choses que l'on confesse, c'est justement le monde invisible. Non seulement le fait que nous soyons réels, qu'il y ait du concret, qu'on puisse voir, toucher, entendre, mais il y a aussi un au-delà des sens, il y a au-delà du voir, du toucher, de l'entendre, il y a tout un monde invisible qui nous dépasse. Nous savons déjà que le vent ne laisse voir que son action, il est comme invisible, nous en percevons la fraîcheur éventuellement, le bruit dans les feuilles, le mouvement, mais nous ne l'attrapons pas il y a comme une sorte d'invisibilité déjà. Mais cela nous donne à peine la notion de ce que peut être le monde invisible. En Dieu, il y a un dépassement au-delà de la réalité et de la création.
Je suis déjà fasciné par le fait que l'on est encore en train de constater qu'il y a de nouvelles espèces d'insectes, même le monde visible est comme en perpétuelle croissance, on découvre toujours quelque chose de nouveau. Qu'en est-il alors, que peut-on penser de ce monde invisible encore plus grand que le visible ?
La troisième chose que j'aimerais dire, c'est celle que nous avons entendu dans l'Écriture, dans la première lecture. Il y a ce combat de l'archange Michel : "Qui est comme Dieu ?" dit-on, c'est le nom de Michel. C'est lui qui combat le mal, c'est lui qui combat le Satan, le démon. Il le combat pour ses frères les hommes, puisqu'ils sont accusés par le démon, par le Satan. Et l'Apocalypse dit : "Eux, ceux qui sont accusés ont lavé leur robe dans le sang de l'Agneau, et ils ont méprisé leur vie jusqu'à mourir". Une autre traduction dit aussi : "ils ont eu plus d'amour que pour eux-mêmes, ils sont allés jusqu'à la mort". Si Michel c'est "qui est comme Dieu", j'aimerais poser cette question : mais qui et comme Dieu aujourd'hui ? C'est chacun d'entre nous puisque grâce à notre baptême nous sommes enfants de Dieu, nous sommes appelés à être comme le dit la Genèse, "à l'image et à la ressemblance de Dieu". Donc, il y a bien une solidarité des anges avec les hommes parce que si il y en a au moins un dans le ciel "qui est comme Dieu ?", s'il y a au moins un Michel dans le ciel, il y a des milliards de Michel sur la terre, "qui est comme Dieu".
Comment sommes-nous ainsi solidaires, nous, de ces anges qui veulent être si proches, envoyés près de nous, proches et témoins de ce monde invisible ? Tout simplement en étant comme eux. Que ce ne soit pas l'amour de nous-mêmes qui prédomine, mais un tel amour qu'il est totalement orienté vers Dieu, qu'il est totalement à Dieu. Et c'est ainsi qu'aller jusqu'au mépris de soi-même, dépassant l'amour de soi-même pour aller jusque dans la mort et retrouver Dieu, c'est aussi ce que Jésus lui-même a fait : "Lui qui était de condition divine", Lui qui était dans le ciel au-dessus des anges, "ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais Il s'est anéanti, Il a pris notre condition d'homme en toutes choses, et Il est allé jusqu'à la mort. Et c'est pourquoi Dieu l'a exalté, Il lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom", au-delà du nom de Michel. Il lui a donné le nom qui sauve, et c'est notre vocation, c'est notre mission, nous sommes envoyés nous aussi les uns aux autres pour cela, et nous sommes comme Dieu, à son image et à sa ressemblance, parce que nous ne nous préférons pas nous-mêmes, mais nous préférons Dieu. Et l'homme a une chance que n'a pas l'ange. C'est que s'il refuse l'amour de Dieu, l'ange sait ce qu'il refuse, et aussitôt, il est condamné à être en-dehors de Dieu. Lucifer, c'était l'ange porteur de la lumière, il en sait quelque chose. En revanche, l'homme a au moins cette chance, c'est que même si parfois il a refusé Dieu, il peut être recréé à son image et à sa ressemblance. La limite de l'homme est aussi sa chance parfois puisqu'il peut éprouver et ré-éprouver sans cesse la miséricorde de Dieu.
AMEN