UN VISAGE RESPLENDISSEMENT DE LA SAINTETÉ DE DIEU
1 Co 1, 26-31; Mt 9, 35-38
St Vincent de Paul - (27 septembre 2000)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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our ceux d'entre vous qui ont eu la chance comme moi d'entendre Monseigneur Perrier nous parler de Franz Stock, avec à la fois beaucoup d'humour, beaucoup d'humanité, de simplicité aussi, beaucoup de cœur, vous aurez remarqué qu'à un moment donné il a fait allusion à saint Vincent de Paul que nous fêtons aujourd'hui, et c'était pour parler de la figure spirituelle, peut-être aussi de la sainteté de Franz Stock, je le crois personnellement. Il disait ceci : "Le signe que Franz Stock a une certaine figure de sainteté, c'est le fait que des gens qui ne l'ont jamais connu mais qui le découvrent, s'y intéressent spontanément". Il y a des gens qui marquent leur époque, cela correspond à un certain nombre de besoins de l'époque, ils ont éventuellement une influence politique, sociale, voire même spirituelle, on dirait mais ce serait un peu péjoratif, qu'ils ont un certain sens du goût du jour et de la mode, mais généralement dans ces cas-là, cela ne reste pas. Et puis, et c'était le cas de Franz Stock dans le portrait qu'il nous en a fait hier, il y a d'autres personnes qui, à travers quelque chose apparemment de beaucoup plus modeste, plus humble, terre à terre, arrivent à accomplir une oeuvre, une mission qui leur est donnée par Dieu. Sur le moment, cela passe un peu inaperçu parce qu'il n'y a que les témoins directs qui en bénéficient, mais plus tard, une ou deux générations plus tard, quand on redécouvre ce visage, tout à coup, il prend une sorte de dimension qui dépasse le simple contexte dans lequel il a accompli son oeuvre, et c'est là que Monseigneur Perrier disait : "Pensez à saint Vincent de Paul". Je crois que celui que nous fêtons aujourd'hui, c'est cela. C'est un homme qui a vécu dans un contexte extrêmement difficile, à tous points de vue, il était lui-même dans l'œil du cyclone en participant au gouvernement, c'est la seule époque de l'histoire de France où elle ait été dirigée par des immigrés, immigrés florentins, mais immigrés quand même, je crois que cela a complètement vacciné, car après Mazarin, on n'en a plus voulu des florentins, et ce Mazarin détestait cordialement Vincent de Paul, il ne le supportait pas au Conseil du Roi et pourtant, le Roi tenait à la présence de Vincent. La situation sociale, n'en parlons pas, c'est une France épuisée par des guerres, c'est une France dans laquelle on est en train de museler la Fronde, de changer l'ordre de la société féodale telle qu'elle avait pris figure pendant tout le Moyen-âge, et, on crée à ce moment-là ce centralisme français dont nous souffrons encore aujourd'hui, et c'est aussi un moment où la France est dans cette grande bagarre dont l'enjeu est de savoir si l'Europe centrale va basculer du côté du protestantisme delà Réforme, ou du côté du catholicisme. Bien entendu la France est contre le Pape et est plutôt pour favoriser toujours par-dessous le côté des armées réformées.
Du point de vue de l'Église, je crois que c'est le pire de tout, puisque la royauté française ne voulait pas qu'on applique le concile de Trente, parce que la royauté française considérait que les bénéfices ecclésiastiques, c'était à elle de les gérer et elle préférait avoir de bons administrateurs et de bons financiers plutôt que des grands saints à la tête des monastères, ce qui a coûté très cher à l'Église de France à long terme, on ne voulait pas former les prêtres, on ne voulait pas de séminaires. C'est donc un moment très difficile et dans lequel la pauvreté à Paris n'a pas besoin d'être décrite, on a tous présent à l'esprit les images vulgarisées par Mallet Isaac et autres bandes dessinées et manuel d'histoire, et au milieu de tout cela, dans cette situation très dure, saint Vincent de Paul arrive à faire resplendir un visage de sainteté, d'humanité, et les deux si profondément liés, ce qui fait que cela a pris cette dimension, qui a profondément marqué le temps, mais de façon sans doute beaucoup plus humble que nous ne le pensons. Parce que avec sa petite poignée de sœurs de la charité, avec la supérieure qui était timide, coincée, Louise de Marillac, manquait un peu de punch, et Vincent était tout le temps là essayant de dire à ces dames qu'il fallait être là plus disponibles, plus servantes, davantage à l'écoute de toutes les misères du monde, et d'autre part, il se bagarrait au conseil du Roi pour essayer d'instaurer les séminaires, et pour toute une série de choses, et apparemment sans aucun succès, car dans l'océan de misère qui était celui du le bon peuple de France à l'époque, ce que saint Vincent a fait est peut-être énorme spirituellement parlant, par la qualité de cœur qu'il y a mise, mais par rapport à toutes les misères et les détresses de l'époque, c'était une goutte d'eau dans la mer. Et c'est là le paradoxe, la présence du Salut de Dieu est passée par ce visage. Et tous les contemporains en ont été frappés, à commencer par François de Sales, qui était émerveillé, et je vous le rappelle qu'un jour, voulant absolument rencontrer Vincent, malheureusement, il avait la grippe. Monsieur Vincent a quand même accepté, puisque c'était l'évêque, Monsieur de Genève, on ne pouvait pas renvoyer un évêque qui avait fait cinq cents kilomètres en diligence, en disant qu'il ne pouvait pas le recevoir. Donc, il l'a reçu quelques instants, sans doute avec les yeux bouffis de fièvre, et toussant dans son alcôve, il n'était certainement pas dans son état normal, et cependant, et c'est cela que je trouve très beau, il y a eu cette rencontre de deux grands saints de l'époque, ce n'est pas de la mythologie, et quand saint François de Sales est sorti de l'entrevue, il a dit : "Comme Dieu doit être bon pour qu'Il fasse briller sur le visage de son serviteur Vincent de Paul une telle bonté". Tout est dit !
C'est cela la sainteté de saint Vincent de Paul. Pas tellement de grandes idées, on voyait la même chose hier soir pour Stock, ce ne sont pas des gens à grands projets, pas de grandes idées, pas une oeuvre écrite absolument superbe et sublime, ce n'est pas des Jean de la Croix. Ce sont des hommes qui se laissent saisir par la sainteté de Dieu. C'est cela dont on leur est reconnaissant, et l'on est reconnaissant à Dieu, quand ils ont fait resplendir cette sainteté de Dieu aussi simplement et aussi naturellement, on se dit que la sainteté est accessible à tout le monde. On n'est pas toujours les candidats des premières loges, c'est vrai, pour faire resplendir cette sainteté, mais il n'empêche qu'on peut comprendre ce qu'est la sainteté de Dieu : c'est quelque chose qui ne demande qu'à se manifester, à travers la vie, l'existence, la plus simple, la plus banale, et la plus quotidienne de tous ceux qui croient en Lui.
AMEN