UNE PLACE POUR DIEU
Ap 12, 7-12 a ; Jn 1, 47-51
SS. Michel, Gabriel et Raphaël - (29 septembre 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN

Walcourt - Collégiale Notre-Dame
L'ange de la justice
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ette semaine, je me suis trouvé dans la cellule d'un jeune de moins de vingt ans parce qu'il avait demandé à me voir. Et deux autres jeunes comme lui sont entrés dans la cellule qui était restée ouverte et se sont mis à discuter avec nous. L'un d'entre eux qui se disait athée posait des questions pertinentes et un petit peu dérangeantes pour quelqu'un comme moi qui suis plus habitué à fréquenter les croyants que les incroyants. A un moment il m'a dit d'une façon très vive : "Est-ce qu'il y a une place ici pour Dieu ?" Ici c'était dans la prison. Je n'ai pas répondu tout de suite, non pas parce que je ne croyais pas qu'il y en avait une, mais pour essayer de trouver la réponse la plus adéquate pour aider ce garçon de dix-neuf ans. Et je lui ai simplement dit : "Oui, je crois qu'il y en a une !" Il me répond : "Prouvez-le moi !" Je me suis dit : "Je me suis mal embarqué dans ce genre d'argumentation." Alors je lui ai simplement dit : "Tu vois, dans la prison, il y a des hommes qui prient, il y a dans la prison des hommes qui, chaque jour, lisent les textes de la messe, il y a dans la prison des hommes qui, chaque jour, lisent la Parole de Dieu. Pour moi c'est simplement un signe que Dieu a sa place dans cette maison. Tu ne le rencontreras pas dans les couloirs, ni au prétoire, où l'on est jugé si l'on a fait quelque bêtise interne, ni dans la cellule de tes copains. Mais moi je crois qu'Il est là dans le cœur de ceux qui croient en Lui." La discussion a continué et on est venu le chercher pour aller à la soupe, "à la gamelle" comme on dit.
Ce matin, comme chaque samedi, j'ai célébré la messe à la prison. Il y avait là une vingtaine d'hommes chrétiens. Je leur ai raconté cette entrevue. Et comme chrétiens, je vous pose la question : "Est-ce que vous croyez qu'il y a ici une place pour Dieu ?" Et l'un d'entre eux, qui n'est pas un ange et qui ce matin faisait sa première communion, car cela arrive aussi là-bas, m'a dit : "Moi je sais qu'il y a Dieu, parce que je sais que Dieu peut me pardonner même si moi je ne pardonne pas à ceux qui l'ont fait du mal!" En reprenant cette parole je leur ai simplement expliqué que de fait, Dieu est présent, quel que soit le lieu et quel que soit ce que l'homme fait, simplement si l'on accueille son pardon, sa miséricorde, même si on est incapable soi-même de le faire avec les autres.
Je ne vous dis pas cela pour vous émouvoir. La prison, ça ne m'émeut plus. Je ne vous dis pas cela parce que cela n'aurait rien à voir avec les anges que nous célébrons aujourd'hui. Justement la fête des archanges nous aide à comprendre deux choses que cet évènement peut nous redire de façon très présente et très actuelle. Y a-t-il dans le monde une place pour Dieu ? le ministère des trois archanges nous a été donné pour que nous puissions découvrir quelle est la place de Dieu dans le monde. Ou plus exactement quelle est la place de Dieu dans le cœur des hommes.
L'archange Raphaël nous a appris que la place de Dieu dans le cœur de l'homme est une place de guérison, guérison du cœur car la fiancée de Tobie, Sarah, a été guérie de tous les démons qui l'attaquaient et l'empêchaient à aimer vraiment quelqu'un comme c'est le droit de tout homme, de toute femme dans le mariage, dans l'amour humain. Et Raphaël nous a aussi appris que Dieu guérit le regard en rendant la vue au père de Tobie qui était devenu aveugle de façon idiote puisqu'il était allongé contre un mur où il y avait des pigeons et il a reçu ce qu'on peut recevoir à la porte de l'église. Ceci est symbolique, bien sûr. Raphaël nous a donc appris que la place de Dieu dans le monde est une place de guérison du cœur, de guérison du regard.
Gabriel nous a appris que la place de Dieu dans le monde était une place de la Force de Dieu, non pas de la force qui écrase, qui soumet, qui oppresse, mais une force qui imprègne. C'est cela que Gabriel est venu annoncer à Marie, lui dont le nom signifie la "Force de Dieu". La force de l'amour de Dieu a été suffisamment pesante pour pénétrer dans une chair humaine et donner naissance à Celui qui est totalement homme et totalement Dieu, La Force de Dieu ce n'est pas seulement d'être Dieu, c'est d'être capable d'être homme, Homme-Dieu et d'habiter parmi nous puisqu'Il s'appelle Emmanuel, Dieu parmi nous.
Et Michel nous a appris que la place de Dieu c'était la victoire contre le mal. Un combat incessant, un combat difficile, un combat quotidien au cours duquel on risque beaucoup de perdre des plumes. Un combat qui n'est pas extérieur, un combat qui ne se passe pas de façon grandiose, dont les armées en présence ne se disposent pas dans certains déserts avec des chasseurs ou des porte-avions, mais un combat intérieur encore plus fort et plus violent.
Les archanges nous ont appris quelle est la place de Dieu dans notre monde et dans notre cœur, une place de miséricorde, un place de présence très forte et une place de victoire. Mais s'ils nous ont appris quelle est la place de Dieu dans notre monde, ils nous apprennent aussi autre chose, c'est quelle est notre place dans le monde, que ce soit le monde normal de la liberté (la liberté n'est pas un privilège), c'est la vie normale de tout homme, ou que ce soit dans un monde privé de liberté, comme celui de la détention. Mais il y a d'autres formes de privation de liberté, nous avons en tant que croyants une place que les anges nous apprennent aussi. Et c'est celle-là même qu'ils ont vécue dans leur ministère.
Nous sommes comme eux des Envoyés, des envoyés pour dire aux hommes ce que nous vivons, nous, toute la place de Dieu dans notre cœur. Et la place des chrétiens dans le monde c'est en même temps leur mission. C'est de dire aussi, d'une façon ou d'une autre, le plus discrètement possible d'ailleurs je crois, avec le moins de battage ou de publicité ou d'affirmations péremptoires qui concernent tout le monde et finissent par ne toucher personne, c'est simplement de transmettre ce message d'un Dieu qui pardonne et qui guérit le cœur de tout homme quel qu'il soit, même si lui-même n'arrive pas à y croire, soit pour lui soit pour les autres. Etre le messager d'un Dieu qui est Force c'est-à-dire qui est présent, qui a Lui-même pris sa place dans le cœur et dans la chair d'un homme qui est Jésus. Et ce Christ continue de vivre avec nous : "Je suis avec vous jusqu'à la fin des temps !" "Ayant aimé les siens jusqu'au bout ..." Et que Dieu est un Dieu qui nous donnera la victoire sur toute forme de mal, même si bien souvent "nous perdons les batailles, Lui gagnera la guerre" pour faire référence à un mot historique mais qui est applicable aussi dans le domaine du combat contre le mal.
Alors que la fête des archanges, recueillie en écho ou par le reflet de la question de ce jeune détenu et de la réponse qu'entre chrétiens dans cette prison nous pouvions donner les uns aux autres, en croyant à la place de Dieu et en essayant même si le contexte s'y oppose par la violence, par la vengeance, par la haine qui se manifeste dans un tel lieu, que nous chrétiens, là-bas ou ici, peu importe, nous puissions être vraiment, comme les anges, des hommes de louange à cause de la place de Dieu dans ce monde. Mais la véritable louange c'est aussi le célébrer dans sa propre vie, le manifester dans les propres actes de sa vie pour que ceux qui nous entourent puissent recueillir ce message, eux-mêmes entrer dans la louange et le signifier aussi à ceux qui les entourent. C'est ainsi que Dieu tisse dans le cœur des hommes, quels qu'ils soient, et ne croyez pas que tous les mauvais sont d'un côté et tous les bons de l'autre. Tous les mauvais ne sont pas emprisonnés et tous les bons ne sont pas en liberté, mais quels que soient le cœur et les situations de l'homme, les archanges nous rappellent ce mystère fondamental : il y a une place de Dieu dans le monde et ce ministère essentiel des croyants : Dites aux hommes que Dieu est là puisque c'est cela qu'ils cherchent tout au fond de leur cœur, tout au fond de leur amour, tout au fond de leur détresse.
AMEN