L'AMOUR EST LA NATURE DE L'ÉGLISE
1 Co 1, 26-31; Mt 9, 35-38
St Vincent de Paul - (27 septembre 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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e mot "charité" est certainement un mot piégé dans le langage de nos contemporains. Vous le savez, souvent, ce mot a donné lieu à des caricatures, la caricature du chrétien qui est charitable, il faut "faire" la charité. On dit que Vincent de Paul a dit que la charité n'a pas d'heure. Je ne crois que Vincent de Paul ait d'abord compris ou saisi qu'il fallait faire la charité. Je ne crois pas non plus que l'Église doive faire la charité. Je m'inspire pour cela de ce très beau texte que vous avez peut-être lu. Mais il s'agit justement de revenir au texte qu'on a lu et ne pas se laisser influencer par les médias et ce qu'ils disent en interprétant des textes, surtout si comme je veux le citer, il s'agit d'un texte du pape Benoît XVI.
Il a écrit sa première Encyclique : "Dieu est charité", traduite en français par "Dieu est amour". Justement, on emploie équivalemment amour et charité parce que la langue française est pauvre. Dans la première partie de cette Encyclique, le pape Benoît XVI développe justement la nature de Dieu, ce que saint jean ne cesse de répéter : Dieu est amour. Mais Dieu est amour dans la plénitude de ce qu'est l'amour. Il y a différents mots d'ailleurs pour parler de l'amour: "éros", qui a donné le mot érotique, "filiae" l'amitié, ou "agape", la charité. Et nous, pur parler de l'érotique comme peut-être pour parler de la charité, on va dire "faire l'amour", ou bien, "c'est de l'amour". Tout cela ne rend pas compte du fait que ces choses ne s'opposent pas en Dieu qui assume et récapitule tout parce que Il est amour, et tout ce qu'est l'amour Il l'est lui-même. Autrement dit, du désir et d'ailleurs du désir le plus simple que l'homme peut porter, qui passe par tout son être, toute sa chair, de ce désir-là jusqu'à sa manifestation la plus ultime, l'agape que l'on pourrait traduire par la charité, tout cela fait partie non seulement de la réalité de ce qu'est l'amour, mais donc de la réalité de ce qu'est Dieu, de sa nature profonde.
La deuxième partie de l'Encyclique ne fait que développer ce que l'on appelle souvent "les œuvres caritatives" de l'Église non pas d'abord comme une action, non pas comme quelque chose à faire, mais finalement manifeste que si l'amour est la nature de Dieu, l'amour ne peut être que la nature de l'Église. L'Église n'a pas à faire la charité, elle a à "être" charité. Elle a à être comme Dieu, pleinement cet amour-là. Ce qui fait que dans notre mission, puisque l'Église a une triple mission, d'enseigner, de sanctifier, de conduire, ce qu'on appelle la diaconie de servir les frères, le service de la charité est donc la nature propre de l'Église et ce qui se manifeste comme une Épiphanie. C'est bien ce que nous célébrons aussi dans les fêtes liturgiques. Quand on célèbre l'Épiphanie, on ne célèbre pas une action du Christ, on célèbre finalement la nature, son identité, sa personne. Donc dans l'Église toute œuvre caritative, ou charitable comme on le dit souvent, n'est donc qu'une épiphanie de la nature de l'Église, de sa réalité.
Je reviens à un extrait du texte de l'Encyclique qui me semble parlante.C'est peut-être le cas de le dire, parce que finalement, il y a une vraie authenticité de vérité dans le fait que Dieu dans son action et dans sa Parole manifeste la même réalité. Voilà ce qu'écrit le pape Benoît XVI : "De plus, la charité ne doit pas être un moyen (cela peut nous faire réfléchir, on a déjà pas mal parlé ces derniers temps de la manière dont on instrumentalisait certaines réalités. On peut instrumentaliser aussi la charité). La charité ne doit pas être u moyen de ce qu'on appelle aujourd'hui le prosélytisme. L'amour est gratuit, il n'est pas utilisé pour parvenir à d'autres fins. Cela ne signifie pas toutefois que l'action caritative doit laisser de côté Dieu et le Christ. C'est toujours l'homme tout entier qui est en jeu. Souvent, c'est précisément l'absence de Dieu qui est la racine la plus profonde de la souffrance, et celui qui pratique la charité au nom de l'Église ne cherchera jamais à imposer aux autres la foi de l'Église. Il sait que l'amour dans sa pureté et dans sa gratuité est le meilleur témoignage du Dieu auquel nous croyons et qui nous pousse à aimer. Le chrétien sait quand le temps est venu de parler de Dieu, et quand il est juste de le taire et de ne laisser parler que l'amour (Je trouve cette phrase remarquable). Il sait que Dieu est amour et qu'Il se rend précisément dans les moments où rien d'autre n'est fait sinon qu'aimer. Il sait que le mépris de l'amour est mépris de Dieu et de l'homme et qu'il est tentative de se passer de Dieu. Par conséquent, la meilleure défense de Dieu et de l'homme consiste justement dans l'amour. La tâche des organisations caritatives de l'Église est de renforcer une telle conscience chez leurs membres, en sorte que par leur action, comme par leur parole, leur silence, leurs exemples, ils deviennent des témoins crédibles du Christ".
AMEN