SERVITEURS DE DIEU
Ap 12, 7-12 a ; Jn 1, 47-51
SS. Michel, Gabriel et Raphaël - (29 septembre 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Bard-Le-Régulier : Miséricorde
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'il est un point commun à toutes les religions du monde, c'est bien celui de l'existence des anges. On accuse même les Juifs d'avoir emprunté à une religion plus ancienne cette idée d'êtres intermédiaires entre la transcendance divine et le monde terrestre. Les spécialistes pensent que ce sont les Mazdéens, religion Perse très ancienne, plus connu sous le nom de Zoroastre, un de leurs prophètes qui est venu confirmer cette tentative de monothéisme, mille ans avant Jésus-Christ, très centrée sur le culte du feu et du soleil. Les Mazdéens qui existent toujours en Iran sont une des religions qui vénèrent avec beaucoup d'attention et de respect ces parcelles de la bienveillance de Dieu dans leur vie que sont les anges.
La révélation biblique, empruntée ou non, a en tout cas hérité de cette croyance très forte et a même donné des noms précis à ces esprits angéliques. Nous célébrons en quelque sorte les généraux de ces anges, Michel, Gabriel et Raphaël qui tentent de dire tout à la fois la force, la grâce et la bienveillance attentive de Dieu. Chacun des noms prononce le nom de Dieu et lui ajoute une sorte d'action que Dieu voudrait signifier.
Les anges se sont un peu effacés dans l'histoire chrétienne et je crois que malheureusement la Renaissance et le monde baroque ont mélangé dans nos têtes les petits cupidons qui volent maintenant désormais dans les sculptures des églises, comme à Rome ou à Vienne et ces grands êtres ailés, "aux six paires d'ailes". Je crois qu'il n'y a plus grand-chose à voir entre les fesses de Cupidon qui se baladent dans les églises et cette présence bienveillante de Dieu, dans les églises ou sur les tableaux.
A force d'être transparents, les anges disparaissent devant la gloire de Dieu. C'est pourquoi on a plaisir actuellement à contester leur existence. Nous chrétiens, nous pensons que les anges ne sont pas simplement cette espèce de présence de la gloire de Dieu, de ces êtres prêts à comparaître devant la gloire de Dieu, mais qu'ils signifient l'entrée de Dieu dans l'histoire humaine. La Révélation s'est plu à donner des noms qui pour être mièvres sont pourtant vrais, les anges gardiens, c'est de cette façon dont Dieu signifie très simplement, très humblement le regard attentif qu'il porte sur nos vies et sur la vie du monde.
Mais ce qui est intéressant dans cet évangile, c'est l'affirmation d'un Fils de Dieu qui est plus qu'un ange et qui dit que "les cieux se sont ouverts". Il me semble qu'à travers la longue recherche des hommes face à la transcendance divine, il est normal de considérer que les hommes aient voulu dire ce début de présence, ce début de bienveillance, ce début d'attention, mais aussi signifier la distance incompressible entre la transcendance divine et eux. Que ce soit dans l'islam ou dans la grande poésie persane on vénère cette transcendance totale. Il est possible d'aimer Dieu. D'ailleurs si vous l'aimez, Dieu vous répondra par sa miséricorde. Mais Dieu est si grand qu'Il est presque impassible face à l'amour des hommes. Par son Fils Jésus, le Père vient affirmer qu'Il a ouvert ce qu'Il est et que le va-et-vient des anges entre le monde de la terre et le monde des cieux signifie à tout jamais que Dieu dit tout de Lui, à travers cette échelle que Jacob avait eu en vision. "Amen, Amen, Je vous le dis : vous verrez les cieux ouverts avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l'Homme !" Une sorte d'activité fébrile, une communication permanente qui viendrait contredire l'idée de silence ou de l'absence de Dieu.
Si transparents qu'ils soient, ils sont là bien vivants, êtres invisibles mais parfaits, êtres invisibles mais attentifs à la moindre des créatures que nous sommes face à eux. Et Dieu les a dépêchés pour qu'à travers eux nous entendions le message de salut éternel, incessant, têtu de Dieu. Dieu veut notre salut et nous envoie sans arrêt son message à travers les anges.
AMEN