DOUCEUR ET FORCE
1 Co 1, 26-31; Mt 9, 35-38
St Vincent de Paul - (27 septembre 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
|
S |
ouvent la prière semble s'ajouter à nous soucis quotidiens et nous obliger à quitter pour un instant le monde et ses soucis pour nous occuper de Dieu. Il semble bon, à la fois de quitter ce monde. Je ne sais pas si, en entrant dans l'église, vous avez fait comme moi cette espèce de dépouillement intérieur en essayant de laisser en arrière ce qui nous préoccupe dans notre maison ou notre vie personnelle, pour ouvrir son cœur à ce mystère, pourtant mille fois contemplé mais jamais connu de nous-même, en ce don que Dieu fait de sa vie en ce midi du jour.
Je crois que, dans sa sagesse, l'Église a compris que l'homme devait apprendre à quitter le monde, non pas pour le fuir, mais pour avoir une distance par rapport à ce monde Quand vous ressortirez de l'église, tout à l'heure, vous ressortirez avec cette vue plus large, cette écoute plus grande, ce cœur agrandi aux dimensions mêmes de Dieu qui vous a invités, pendant un moment, à vous échapper de ce qui semble en fait vous posséder.
Quand on voit le visage de saint Vincent de Paul qui nous est parvenu depuis le dix-septième siècle, on le voit tout à la fois doux et habité. Mais non pas habité par lui-même. Il semble habité par quelque chose qui est à l'extérieur de lui-même et qu'il voudrait bien manger de ses yeux ou de sa douceur. Il y a dans ce visage une invitation à n'être pas que soi-même, mais à être quelqu'un tellement soucieux, non pas de ce que peut-être il aurait choisi comme souci personnel, mais soucieux de l'Église. Quand on lit la vie de saint Vincent de Paul, on le voit tout autant soucieux des orphelins, des prostituées et même des galériens, mais il s'est occupé également de spiritualité puisqu'il a fondé les Filles de la Charité avec Louise de Marillac, et plus encore il s'est occupé de séminaires car avec Bérulle et Jean-Jacques Ollier, il a tenté de mettre en place un moyen de former les futurs prêtres. On peut contester cette participation à cette institution vénérable, du moins ceux qui ont passé par ces séminaires ont quelques raisons de s'en plaindre, mais en tout cas il a compris la nécessité de formation du clergé. Plus encore, lui qui était un homme de la ville, que nous voyons parcourir jour et nuit les ruelles de Paris en ce dix-septième siècle, il est aussi préoccupé de l'évangélisation des campagnes mal christianisées ou pas christianisées du tout.
Un homme dont l'envergure dépasse infiniment ses propres soucis personnels et qui peut nous inviter à entretenir l'ambition d'étreindre quelque chose qui est plus grand que nous. Nous sommes invités aujourd'hui a nous défaire de nous-mêmes, en l'occurrence du "vieil homme", de celui qui nous préoccupe tant, qui nous fatigue tant, pour avoir le souci des autres ou de l'Église et de la marche de l'Église. Avec saint Vincent de Paul ayons l'audace de croire que l'Église dépend de nous et que le Royaume s'est attaché à nos efforts.
AMEN