LA RENCONTRE DE DEUX MONDES
Ap 12, 7-12 a ; Jn 1, 47-51
SS. Michel, Gabriel et Raphaël - (29 septembre 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Mussy-sur-Seine : Saint Michel
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rères et sœurs, au début de la première lecture que nous venons d'entendre, tirée de l'Apocalypse : "Il y eut une bataille dans le ciel. Michel et ses anges combattirent le dragon". Est-ce que tout se décide dans le monde invisible ? Est-ce que la religion et la foi consistent à imaginer qu'il y a le monde visible d'un côté, qui est comme déterminé, comme une simple marionnette, qui doit tout à ce monde invisible dans lequel son destin est forgé ? En tout cas, c'est un des fils directeurs que nous retrouvons dans la très ancienne poésie grecque, c'est Ulysse, l'Odyssée, ce sont les dieux qui règlent leurs comptes à travers les pauvres pantins que nous sommes. "Il y eut une bataille dans le ciel, Michel est ses anges combattirent le dragon". La vie chrétienne consiste-t-elle à se laisser aller et à imaginer que de toutes manières, nous ne pouvons rien dans ce monde, et que tout est décidé dans ce monde invisible auquel nous n'avons pas accès ?
La vie chrétienne consiste-t-elle alors à se réfugier, à s'extraire de ce monde visible pour essayer de grappiller quelques petites choses de ce monde invisible ? En fait, c'est le monde invisible au mépris du monde visible. Faut-il comme Natanaël vouloir convoquer le monde invisible selon nos propres schémas ? Faut-il comme Natanaël dire que si le monde invisible ne vient pas comme c'est indiqué dans le Livre, c'est la phrase de Natanaël : de Nazareth que peut-il sortir de bon ? autrement dit, moi je fais confiance à ce que je lis et à ce que je vois, et le monde invisible doit se plier aux règles du monde visible.
La vie chrétienne, et c'est peut-être aussi avec notre société extrêmement rationaliste, qui en même temps provoque des courants encore plus irrationalistes qu'on puisse imaginer, la vie chrétienne consiste-t-elle uniquement à être rationaliste et penser que Dieu doit correspondre à ce qu'on attend de lui selon nos propres critères.
Deux petites pistes nous sont proposées à la fois dans l'évangile, et dans la lecture de l'Apocalypse pour comprendre que ce que nous célébrons aujourd'hui c'est la réunion du monde visible et du monde invisible et quand nous sommes appelés à contempler Michel, Gabriel et Raphaël, nous ne sommes pas invités à une fraction de ce que nous sommes et du monde dans lequel nous vivons, mais au contraire, nous avons à essayer de comprendre comment ces deux mondes sont articulés. Le premier indice nous le trouvons dans l'évangile, juste à la fin quand Jésus dit : "Vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'Homme". Qu'est-ce que cela veut dire ? Il faut bien avouer qu'on ne s'en rend pas toujours compte au vingt-et-unième siècle, il y a eu des débats un peu ardus au début du christianisme et qui disaient : maintenant que le Fils de l'Homme est venu, avons-nous encore besoin des anges ? Car enfin le médiateur c'est le Christ. Faut-il continuer à développer une angéologie très pointue comme on peut le trouver dans certains livres qui ne font pas partie du Canon de la Bible ? Ou faut-il continuer à croire aux anges au mépris de l'Incarnation ? C'est une première question.
La deuxième question je l'extrais de l'Apocalypse, c'est à la fin de notre lecture de ce jour. "Désormais la victoire, la puissance, la royauté sont acquises à notre Dieu, la domination à son Christ puisqu'on a jeté bas l'accusateur de nos frères, lui qui les accusaient jour et nuit devant Dieu. Mais eux l'ont vaincu par le sang de l'Agneau". Par le sang de l'Agneau : autrement dit, c'est vrai qu'aujourd'hui nous contemplons le mystère de Gabriel, de Michel, de Raphaël, les anges, mais à la fois, dans l'évangile et dans l'Apocalypse, ce que la révélation nous dit, c'est que l'Incarnation du Christ et les anges fonctionnent en même temps. Il suffit de vous remémorer quelques passages de l'évangile pour comprendre que les anges et le Christ fonctionnent pour le même plan de Dieu, pour le salut de l'humanité.
Hier aux vigiles, nous avons entendu un passage de ce livre que je trouve admirable, le livre de Tobie, où l'on voit comment l'ange accompagne, sans montrer qu'il est un ange, Tobie pour le faire grandir dans son humanité et dans sa foi. Nous voyons dans l'évangile comment l'ange n'est pas un substitut du Dieu fait chair, mais qu'il vient là aussi au service du Christ, exactement comme Raphaël était au service de Tobie. C'est aussi le Christ dans le désert avec les anges qui viennent le servir, c'est le Christ face à son humanité dans le jardin de Gethsémani avec cet ange qui vient le consoler, c'est découvrir que les anges et l'ange par excellence on peut le dire, c'est le Christ. Non pas l'ange parce qu'il n'est pas Dieu comme les anges ne sont pas Dieu, mais le Christ comme ange, comme celui qui vient aussi au service de l'humanité. Il vient tellement au service de l'humanité qu'Il prend la chair de l'homme.
Aujourd'hui, ce que nous méditons, c'est l'archange, non pas ceux qui livrent une bataille au milieu de nous, très loin de nous dans un monde invisible et auquel nous n'avons pas accès, non pas un Christ qui serait tellement humanisé que comme pour certains qui le pensent encore maintenant, ne serait pas Dieu et qu'il ne s'occupe que de ce qui se passe sur cette terre, mais le Christ, le Fils de Dieu et les archanges qui sont au service de l'humanité. Et ce que je trouve très beau, et je fais encore référence au texte de Tobie, quand l'homme demande à Raphaël comment il peut le remercier, l'archange répond : "Loue Dieu". Le Christ c'est aussi ce médiateur, celui qui nous dit : je suis la miséricorde de Dieu incarnée, mais je ne suis pas là pour que vous vous arrêtiez à ce que je suis, mais je suis là comme Fils de Dieu pour vous révéler le visage de mon Père.
Que cette médiation que la fête d'aujourd'hui nous donne de vivre à travers les archanges, soit pour nous une découverte de ces deux mondes qui cohabitent pleinement, et comme le Christ nous le rappelle, il y a cette échelle qui existe entre le monde visible et le monde invisible, et que nous puissions alors, tels les archanges, même au milieu de notre condition humaine, à la fois être au service de nos frères et les inviter à louer le Seigneur.
AMEN