MODERNITÉ DE VINCENT DE PAUL

1 Co 1, 26-31; Mt 9, 35-38
St Vincent de Paul - (27 septembre 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

haque siècle produit son saint d'une manière assez extraordinaire, correspondant exactement au temps, au déroulement et à la manière de vivre des gens de l'époque. saint Vincent de Paul marque certainement encore les esprits, car il est absolument de son époque. Après avoir fait son séminaire du côté de Toulouse et être ordonné prêtre, il y a une grande absence de ce que l'on pourrait appeler le secret de Vincent de Paul et de Dieu, dans une vie que l'on ne peut décrire ou connaître.

C'est plutôt la seconde partie de sa vie qui est connue, au moment où il devient aumônier à la cour près de la duchesse de Valois, quand il devient précepteur de Bondy. Nommé curé de Clichy, il est frappé très vite par la grande misère qui sévit dans le royaume de France. Il aurait pu certainement continuer à mener une vie très tranquille. Mais le saint, et saint Vincent de Paul en particulier, est attentif, non seulement aux événements de son époque, mais aux hommes qui vivent dans ce monde. Il y a là certainement la caractéristique même de la sainteté. Trop souvent, nous pensons que la sainteté consiste à se retirer, à s'éloigner. Certains ont même peur du monde, ou se méfient beaucoup des hommes. L'on entend encore beaucoup de chrétiens qui regrettent ce que notre monde est. Nous pouvons regretter les valeurs qui ne sont plus admises dans notre société, nous pouvons certainement déplorer la manière parfois presque de décadence de la société dans laquelle nous vivons, mais cela n'a rien à voir avec le christianisme, c'est une simple plainte humaine qui fait que nous ne trouvons pas dans notre monde ce qui pourrait nous apporter bonne conscience ou confort ou correspondre tout simplement à ce que nous pensons.

Le chrétien, c'est celui qui est configuré au Christ. Le Christ est celui qui prend pitié du monde auquel il est affronté. Ainsi saint Vincent de Paul n'ira pas par quatre chemins. A la réponse de la misère, il va mettre toute son ardeur, d'abord comme il l'a écrit souvent à ses prêtres de la mission qu'il a fondé, en étant attentif à ce que vivent les gens, en essayant de soulager leur misère.

C'est le premier objectif, mais il ne peut s'appliquer pour Vincent de Paul que s'il est en conformité totale avec le Christ. Que l'on ait des honneurs, que l'on n'en ait pas dans ce que l'on fait, le principal, c'est aussi bien l'honneur que la désapprobation, ne soient que la réalisation de cette configuration à Jésus. Vincent de Paul est bien celui qui à l'instar de son maître a pitié des foules, et ensuite, puisqu'il prend conscience de ce que vivent ces foules, il se met à leur service et au travail. Il y a trouvé la véritable spiritualité. Finalement, la fine pointe de toute spiritualité chrétienne, c'est la charité. Mot hélas, mystifié, travesti, qui a perdu de son sens, que l'on peut remplacer si l'on veut par l'amour. Cette charité qui est autre chose que les dames de la charité, ou de faire sa petite charité, ou de faire ses œuvres, c'est de réaliser combien le lien important entre tous les hommes, parce que c'est le lien le plus important que nous pouvons avoir avec Dieu. C'est en tout cas, le seul lien que Dieu veut avoir avec nous, parce qu'Il est amour, c'est cette conformité à la réalisation de l'amour, de manière très concrète dans ce que nous vivons avec les hommes de ce temps dans le monde qui est le nôtre.

Vincent de Paul est un vrai moderne, il comprend dans ces cas-là qu'il ne s'agit pas si l'on veut être un vrai contemplatif ou un vrai moine, de se retirer dans un monastère, le lieu certes, est important, mais le lieu ne suffit pas pour être profondément seul et seul avec Dieu pour entrer dans ce mystère de vie intime et profonde avec le Seigneur. C'est pourquoi lorsqu'il fonde notamment les filles de la charité, ou les filles de saint Vincent de Paul, comme nous les connaissons bien, il y a cette réalisation parfaite d'une vocation contemplative, parce que fondée sur ce principe de l'amour des hommes de ce monde.

Vous connaissez sans aucun doute ce passage célèbre que je vous rappelle, et qui est d'une flagrante actualité lorsqu'il dit en s'adressant à ses sœurs : "la charité élevée au-dessus des sens et de la raison, par laquelle on s'aime les uns les autres, pour la même fin, pour laquelle Jésus-Christ a aimé les hommes, qui est pour faire des saints en ce monde et des bienheureux en l'autre. Les filles de la charité auront pour monastère les maisons des malades et celle où reste la supérieure, pour cellule, une chambre de louage, pour chapelle, l'église paroissiale, pour cloître, les rues de la ville, pour clôture, l'obéissance, pour grilles, la crainte de Dieu, pour voile, la sainte modestie, pour profession la confiance continuelle dans la Providence, l'offrande de tout ce qu'elles sont".

Il ne faut pas être fille de la charité pour vivre tout cela. Il suffit d'aimer ce monde que Dieu nous donne et nous y trouverons le Seigneur qui a aimé croiser la route des hommes et nous-mêmes en croisant celle des hommes aujourd'hui, nous y découvrirons le visage du Christ, nous y réaliserons notre vocation à la contemplation et à l'union seul avec Dieu, et en même temps, nous y vivrons profondément ce don d'amour du Seigneur pour tous les hommes.

 

 

AMEN