LES SAINTS ARCHANGES MICHEL, GABRIEL ET RAPHAËL

Ap 12, 7-12 a ; Jn 1, 47-51
SS. Michel, Gabriel et Raphaël - (29 septembre 1992)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

Saulcet : Ange à l'encensoir 

D

ans l'Écriture, il est beaucoup question de ces trois personnages dont le nom vient de la mission, de la fécondité de la mission que Dieu leur a confiée. Je voudrais simplement souligner, à propos de ces archanges, deux points. Le premier c'est la question de leur salaire. Ce sont des ministres plénipotentiaires de Dieu, ce sont des ambassadeurs qui, en des occasions très précises, ont été envoyés en terre étrangère, dans l'humanité pécheresse. Evidemment il faut que tout ouvrier soit payé de sa tâche. Si c'est une question de justice humaine, il faudrait aussi que ce soit une question de justice divine. Or, et l'exemple de Raphaël nous le montre, lorsque Raphaël est revenu chez Tobie, après avoir accompagné le fils de Tobit vers Sara qui est devenue son épouse, Tobit qui est un homme généreux appelle son fils et lui : "Qu'allons-nous donner à ton compagnon de route comme remerciement, comme salaire pour ce voyage bienveillant, agréable qu'il a fait avec toi, d'autant plus agréable qu'il t'a ramené une épouse ?" ce qui est quand même quelque chose de satisfaisant, autant pour le fils que pour le père, du moins dans le cas présent. A ce moment-là Raphaël qui entend la conversation les rassemble et va donner sa réponse quant au salaire. "Bénissez Dieu, célébrez-Le devant tous les vivants pour le bien qu'Il vous a fait. Bénissez et chantez son Nom et publiez les œuvres de Dieu !"

       Voilà le salaire des archanges. Raphaël, Michel et Gabriel ont été envoyés auprès des hommes. Leur salaire, la fécondité de leur mission c'est la louange du Seigneur et la publication des œuvres de Dieu. C'est la même chose. Ils ont donc eu une mission de gratuité. Ils ont donc annoncé aux hommes la gratuité de Dieu. Et je crois que c'est un point sur lequel ils sont imitables, s'ils ne le sont pas dans leur nature. Alors, par leur intercession, par leur exemple, en relisant peut-être dans la Bible quelques passages qui nous font rencontrer ces archanges, je vous invite à leur donner leur salaire. Vous allez me dire : mais on ne sait pas ce qu'ils font. Tant mieux, ce sont des créatures discrètes. Nous ne savons pas où ils agissent, cela m'étonne que nous ne sachions pas où ils agissent Mais il y a une chose certaine, c'est que nous leur devons le salaire de leur mission, c'est-à-dire la louange de Dieu qui nous fait du bien, et la publication de ses œuvres à tous les hommes. Lorsque de tout notre cœur, de toutes nos forces, dans toute la gratuité de notre foi et du don de notre personne, lorsque nous célébrons la louange de Dieu et publions son œuvre, nous rendons aux archanges leur salaire, ce qui veut dire indirectement, qu'ils continuent encore aujourd'hui leur mission, car il n'y aurait peut-être pas ni de louange ni de publication des œuvres de Dieu sans l'assistance discrète mais efficace des archanges.

       Le deuxième point, c'est que ces archanges ont eu une mission "à la limite de l'impossible". Ils ont frôlé les enfers parce que chaque fois qu'un archange a été envoyé à l'humanité c'est toujours pour lui signifier qu'elle est dans le mal, dans le péché, dans l'enfer et pour lui signifier encore plus que Dieu est vainqueur de tout mal, que Dieu est vainqueur de toute peur, que Dieu est vainqueur de toute mort. Raphaël c'est celui qui est venu auprès de Tobie et a guéri Sara du démon Asmodée qui avait fait mourir ses sept fiancés dans la nuit des noces. Raphaël a aussi guéri les yeux aveugles de Tobit. Il s'est affronté à ces forces du mal, du mal physique, du mal moral et il en a délivré Sara et Tobit pour les rendre à la louange et à la publication du bien que Dieu leur avait Fait. Quant à Gabriel, quand il est arrivé chez Marie, il lui a dit : "Sois sans crainte !" Toute peur doit être bue, toute frayeur doit être écartée, tout sentiment d'abandon de Dieu, de solitude de l'humanité dans son mal, dans son péché, est désormais caduc. "Ne crains pas ! L'Emmanuel vient, Dieu est avec toi !" C'est donc, là encore, au cœur même de la désespérance de l'humanité dans son péché, alors que les portes du paradis étaient encore fermées, Gabriel est venu annoncer que Dieu est la force, au cœur même de notre péché et de notre mort. Et le troisième exemple est celui de l'archange Michel qui est le grand chef d'armée, le grand capitaine de Celui qui va, de façon définitive et totale, être vainqueur de toutes les formes infernales qui peuvent se déployer dans notre humanité et dans notre cœur. Et ceci est très important.

       La deuxième leçon que je voudrais souligner c'est que nous sommes aujourd'hui encore, comme Sara aux prises avec des démons qui nous tuent, qui usent notre amour, qui usent notre idéal, qui nous font désespérer de nous-même. Nous sommes, comme Tobit, aveugles dans nos yeux, dans nos yeux de chair, dans nos yeux du cœur, saisis, paralysés de tant de handicaps spirituels, moraux ou physiques. Nous sommes, comme l'humanité dans la nuit de l'Annonciation, aux prises avec notre désespérance, avec nos peurs, avec nos frayeurs.

       Et humainement, on le comprend. Nous sommes aux prises avec l'enfer, avec ces forces infernales qui traversent l'humanité, qui l'ébranlent, qui traversent notre vie, qui la paralysent, qui la divisent. Cela est vrai. Mais, au cœur de cette vérité circonstancielle, événementielle, intérieure, il y a la mission efficace et féconde des archanges.

       C'est pourquoi, en les célébrant, nous célébrons notre conviction absolue, fondamentale et définitive de toute victoire de Dieu sur toute forme de mal. Ce qui ne veut pas dire que tout cela va se résoudre comme par un coup de baguette magique. Les archanges ne sont pas des fées. Mais cela signifie que, dans leur proximité incessante, dans leur présence profonde, intérieure, il y a cette annonce, cette certitude de la victoire du bien sur toute forme de mal. Et c'est pourquoi les archanges nous invitent à la louange et à la publication des œuvres de bien. Et ceci est une très grande leçon pour les chrétiens d'aujourd'hui. Car, à la suite, de Tobit et de Sara, à la suite de la vierge Marie, à la suite de tous ceux qui ont cru, à la suite de tous les saints, il nous faut, en tant que croyants, affirmer, par notre louange et notre publication des œuvres de Dieu, que le mal est vaincu, que toute forme de mal n'a en elle-même aucune radicalité définitive, que, désormais, il y a cette puissance de guérison, de salut et de victoire, inscrite au cœur même de cette humanité, signée par la mission des archanges.

       Alors demandons à ces archanges, mystérieux mais profondément présents, beaucoup plus présents que nous ne le pensons, que nous ne le croyons, heureusement d'ailleurs, demandons-leur vraiment de nous accompagner de leur incessante tendresse mais également d'ouvrir notre cœur à leur ministère de guérison, d'ouvrir notre cœur à ce qu'ils nous apportent, la force de Dieu et la victoire sur tout mal. Oui, il faut croire aux archanges. Mais croire aux archanges c'est aussi célébrer ce à quoi ils nous invitent, la louange et cette espérance inébranlable que le salut est là, qu'ils en sont les serviteurs éminents et que nous sommes ceux qui, par eux, sont servis de la présence d'un Dieu qui aime, qui guérit, qui conduit, qui ressuscite et qui glorifie.

       Puisque saint Augustin dit que "les anges et les archanges tournoient autour de l'autel pendant la célébration de l'eucharistie", entrons dans cette danse de la gratuité, dans cette danse de l'espérance. Et célébrons cette eucharistie comme eux la célèbrent, en adorant ce Dieu qui nous aime, qui vient vers nous, qui nous guérit pour nous entraîner avec eux dans le ciel, au-delà de notre mort, mais déjà à goûter à célébrer et à annoncer aujourd'hui par l'eucharistie

 

       AMEN